Pro et anti-Morsi en viennent aux mains au Caire

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par Yasmine Saleh et Marwa Awad

LE CAIRE (Reuters) - Des échauffourées ont éclaté mercredi entre adversaires et partisans de Mohamed Morsi aux abords du palais présidentiel de Héliopolis, au Caire.

Un journaliste de Reuters a fait état de jets d'engins incendiaires.

Le vice-président Mahmoud Mekky, un juge, a tendu un rameau d'olivier à l'opposition pour tenter de désamorcer le conflit portant sur le projet de nouvelle Constitution qui polarise l'Egypte et échauffe les esprits depuis la "révolution du Nil" de 2011.

Le n°2 de l'Etat a ainsi déclaré qu'un accord était possible avec l'opposition sur des amendements concernant les articles contestés de la future Loi fondamentale. A ses yeux, un accord écrit pourrait ensuite être soumis à la future assemblée qui sera élue après le référendum du 15 décembre sur le projet de Constitution.

"Il faut un consensus", a-t-il souligné lors d'une conférence de presse en estimant que les demandes de l'opposition devaient être respectées pour surmonter la crise actuelle.

"COHÉRENCE"

Les responsables de l'opposition sont en réunion pour débattre des idées avancées par le vice-président, selon le site internet du quotidien Al Ahram. Un responsable des Frères musulmans, dont le chef de l'Etat est issu, a déclaré qu'il fallait "donner de la cohérence" à ces idées.

Quant à Amr Moussa, l'un des responsables de l'opposition, il a invité Mohamed Morsi à présenter officiellement une offre de dialogue pour mettre fin à la crise. "Nous serons prêts une fois qu'une proposition aura été formalisée de manière définitive : nous ne l'ignorerons pas, surtout si c'est quelque chose d'utile", a-t-il précisé à Reuters

Mohamed Morsi a regagné mercredi son palais après que ce dernier eût été assiégé la veille par des manifestants protestant contre son décret du 22 novembre lui accordant des pouvoirs étendus et le mettant à l'abri de poursuites judiciaires.

Mercredi, des groupes rivaux se sont bombardés à coups de pierres devant le palais d'Héliopolis, un quartier chic du nord de la capitale. Des partisans du chef de l'Etat ont déchiré des tentes érigées par leurs adversaires qui avaient entamé la veille un sit-in pour dénoncer le référendum du 15 décembre.

"Ils nous ont frappés et ont démoli nos tentes. Es-tu content, Morsi ?", a lâché un manifestant, Haitham Ahmed.

Des dizaines de partisans de l'opposition se sont enfuis du palais à l'arrivée de centaines d'islamistes au cri de "Allah est le plus grand. Le peuple soutient la décision du chef de l'Etat".

"Nous sommes ici pour soutenir notre président et ses décisions ainsi que pour sauver notre pays des traîtres et des agents", a expliqué Mohamed Mohy, un pro-Morsi qui filmait la scène.

"DERNIER AVERTISSEMENT"

Sur Twitter, l'opposant Mohamed ElBaradeï a demandé au chef de l'Etat d'assurer la protection des manifestants rassemblés devant le palais. Pour l'ancien directeur général de l'AIEA, le président doit "assumer la responsabilité d'assurer la protection des manifestants pacifiques où qu'ils soient s'il veut conserver le peu qui lui reste de légitimité".

Confronté à la plus grave crise depuis son élection en juin, Mohamed Morsi ne montre aucun signe apparent de faiblesse, confiant qu'il est de la victoire du camp islamiste au référendum du 15 décembre et aux législatives qui suivront.

Le vice-président a souligné le "danger réel" posé au pays par la mobilisation de rue des deux camps. "Si nous ne mettons pas sur le champ un terme à ce phénomène, (...) où allons-nous ? Nous devons calmer le jeu".

Mardi, quelque 10.000 manifestants ont fait le siège du palais pour une action présentée par ses organisateurs comme "un dernier avertissement".

"Le peuple veut la chute du régime", scandait la foule en reprenant à son compte le slogan-phare du soulèvement qui a abouti en février 2011 à la chute de Hosni Moubarak.

D'après les autorités, on a dénombré 35 blessés chez les manifestants et 40 dans ceux de la police.

Cette flambée de violences a été déclenchée par le décret publié le 22 novembre par Mohamed Morsi élargissant ses pouvoirs et plaçant ses décisions à l'abri de toute contestation judiciaire dans l'attente de l'élection d'un nouveau Parlement.

avec Tom Perry et Edmund Blair, Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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