Prix des carburants : Ayrault baisse les taxes

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Le premier ministre a annoncé une baisse «modeste» et «provisoire» des taxes prélevées sur les prix des carburants, pour enrayer la flambée des prix du sans plomb et du diesel.

Quand, aux États-Unis, Barack Obama réfléchit à puiser dans les réserves dites «stratégiques» de pétrole pour contraindre les prix des carburants, en France, c'est la piste de la baisse des taxes qui est privilégiée. Ce mercredi matin, sur RMC/BFM TV, le premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé une baisse «modeste» et «provisoire» de ces prélèvements, alors que les prix du sans plomb et du diesel sont de nouveau à des plus hauts historiques. Reste à savoir ce que signifie concrètement «modeste»: à l'heure actuelle, pour chaque litre d'essence (sans plomb 95) consommé, un taux de TVA de 19,6% est prélevé et 60 centimes d'euro reviennent à l'État sous la forme de la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers). Quant au caractère «provisoire», Jean-Marc Ayrault a précisé que cette mesure serait prise dans l'attente d'un mécanisme plus durable de régulation des prix.

Selon lui, la baisse des taxes au niveau de l'Etat permettra au gouvernement «de demander aux producteurs et aux distributeurs leur propre part d'effort». Le ministre de l'Économie et des Finances Pierre Moscovici doit les rencontrer le 28 août (mardi prochain), ainsi que les associations de consommateurs, et annoncer dans la foulée les mesures du gouvernement. Il aura auparavant, dès vendredi, reçu un rapport sur le sujet.

Pas de nouvelle TIPP flottante

Le gouvernement a ainsi choisi de «jouer» sur les taxes pour enrayer la hausse des prix des carburants. Lors de sa campagne électorale, François Hollande avait proposé de laisser «flotter» la TIPP (officiellement, depuis le début de l'année, cette taxe s'appelle TIPCE, pour taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques). Il invoquait le caractère injuste d'un État qui s'enrichit quand les prix du pétrole augmentent: un baril de brut qui se renchérit implique une hausse des prix du produit fini (l'essence), d'où une hausse des recettes fiscales via la TVA, au détriment des consommateurs. Une TIPP flottante implique qu'elle monte quand les prix baissent et qu'elle baisse quand les prix montent. Ce qui n'est pas retenu par le gouvernement: «pour l'instant ce sera une mesure unilatérale de baisse», a précisé Jean-Marc Ayrault ce matin.

Un retour à la «TIPP flottante» avait en effet suscité des inquiétudes, car elle a échoué précédemment, quand Lionel Jospin l'avait mise en place en 2000,avant de l'abandonner en 2002. Le prix du litre d'essence n'avait baissé que de 1 à 1,5 centime tandis que la mesure avait coûté très cher à l'État. Aussi, si techniquement, il est très difficile de mettre en place un tel «mécanisme de régulation des prix», d'un point de vue politique, il est plus populaire de baisser des taxes quand les cours du pétrole montent, que de les augmenter quand le marché pétrolier se détend.

Gel des prix et réserves stratégiques écartés

Parmi les autres solutions possibles pour permettre une baisse des prix des carburants, le gel des prix. Là aussi, l'idée a été évoquée, à plusieurs reprises, par le nouveau gouvernement. Cette mesure a l'avantage de se voir concrètement, et de satisfaire les consommateurs-électeurs. Mais elle implique des risques importants en cas de forte hausse du baril de pétrole. Ce qui est susceptible de se produire, tant les tensions géopoliques au Moyen-Orient restent vives. Les distributeurs pourraient finir par vendre à perte. Ce qui est interdit par la loi.

Si la solution de puiser dans les réserves stratégiques existe, elle n'a pas été appuyée par le gouvernement en place. Utiliser ces réserves, qui équivalent à trois mois de consommation, permettrait en effet de faire chuter les prix des carburants. C'est un levier utilisé aux États-Unis: Barack Obama, en pleine campagne électorale, s'est récemment dit «prêt» à le faire. Mais à plus long terme, le marché reprend ses droits.

Enfin, pour l'instant, pas un mot sur le «chèque carburant» ni le retour de la vignette.

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  • yt75 le jeudi 23 aout 2012 à 14:35

    Et quoi qu'on en dise, pour cela les taxes au volume sont le meilleur instrument, ne pas oublier que les bagnoles n'ont fait que grossir ! (dernière clio plus lourde que ne l'était une R16 par exemple).Décision du gouvernement idiote, anachronique, cout-termiste comme il est impossible de faire pire.A signer et relayer :http://tribune-pic-petrolier.org/

  • yt75 le jeudi 23 aout 2012 à 14:34

    Nous sommes entrés dans un monstrueux choc pétrolier : le fait que l'on est aujourd'hui à/autour du pic mondial (maximum de flux, de débit) de production de pétrole.Les taxes au volume ont été mises en place à la suite des premiers chocs, et ces taxes ont été efficaces : un Européen consomme à peu près la moitié du pétrole consommé par un Américain. Pousser les produits et modes de vie vers une dépendance moindre au pétrole et l'unique maigre chance de « gérer » le virage.

  • zeisuke le jeudi 23 aout 2012 à 11:13

    Encore ils n'ont pas fait appelle à une mission pour pondre cette ânerie

  • adelala2 le mercredi 22 aout 2012 à 19:32

    1 ou 2 cts ça ne se verra dans le portefeuille de personne et ça coutera qques centaines de millons a trouver via de nouveaux impôts. Et ça a fait l'ENA? (pardon, son chef, lui ce n'était qu'un petit prof...)