Prix littéraires : des traditions rattrapées par une modernité frénétique ?

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Patrick Deville a obtenu le Prix Femina pour 'Peste & Choléra' AFP PHOTO / MEHDI FEDOUACH
Patrick Deville a obtenu le Prix Femina pour 'Peste & Choléra' AFP PHOTO / MEHDI FEDOUACH

(AFP) - Jurys pris de vitesse par Twitter pour l'annonce des lauréats, salles exiguës assaillies par une forêt de caméras pressées, absence de micros rendant les annonces inaudibles: les prix littéraires, dans leur tradition immuable, semblent dépassés cette année par le rythme effréné des médias d'aujourd'hui.

Grande nouveauté : Twitter est venu jouer les trouble-fêtes, volant la vedette aux jurys, au Grand prix du roman de l'Académie française comme au Femina ou au Médicis, pour l'annonce des noms des lauréats.

Lundi, près de trois quarts d'heure avant l'annonce officielle du prix Femina, c'est le compte Twitter des éditions du Seuil qui a annoncé le résultat, alors que le jury était toujours réuni à l'hôtel Crillon. "Patrick Deville reçoit le Prix Femina pour Peste & Choléra ! Bravo à lui", pouvait-on lire sur le compte de l'éditeur, avant que celui-ci ne fasse machine arrière en effaçant son message.

Le lendemain, un hebdomadaire spécialisé dévoilait sur Twitter les noms des trois lauréats du prix Médicis.

La semaine d'avant, déjà, la vénérable Académie française s'était fait griller la politesse sur Twitter par des sites spécialisés qui annonçaient la victoire du Suisse Joël Dicker, une demi-heure environ avant la proclamation officielle du Grand prix du roman.

Rien de tel mercredi pour les historiques prix Goncourt et Renaudot, nés respectivement en 1903 et 1926, dont les jurys, alertés par les mésaventures de leurs prédécesseurs, ont tenu à être particulièrement vigilants.

"Nous nous sommes attachés à ce qu'il n'y ait aucune fuite !", lance fièrement Bernard Pivot, membre du jury.

"On a tous posé nos portables comme des colts dans les saloons de western. Et on a rigolé en disant que s'il y en avait un qui voulait sortir pour aller aux toilettes, il serait accompagné de quelqu'un d'autre", renchérit Marie Dabadie, secrétaire de l'Académie Goncourt.

Un micro pour 2013 ?

Les prix Goncourt et Renaudot ont cependant connu aussi leurs petits couacs, quand, à 12H45, les jurys ont dévoilé les noms des lauréats, devant une foule de journalistes amassée comme chaque année au pied de l'escalier du restaurant parisien Drouant.

Les jurés ne disposant pas de micros, peu de journalistes ont entendu dans le brouhaha ambiant le nom de la lauréate surprise du Renaudot, la Rwandaise Scholastique Mukasonga.

"J'ai dit que l'année prochaine, il faudrait un micro. Parce qu'à l'ère moderne, on ne peut plus annoncer le prix sur une marche d'escalier. En plus, il y a des gens qui parlent, il y a le bruit des appareils, les portes, les gens qui rentrent. C'est une évolution qui non seulement est souhaitable, mais elle est indispensable", estime Bernard Pivot.

Autre problème: la multiplication des micros et des caméras, à l'heure où se développent télés, chaînes d'info en continu et médias internet, confrontée à l'exiguïté du mythique salon des Goncourt.

Quand les portes se sont ouvertes, la minuscule salle où se réunissent les jurés du prix, tout juste rejoints par l'heureux gagnant Jérôme Ferrari, a été envahie par la cohue des journalistes, manquant d'étouffer les jurés.

"Comment j'ai failli mourir au Goncourt", titrait la journaliste Delphine Peras sur le site de L'Express.

"C'est vrai qu'avant, on avait moins de caméras, donc ça faisait un peu plus de place. En tout cas, c'est un vrai problème et on va y réfléchir, parce qu'on a failli être complètement asphyxiés. Mais on ne va pas se délocaliser", souligne Marie Dabadie.

"On essaie de canaliser la foule. Mais changer de lieu, ce n'est pas imaginable. Il faudrait une raison extraordinairement grave", juge également Bernard Pivot.

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