Prix de l'eau : «Les usagers sont victimes d'une escroquerie à grande échelle»

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INTERVIEW - Selon Jacques Margalef, fondateur de l'association France Assainissement Eau, la facture d'eau contient plusieurs irrégularités qui passent inaperçues aux yeux des Français en raison de la complexité de leurs factures.

Cela fait 25 ans que Jacques Margalef mène la lutte à travers son association France Assainissement Eau. Son combat: dénoncer des factures d'eau injustement élevées pour l'ensemble des Français en raison de taxes et autres prélèvements qu'il juge illégaux. Aujourd'hui retraité, ce dernier n'a pas hésité à reprendre des études de droit à l'âge de 46 ans pour appuyer son argumentaire qu'il juge «imparable».

LE FIGARO - Pourquoi dites-vous que les factures d'eau des Français sont incorrectes?

Jacques MARGALEF - Le prix de l'eau doit être la contrepartie d'un service. Or, on constate sur la facture qu'un prélèvement est effectué par la commune alors qu'il ne correspond à aucun service rendu. Ce prélèvement, qui apparaît à la ligne «part syndicale», sert à financer la création d'ouvrages publics d'intérêt général, normalement pris en charge par la fiscalité de la commune. Toutes les communes le font et tout peut être prouvé. Cette omertà est installée depuis la loi de 1992 sur l'eau.

Que représente ce prélèvement dans la facture globale?

C'est énorme. La part syndicale représente 15 à 40% de la facture selon la commune, que la gestion de l'eau soit faite en régie ou en délégation. La somme injustement récoltée chaque année est de l'ordre de 4,5 milliards d'euros. Les usagers sont tous victimes de cette escroquerie à grande échelle. Ils sont pris en otage.

Y'a-t-il d'autres anomalies dans les factures d'eau?

Oui. L'autre problème concerne les redevances versées aux agences de l'eau. Depuis 2006, ces agences sont devenues des établissements publics administratifs de l'État. Les prélèvements effectués pour leur compte (lutte contre la pollution, modernisation des réseaux...) ne doivent donc en aucun cas être assujettis à la TVA, comme le précise la loi. Or, sur les factures, une TVA est appliquée sur les redevances des agences de l'eau à un taux pouvant aller jusqu'à 10%! Le montant global de TVA ainsi récolté s'élève chaque année à 100 millions d'euros. Autre chose anormale: les prélèvements imposés aux propriétaires qui utilisent un assainissement non collectif. Pour ces derniers, la commune a l'obligation légale de faire un diagnostic de pollution et de le prendre à sa charge. Or, elle le fait payer aux propriétaires. La note varie de 50 à 350 euros selon les villes! Il n'existe pourtant aucun texte de loi qui permet d'imposer une facture de redevance d'assainissement non collectif à un propriétaire. En France, 5,2 millions de personnes sont concernées.

Ces anomalies n'ont jamais été contestées par des usagers?

Non! Personne n'y fait attention tout simplement parce que 99% des usagers de l'eau et de l'assainissement ne savent pas lire leur facture. Quand c'est un syndic qui gère un immeuble, c'est encore pire: les gens ne reçoivent pas de facture individuelle et le prix de l'eau est dilué dans les charges. Il faudrait donc déjà que tous les Français reçoivent une facture détaillée et qu'ils puissent la décrypter. Ensuite, même s'ils ont la volonté, les usagers n'ont pas la capacité juridique de contester. C'est compliqué.

Pourquoi ces anomalies perdurent?

Je pense que si les collectivités respectaient la législation comme il se doit, elles seraient en liquidation.

Quelle est donc la solution?

Il faudrait d'abord que les collectivités locales reconnaissent qu'elles ont trompé les usagers durant toutes ces années. Ça serait une première victoire. Demander des remboursements n'est pas possible mais il faudrait au moins qu'elles rectifient le tir et fasse disparaître ces éléments qui ne sont pas légaux.

Les collectivités en ont-elles les moyens à l'heure où l'État baisse ses dotations?

Le contexte était déjà compliqué il y a 25 ans. Il l'est encore aujourd'hui...C'est à elles de gérer différemment leurs budgets. Elles n'ont pas à transformer les usagers de l'eau en contribuables indolores.

Les communes ont-elles réagi à vos sollicitations?

Les communes ne veulent pas aborder le problème. J'ai donc aussi écrit des courriers à la Cour des comptes, à la ministre de l'Écologie Ségolène Royal, au ministère du Budget, j'ai envoyé 90 lettres par mail aux directions départementales des Finances publiques... Après toutes ces années, j'ai enfin réussi à obtenir un rendez-vous, le 31 mars prochain, avec Jacques Toubon, le défenseur des Droits. J'espère qu'il acceptera de faire un état des lieux et de lancer la réflexion. Je suis optimiste!

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