Privée d'un leader incontesté, l'UMP songe à Nicolas Sarkozy

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L'HYPOTHÈSE D'UN RETOUR DE NICOLAS SARKOZY CONFORTÉE PAR LA CONFUSION À L'UMP
L'HYPOTHÈSE D'UN RETOUR DE NICOLAS SARKOZY CONFORTÉE PAR LA CONFUSION À L'UMP

par Sophie Louet et Chine Labbé

PARIS (Reuters) - François Fillon ambitionnait de succéder à Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé d'être son dauphin. Les deux prétendants à la présidence de l'UMP, en livrant à l'électorat de droite le spectacle d'un parti déchiré, ont redonné toute sa vigueur à l'hypothèse d'un retour de l'ex-président.

"Ce soir, c'est Nicolas qui a gagné, c'est lui qui doit être content. C'est une catastrophe", glissait dimanche, déconfit, un membre de l'équipe Fillon au terme d'une soirée sous tension où les adversaires ont revendiqué tous deux la victoire.

Les deux camps attendaient lundi le verdict de la commission électorale de l'UMP pour dénouer l'imbroglio, mais quel que soit le vainqueur officiel qui émergera du chaos, la légitimité et la cohésion de l'opposition de droite sont sérieusement écornées.

L'ex-Premier ministre Alain Juppé, qui avait tenté en vain une candidature pacificatrice, a mis en garde contre une implosion du mouvement fondé en 2002 pour unifier les droites.

"Je lance vraiment un cri d'alarme, c'est l'existence même de l'UMP qui est en cause aujourd'hui, alors il faut arrêter cette confrontation", a déclaré le maire de Bordeaux sur i>TELE.

Cernée par un Front national revigoré et la mouvance centriste embryonnaire de l'UDI, qui entend capter son aile centriste, fragilisée par une litanie de défaites électorales, l'UMP entame sa refondation sous les pires auspices.

La dynamique que les duellistes appelaient de leurs voeux pour "la reconquête", aux élections municipales de 2014 et à l'élection présidentielle de 2017, est stoppée net.

"Quel que soit le résultat de cette consultation, on aura une UMP clivée. On a une droite divisée, c'est un signe de fragilité et de faiblesse majeur", a déclaré à Reuters François Miquet-Marty, président de Viavoice.

"NICOLAS NOUS MANQUE"

Entre "la droite décomplexée" de Jean-François Copé et la droite "rassembleuse" de François Fillon, la base, nostalgique de l'ère Sarkozy, se divise à parts pratiquement égales. A l'image du Parti socialiste en 2008 après le congrès de Reims, où les empoignades entre "aubrystes" et "royalistes" ont miné le parti.

Les plus optimistes à l'UMP rappellent que ce psychodrame n'a pas empêché le PS d'organiser des primaires ouvertes avec succès et de remporter l'élection présidentielle de 2012. A une différence notable : c'est François Hollande qui l'a emporté. Exit Martine Aubry et Ségolène Royal.

Des analystes jugent que le même scénario peut se répéter à droite, avec Nicolas Sarkozy, l'absent omniprésent, dans le rôle du "troisième homme". "Nicolas nous manque, avec lui, ça ne se serait pas passé comme ça", commentait lundi un militant UMP.

Pour François Miquet-Marty, les péripéties du congrès de l'UMP laissent "ouverte la question du leadership".

S'il conteste que François Fillon et Jean-François Copé soient disqualifiés pour 2017, il convient que Nicolas Sarkozy, officiellement retiré de la politique, sort renforcé de ce "duel à trois" : moi ou le chaos, la figure traditionnelle du recours gaullien.

"Historiquement, les guerres entre Valéry Giscard d'Estaing-Jacques Chirac (dans les années 70) et Edouard Balladur-Jacques Chirac (1993-1995) se sont réglées par la défaite d'un des deux à une élection présidentielle. C'est toujours l'opinion publique qui tranche. Si la structure partisane n'est pas en mesure de se choisir un chef, c'est l'opinion publique qui le fera", juge François Miquet-Marty.

"On ne peut pas préjuger de l'identité du leader de la droite dans un an et demi", ajoute-t-il, tout en prenant acte d'"un magistère d'opinion en faveur de Nicolas Sarkozy".

"CHAMP DE RUINES"

La droite projette d'organiser des primaires ouvertes en 2016 pour désigner son champion pour 2017, mais "si c'est pour concourir sur un champ de ruines...", ajoute un élu de l'UMP.

"Face à l'échec de l'UMP dans son voeu de rassemblement des droites modérées, on a un vainqueur qui est Nicolas Sarkozy, qui peut apparaître comme le rassembleur au moins des sympathisants UMP", dit François Miquet-Marty.

L'ancien ministre de Nicolas Sarkozy Claude Guéant, qui soutient François Fillon, a redit lundi son souhait que l'ex-président revienne à l'avant-scène, mais pas au coeur du chaos.

"Ce n'est certainement pas le moment pour lui de revenir dans l'arène", a-t-il commenté sur BFM TV, ajoutant : "Il est clair que Nicolas Sarkozy, quand il était président de l'UMP a été élu dans des conditions plus confortables que ne le sera le président de l'UMP cette fois-ci..."

Avant même de songer aux échéances électorales à venir, le vainqueur, élu pour trois ans, devra s'atteler à réunifier l'UMP et prévenir une diaspora, au centre comme à l'extrême droite.

"On est plus monolithique que le PS. On a une tradition. Quand on fait partie d'une équipe, ou on fait collectif ou on se casse", explique un proche de Nicolas Sarkozy.

La ministre socialiste Marisol Touraine, qui a connu les affres du congrès de Reims, livrait lundi son analyse.

"Un score à 51-49, c'est toujours difficile, on en sait quelque chose. Ils sont en train d'empêcher la réconciliation de se faire", a-t-elle dit à des journalistes.

"Il y a un vainqueur, a-t-elle poursuivi, c'est Sarkozy : il y aura à l'UMP un patron et l'autre qui lui tirera le tapis sous les pieds. Nicolas Sarkozy apparaîtra comme celui qui a l'onction populaire".

Avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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  • jean-648 le lundi 19 nov 2012 à 19:25

    sarko s'en fout. Il gagne son blé en racontant des fables de Lafontaine aux riches étrangers. La politique lui coute cher, il est convoqué au tribunal et peut etre pas qu'une fois.

  • razibus1 le lundi 19 nov 2012 à 19:21

    ERREUR ! les journalistes qui lance cette idée certainement !!! mais les français ne suivent pas ! le pire, c'est que Sarkozy non plus !

  • LeRaleur le lundi 19 nov 2012 à 19:14

    Bonne idée, comme ça on pourra le virer une deuxième fois.

  • chatnour le lundi 19 nov 2012 à 19:10

    "et prévenir une diaspora, au centre comme à l'extrême droite" ? : qu'est ce que ce charabia, ça n'a rien à voir ! Encore un pisse-copie qui emploie des mots sans en connaître le sens mais "ça fait bien" ! Wikipedia : "Le terme diaspora est un mot de grec ancien qui désigne la dispersion d'une communauté ethnique ou d'un peuple à travers le monde" !