Prisons secrètes-La Pologne accuse les USA de bloquer l'enquête

le , mis à jour à 18:03
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par Christian Lowe et Wojciech Zurawski VARSOVIE/CRACOVIE, 12 juin (Reuters) - Les Etats-Unis refusent de remettre à la Pologne la version non expurgée d'un rapport du Sénat américain qui pourrait éclaircir la nature de la coopération entre la CIA et les autorités polonaises après les attentats du 11 septembre 2001, indiquent les services judiciaires polonais. Ce rapport, publié en décembre dernier par la commission du Renseignement du Sénat américain, décrit les techniques d'interrogatoire utilisées par la CIA sur les personnes soupçonnées de terrorisme dans ses prisons secrètes après 2001. ID:nL6N0TW3BT Les lieux où se trouvent les prisons secrètes sont mentionnés dans le rapport mais ne figurent plus dans le résumé qui a été rendu public. Selon une décision de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), la CIA a détenu entre 2002 et 2003 des personnes soupçonnées de faire partie d'Al Qaïda sur le site d'un établissement de formation au renseignement en Pologne. Le gouvernement polonais n'a jamais reconnu avoir abrité une prison de la CIA. Devant la CEDH, le gouvernement polonais a dit qu'il se pouvait très bien que la CIA ait détenu des personnes en Pologne sans que les autorités en soient informées. Les services judiciaires polonais disent avoir demandé au département américain de la Justice une copie non censurée du rapport du Sénat pour qu'ils puissent vérifier s'il confirmait ou pas leur enquête sur l'existence d'une prison secrète de la CIA dans la forêt polonaise. SANS RÉPONSE Le gouvernement polonais, selon un document transmis au Conseil de l'Europe, a demandé par six fois l'aide des Etats-Unis, en se fondant sur une convention d'assistance mutuelle conclue entre les deux pays. La première des demandes a été refusée et les cinq autres sont restées sans réponse. Après la publication du résumé du rapport, le président américain Barack Obama a reconnu que la CIA avait "torturé un certain nombre de personnes" dans des prisons secrètes à l'étranger lorsque son prédécesseur, le républicain George W. Bush, était au pouvoir. La Maison blanche a cependant bloqué toute démarche visant à engager des poursuites contre d'éventuels responsables aux Etats-Unis, et, selon des groupes de défense des droits de l'homme, elle souhaite faire de même à propos des dossiers en cours en Europe. "Si vous regardez ce qui se passe aux Etats-Unis, vous voyez pourquoi qu'il n'y a pas de coopération avec les Européens", commente Julia Hall, d'Amnesty International. "Tous ceux qui ont été associés au gouvernement américain dans ces opérations devraient pouvoir obtenir le rapport en entier, non censuré", ajoute-t-elle en estimant qu'ils ont un "droit à l'information". Selon les défenseurs des droits de l'homme et les avocats des personnes qui disent avoir été détenues sur le site polonais, les procureurs disposent de suffisamment de preuves sans avoir besoin de l'aide des Etats-Unis, mais ils tergiversent parce que l'affaire est politiquement sensible. Les services judiciaires démentent cette analyse. (Avec Arshad Mohammed et Julia Edwards à Washington; Danielle Rouquié pour le service français)

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