Prison avec sursis requise contre un chercheur pour avoir aidé des migrants

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Manifestation devant le tribunal de Nice avant le procès d'un chercheur et d'un agriculteur qui ont aidé des migrants, le 23 novembre 2016 ( AFP / Yann COATSALIOU )
Manifestation devant le tribunal de Nice avant le procès d'un chercheur et d'un agriculteur qui ont aidé des migrants, le 23 novembre 2016 ( AFP / Yann COATSALIOU )

Six mois de prison avec sursis ont été requis mercredi soir contre un enseignant-chercheur du CNRS poursuivi à Nice pour avoir convoyé des Erythréennes venues d'Italie, "un geste humanitaire ne méritant aucune sanction" pour son avocate qui avait plaidé la relaxe.

Le jugement a été mis en délibéré au 6 janvier et son contrôle judiciaire levé d'ici là.

"C'est un sévère avertissement", a justifié le procureur général de Nice, Jean-Michel Prêtre. "On peut porter secours, c'est un devoir, mais pas aider au séjour et à la circulation" d'étrangers en situation irrégulière, a-t-il ajouté, rappelant que c'était une infraction pénale.

"Ces actions ne s'inscrivent pas dans un secours. Elles consistent à nier qu'une frontière existe et qu'un pays puisse faire voter des lois. (...) En France, on a le droit de penser ce qu'on veut et de traduire ces pensées en actions, mais dans les limites de la loi", a-t-il insisté.

Pierre-Alain Mannoni, enseignant-chercheur à la faculté de Nice, devant le tribunal de Nice où il est ju
Pierre-Alain Mannoni, enseignant-chercheur à la faculté de Nice, devant le tribunal de Nice où il est jugé pour avoir aidé des migrants, le 23 novembre 2016 ( AFP / Yann COATSALIOU )

Pierre-Alain Mannoni, 45 ans, enseignant-chercheur à la faculté de Nice Sophia Antipolis, avait été interpellé le 18 octobre à un péage près de Menton avec dans sa voiture trois Erythréennes dont une mineure, toutes trois prises en charge dans un centre de colonie de vacances SNCF désaffecté et squatté au moment des faits par un collectif d'associations pour y abriter des Erythréens.

Comme lui, depuis 2015, de nombreux habitants de la vallée franco-italienne de la Roya viennent en aide aux migrants qui passent depuis l'Italie voisine, souvent des Africains fuyant des pays instables.

Il convoyait les trois jeunes femmes pour les mettre dans le train en direction de Marseille où elles devaient être soignées, en évitant de s'arrêter à Nice pour échapper aux contrôles dans les Alpes-Maritimes.

"Dans son esprit, M. Mannoni a porté secours. Ce geste humanitaire ne mérite aucune sanction. Ce serait disproportionnée et pas nécessaire", a plaidé son avocate Me Maeva Binimelis. "Aujourd'hui, on veut faire un exemple (...) Je sollicite la relaxe pour donner une réponse à tous ces gens solidaires", a-t-elle lancé, évoquant le souvenir des Boat People accueillis en France dans les années 1980.

- "Aberrant" -

Cent à 200 personnes étaient venues soutenir M. Mannoni et son co-prévenu Cédric Herrou à l'audience. Elles sont restées nombreuses massées sur les marches du palais de justice de Nice qui s'était entouré de mesures policières inhabituelles, filtrant les accès y compris en salle d'audience.

Cédric Herrou, un fermier jugé pour avoir aidé des migrants, arrive au tribunal de Nice, le 23 novembre
Cédric Herrou, un fermier jugé pour avoir aidé des migrants, arrive au tribunal de Nice, le 23 novembre 2016 ( AFP / Yann COATSALIOU )

"Si ces personnes ne sont pas secourues, il y aura encore des morts", a déclaré en conclusion des débats M. Mannoni, soutenu par le syndicat de l'enseignement supérieur Snesup-FSU, la Ligue des Droits de l'Homme, les écologistes d'EELV ou encore Médecins du Monde qui a témoigné en sa faveur à la barre.

"Qu'il se retrouve au tribunal dans notre pays, je trouve cela aberrant", avait déclaré avant l'audience la députée EELV Cécile Duflot, dénonçant une manoeuvre d'intimidation. "Aujourd'hui, on a des citoyens contraints d'enfreindre la loi, parce que l'Etat ne remplit pas ses obligations", a de son côté regretté David Nakache, un ancien cadre du PS niçois.

Depuis 2012, la loi prévoit l'immunité pour les passeurs qui ne sont pas rétribués et qui agissent si la vie des personnes recueillies est jugée en péril.

L'agriculteur Cédric Herrou sera quant à lui jugé le 4 janvier à la suite d'un report d'audience demandé par ses avocats. D'ici là, son contrôle judiciaire a été assoupli, lui permettant de recommencer à conduire de 06h00 à 17h00 pour les besoins de son exploitation qui produit des oeufs et des olives.

En août, il avait déjà été inquiété pour le transport de huit Erythréens mais le parquet de Nice avait classé l'affaire sans suite. C'est l'installation sans autorisation d'une cinquantaine d'Erythréens dans un centre de vacances SNCF désaffecté à Saint-Dalmas-de-Tende qui lui vaut ces nouvelles poursuites. Son occupation, dénoncée avec force par les élus locaux LR, avait pris fin avec l'intervention des forces de l'ordre au bout de trois jours.

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  • g.joly1 il y a 2 semaines

    Alexcar : "Ian Brossat : "La même fa c ho sphère qui nous reproche de trop faire pour les migrants et pas assez pour les SDF s'est opposée au centre pour sans abris dans le 16e de Paris. Le bal des faux-c u l s"."

  • jean-648 il y a 2 semaines

    Que des gens comme cela se retrouvent devant la justice c'est scandaleux. Alors que Sarko, Balkany et beaucoup d'autres sont encore en liberté....

  • fr2312 il y a 2 semaines

    g joly et jean 648, il y a des lois en France, lorsqu on ne les respecte pas, on est condamné mais vu que ça ne va pas le sens de vos convictions, ces lois ont s'en exonère. Donc à vous lire la loi ne doit être appliquée que lorsque cela vous arrange ou convient, même des élus comme madame Duflot ne reconnaît pas la loi, et après on s'étonne de voir où on en est.

  • M7166371 il y a 2 semaines

    si l'on doit les juger ce qui semble légitime car la loi doit s'appliquer à tous , alors il faudrait probablement également juger les gouvernements de la plupart des Etats européens et l'UE .

  • jean-648 il y a 2 semaines

    Bon les chemises brunes se réveillent et tendent le bras droit. Mesdames partez avant qu'ils vous tondent.

  • dani2293 il y a 2 semaines

    oui , il n'a pas le droit de faire ça , par contre il peut en prendre chez lui si il aime .

  • a_driez il y a 2 semaines

    j espere qu ils vont prendre cher...!!

  • jean-648 il y a 2 semaines

    Et vous alexccar vous les aidé les SDF français ??

  • Alexccar il y a 2 semaines

    en prison c'est leur place. C'est sur que d'aider les SDF français c'est pas dans habitudes de gau/chistes

  • jean-648 il y a 2 semaines

    Traitres, collabos à juger..... de qui de quoi. gillesk6 le niveau de votre analyse est si basse qu'on risque de voir des vers de terre. C'est des types comme vous que l'on devrait juger pour non assistance de personnes en danger.