Prix littéraires : un cru 2012 encore loin de la parité

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'Notre-Dame du Nil' de Scholastique Mukasonga All rights reserved
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(AFP) - Les jurés des grands prix littéraires seraient-ils misogynes ? Dix femmes talentueuses étaient cette année en lice sur une cinquantaine de finalistes, mais seules Julie Otsuka, très beau Femina étranger, et Emmanuelle Pireyre, Médicis surprise, ont été couronnées.

S'y ajoute la Rwandaise Scholastique Mukasonga, sacrée contre toute attente par le Renaudot... au 10e tour de scrutin. Retenu au printemps, son roman avait été rayé de la liste d'automne.

Dans la sélection du Renaudot figurait en revanche Anne Berest pour Les Patriarches (Grasset), "anti-roman" d'apprentissage dans lequel une jeune fille, obsédée par la disparition de son père en 1985, mène l'enquête et se retrouve confrontée à une secte.

Aucune romancière n'était sélectionnée par l'Interallié, qui n'a jamais accueilli de femmes dans son jury. "C'est très con, des prix sans femmes", a lancé mercredi son lauréat Philippe Djian. "L'an prochain, ça va changer !", assure l'auteur qui siègera pendant un an dans le jury.

Très peu de jurées siègent dans l'ensemble des jurys, à l'exception du Femina.

La dernière lauréate du Goncourt a été Marie NDiaye en 2009 pour Trois femmes puissantes. Depuis ses débuts en 1903, le Goncourt a seulement récompensé neuf écrivaines, dont Marguerite Duras en 1984 et la première d'entre elles, Elsa Triolet, en 1944.

Encensée par la critique, Julia Deck, née en 1974, était en piste pour le Femina avec un premier roman à l'écriture époustouflante, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit). Une intrigue psycho-policière implacable dans lequel la mère d'un bébé, quittée par son mari, part en vrille et assassine son psychanalyste en pleine séance.

Pressentie aussi pour le Femina: Anne Serre, avec Petite table sois mise! (Verdier), court récit énigmatique où la narratrice réinvente sous forme de conte pour adultes les débordements érotiques incestueux de sa famille.

Née en 1960, Anne Serre a écrit son premier roman en 1992. Dix autres livres ont suivi.

Lolita

L'Américaine de 32 ans Margaux Fragoso, proie d'un prédateur sexuel quinquagénaire dès son plus jeune âge, était en lice pour le Médicis étranger avec Tigre, tigre ! (Flammarion), récit brûlant de quinze années de relation dévastatrice avec son bourreau.

Ce premier roman est en cours de publication dans 24 pays. Traduit en français par Marie Darrieussecq, "c'est Lolita, du point de vue de Lolita", dit son éditrice, en référence au chef-d'oeuvre de Nabokov. Margaux a grandi entre un père alcoolique et une mère maniaco-dépressive.

Côté Médicis français, Leslie Kaplan, auteure de près d'une vingtaine de livres depuis 1983, était dans la course avec Millefeuille (P.O.L), subtil portrait d'un vieil humaniste, ancien prof de lettres, qui se débat avec la vie et la perspective de la mort. Elle a reçu le prix Wepler-Fondation La Poste.

Linda Lê concourait pour le prestigieux Goncourt avec Lame de fond (Bourgois), dans lequel la romancière explore à quatre voix ses thèmes de prédilection, l'immigration, l'amour, la mort, la famille et la langue française. Née en 1963 au Vietnam, Linda Lê, arrivée en France en 1977, a connu son premier succès avec Les Evangiles du crime.

Couronnée par le Femina en 2009 pour Personne, la philosophe Gwenaëlle Aubry était pressentie pour le Grand prix du roman de l'Académie française, avec son sixième titre, Partages (Mercure de France), livre poignant et grave donnant la parole à deux adolescentes, l'une arabe et l'autre juive, dans la Jérusalem d'aujourd'hui.

Quant à Christine Angot, prétendante du prix Décembre avec Une semaine de vacances (Flammarion), elle a été écartée au profit du méconnu Mathieu Riboulet.

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