"Prix du pétrole en baisse : c'est grave docteur ? Non, c'est normal" - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Jean-Marie Chevalier)

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Le prix du pétrole est en baisse. Croissance économique moins forte que prévue aux Etats-Unis, et PIB chinois dépressif, alimentent les craintes sur la vigueur de la demande énergétique. Faut-il s'en inquiéter ? Non, estime l'économiste Jean-Marie Chevalier.

Depuis quelques jours, le prix du pétrole tend à baisser. Est-ce grave ? Est-ce durable ? Est-ce même important ? J'aurais tendance à répondre non aux trois questions. Le prix du pétrole est structurellement soumis à des mouvements de volatilité et, comme la composante financière des marchés est importante, c'est un marché nerveux, sensible, qui tend à réagir très rapidement à des nouvelles conjoncturelles du type : état des stocks américains (la publication des stocks européens est moins rapide et moins porteuse), conjoncture économique, état d'esprit des entrepreneurs, mouvement de substitution inter-énergétique comme par exemple le gaz de schiste américain qui pénètre dans le transport. Aujourd'hui, la mollesse de la croissance et de la demande de produits pétroliers explique les baisses constatées.

Au-delà de la conjoncture et des mouvements courts, il nous reste des données structurelles qui tendent à montrer que le prix du pétrole est plutôt sur une tendance haussière de moyen-long terme. A l'horizon 2020, les prévisions de prix, en dollars 2012, s'établissent entre 120 et 240 dollars le baril. Nul n'évoque la menace d'un peak oil (pic de production) géologique qui, encore un fois, paraît repoussé dans le temps. Beaucoup évoquent une peak demand (pointe de consommation) confirmée aux Etats-Unis et peut être dans d'autres pays de l'OCDE, mais largement compensée par la frénésie de la demande dans les pays émergents. Il me semble que deux raisons majeures soutiennent une tendance à la hausse : la prise de conscience du réchauffement climatique et le pouvoir de l'OPEP.

Le réchauffement climatique est aujourd'hui constaté par la communauté scientifique internationale et reconnu par des agences comme l'AIE, les Nations Unies, le FMI et la Banque Mondiale. De grandes incertitudes persistent sur les coûts économiques et sociaux de ce phénomène et leur temporalité. Toutefois, on peut dire qu'une prise de conscience mondiale va s'effectuer et qu'elle se traduira par des hausses de prix et des pressions à la baisse sur les consommations pétrolières.

Du côté des pays de l'OPEP, les printemps arabes ont eu pour effet d'augmenter le prix de la paix sociale, y compris dans des pays non arabes comme le Nigeria ou le Venezuela. Les pays de l'OPEP ont plus que jamais besoin de ressources financières pour maintenir la paix sociale. Ils paraissent en mesure d'agir pour éviter que le prix du pétrole brut ne baisse durablement au dessous de 90 dollars par baril.

Jean-Marie Chevalier


Pour poser vos questions à Jean-Marie Chevalier, cliquez ici. Il vous répondra mardi 30 avril à 17h.

Jean-Marie Chevalier est professeur émérite de sciences économiques à l'Université Paris-Dauphine (Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières) et senior associé au Cambridge Energy Research Associates (IHS-CERA). Jean-Marie Chevalier a été entre autres, consultant au département énergie de la Banque Mondiale, Professeur d'économie industrielle et d'économie de l'énergie aux Universités d'Alger, de Rabat, de Grenoble, de Paris XIII, à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, et à l'Ecole Nationale d'Administration.

Ses principaux domaines d'expertise sont l'économie industrielle ; l'économie de l'énergie, les politiques énergétiques.

Participations récentes à des travaux d'études, de recherche et de formation pour les organisations suivantes : GDF-Suez, Areva, EDF, Rexel, IBM, Westinghouse, Subsea, Economie d'énergie.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • yt75 le jeudi 2 mai 2013 à 11:40

    Ah la censure est passée par là ... @chnivet Chevalier n'a de toute évidence pas regardé beaucoup de données, et participe à la désinformation hystérique actuelle sur le soit disant"boom US".Pour info les pays ne s'entendent plus sur grand chose et la mer du Nord a passé son peak en 2000 :http://mazamascience.com/OilExport/output_en/Exports_BP_2012_oil_bbl_MZM_NSE_MZM_NONE_auto_M.pngLes Etats-Unis en 1970, le Mexique en 2005, etc, etc

  • chnivet le mardi 30 avr 2013 à 17:37

    En clair tout les pays producteurs Angleterre , Norvège et pays du Moyen Orient s’entendront toujours pour avoir un prix à 100 euros.Il faut impérativement s'affranchir du pétrole . C'est 80% de notre déficit commercial .

  • yt75 le mardi 30 avr 2013 à 12:03

    @grigalNe pas oublier qu'au sujet du prix, il y a aussi ce que l'économie peut supporter, au delà cela mène à la "demand destruction" ou autrement dit récession. A ce sujet voir par exemple l'article paru dans Nature janvier (2012): « Oil’s tipping point has passed« en lien ci dessous :http://iiscn.wordpress.com/2011/05/06/bataille-et-lenergie/

  • grigal le mardi 30 avr 2013 à 11:18

    Il n'y a que les économistes pour penser que le pétrole est inépuisable et que les prix leur obéissent !

  • grigal le mardi 30 avr 2013 à 11:16

    Les réserves de pétrole étant un stock fini, son prix montera inexorablement à terme !C'est une lapalissade.Les techniciens pensent que nous avons dépassé le pic, et que les découvertes sont de plus en plus faibles, donc, les prix ne devraient pas tarder à remonter ...

  • yt75 le mardi 30 avr 2013 à 09:15

    A propos de pétrole, ce que l'on traine et qui y est pour beaucoup dans l'incapacité actuelle à considérer la situation est certainement l'image ou mythe : "premier choc=embargo Arabe=évènement géopolitique". Alors que le premier choc était avant tout la conséquence du pic de production des États-Unis en 1970. Résumé en fin de post :http://iiscn.wordpress.com/2011/05/06/bataille-et-lenergie/

  • yt75 le mardi 30 avr 2013 à 08:31

    "Nul n’évoque la menace d’un peak oil (pic de production) géologique qui, encore un fois, paraît repoussé dans le temps. Beaucoup évoquent une peak demand"Obscénité classique et spécieuse d'"économiste", ce Monsieur sait ce qu'est un prix ? La crise actuelle EST la crise du pic pétrolier, mais de toute évidence on n'est plus capable de regarder les choses. Rappelons quand même que l'on en est là :http://iiscn.files.wordpress.com/2013/03/laherrere_all_liquids_production_1900-2200.jpg

  • chmey671 le lundi 29 avr 2013 à 16:40

    Tiens moi post a été supprimé ... j'ai eu le malheur de dire une vérité sur ces rigolos de prévisionniste que sont les économistes ? :-) MDR même pas capable d'accepter la critique quand elle est fondée ... vraiment lamentable

  • alain..c le lundi 29 avr 2013 à 14:16

    Le rechauffement climatique se vérifie tous les jours en France...IoI

  • Colus le lundi 29 avr 2013 à 12:36

    La communauté scientifique internationale va sauver le ciel en militant pour un cours du pétrole élevé, pendant de temps nos alchmistes vont polluer le sous-sol avecl'extraction du gaz de schiste.