Prison avec sursis requise contre un policier pour des violences sur un lycéen

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Le parquet a requis six mois de prison avec sursis contre un policier jugé pour avoir porté un violent coup de poing à un élève de 15 ans du lycée Bergson à Paris ( AFP/Archives / VALERY HACHE )
Le parquet a requis six mois de prison avec sursis contre un policier jugé pour avoir porté un violent coup de poing à un élève de 15 ans du lycée Bergson à Paris ( AFP/Archives / VALERY HACHE )

Le parquet a requis jeudi six mois de prison avec sursis contre un policier jugé pour avoir porté un violent coup de poing à un élève de 15 ans du lycée Bergson à Paris un jour de mobilisation contre la loi travail.

La vidéo de la scène, le 24 mars, avait été largement diffusée et choqué le ministre de l'Intérieur. Elle a aussi choqué lors de sa diffusion devant le tribunal correctionnel de Paris, notamment les parents du jeune homme, à qui le visionnage a semblé particulièrement pénible.

L'élève de seconde est à terre, entouré de policiers. "Lève toi! Lève toi!!!", lui lance l'un des policiers, casqué, avant de lui porter un violent coup de poing au visage.

Sous l'effet du coup, il bascule et chute.

Face aux juges, le gardien de la paix, en costume cravate, s'exprime posément. Il invoque un "malheureux concours de circonstances".

Ce jour-là, les lycéens organisent un nouveau blocus de leur établissement. Les policiers évoquent des jets d'oeufs, de farine, quelques uns des jets de pierres, de pavés, de bouteilles.

A la barre, le gardien de la paix, prénommé Sofiane, assure que lorsque les policiers ont relevé le jeune homme juste après l'avoir interpellé, il a senti "comme des doigts au niveau de la jugulaire" de son casque. "Je me suis senti en danger", dit-il.

Il voulait lui porter un coup au niveau du plexus, un geste "proportionné" au vu de la situation, estime-t-il, mais "l'appui sur la nuque" du jeune homme, que tenait l'un de ses collègues, "l'a fait se baisser".

- "Illégitimité absolue" -

"En aucun cas il n'y a eu de volonté de le toucher au visage", assure le policier, "je ne me serais jamais permis" d'exercer des violences "sachant qu'on est filmés en permanence".

"A quoi sert votre geste?", étant donné qu'un autre policier immobilise l'adolescent, demande la présidente. "Je ne l'ai pas vu", répond le fonctionnaire, qui invoque "l'effet tunnel": "focalisé sur une action, vous ne faites pas forcément attention à ce qui se passe autour de vous."

L'adolescent raconte devant le tribunal que le policier le "frappe par terre", puis une fois debout, "me donne un coup de poing dans la tête".

La présidente souligne que pendant l'enquête, le fonctionnaire a "largement modifié" sa version après avoir vu les images. Celles-ci sont bien loin de confirmer la présence d'une "foule hostile" au moment où part le coup. En revanche, elles correspondent parfaitement aux déclarations de l'adolescent.

Le policier regrette, pour la victime, mais regrette aussi "que l'image de la police nationale ait été ternie".

"Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un fonctionnaire de police frapper un enfant", plaide l'avocat de la victime, Me Arié Alimi, pour qui "c'est bien le visage qui est visé".

"Il n'y a aucune impunité envers les fonctionnaires de police", souligne le procureur dans son réquisitoire, étrillant au passage la "volonté de ne rien dire de la part des fonctionnaires qui étaient présents".

Qu'il ait visé le plexus ou le visage, le geste du policier est d'une "illégitimité absolue", selon le magistrat.

Sur la vidéo, on voit un "fonctionnaire de police qui a perdu ses nerfs sur un gamin, après avoir passé un mauvais moment" en ayant subi des jets d'oeufs, poursuit-il. Cependant, le procureur a "envie de croire" que le fonctionnaire est "conscient de la gravité de son geste". Il a donc proposé au tribunal de ne pas inscrire sa condamnation à son casier judiciaire.

Insistant sur le manque de formation de son client en matière de maintien de l'ordre, l'avocat du policier a demandé au tribunal de considérer ces violences comme involontaires.

Jugement le 23 novembre.

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  • CHANOMAR il y a 3 semaines

    "que l'image de la police nationale ait été ternie".qu il ne s inquiète pas il y a déjà longtemps