Primaire: la religion catholique s'invite dans la dernière ligne droite

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Le catholicisme s'est invité dans la campagne de la primaire de la droite, François Fillon et Alain Juppé se revendiquant même du pape François ( AFP/Archives / SEBASTIEN BOZON )
Le catholicisme s'est invité dans la campagne de la primaire de la droite, François Fillon et Alain Juppé se revendiquant même du pape François ( AFP/Archives / SEBASTIEN BOZON )

Le catholicisme s'est invité dans la campagne de la primaire de la droite, François Fillon et Alain Juppé se revendiquant même du pape François, dans une France où le débat était jusqu'ici dominé par la référence à la laïcité.

La nette avance au premier tour (44,1% des voix contre 28,5%) de François Fillon sur Alain Juppé interroge sur le poids des réseaux catholiques les plus engagés, notamment ceux de Sens commun, vitrine politique du mouvement anti-mariage homosexuel, ralliée à l'ex-élu de la Sarthe. Et elle a poussé le second à sortir du bois sur le terrain religieux et sociétal.

Dès lundi, le maire de Bordeaux, qui se dit "catholique agnostique", s'en est pris à "la vision extrêmement traditionaliste" de son adversaire sur le "rôle des femmes", la "famille", le "mariage" et "l'avortement".

"Sur la plupart des sujets sur lesquels Alain Juppé semble vouloir me contester, le pape François dit la m
"Sur la plupart des sujets sur lesquels Alain Juppé semble vouloir me contester, le pape François dit la même chose que moi", a déclaré François Fillon ( POOL/AFP/Archives / Thomas SAMSON )

"Je dis à mes coreligionnaires catholiques que moi, je suis plus proche de la parole du pape François que de La Manif pour tous!", a lancé Alain Juppé.

"Caricature", a rétorqué François Fillon, catholique pratiquant: "Je ne suis pas sûr qu'il ait totalement écouté et lu le pape François, parce que sur la plupart des sujets sur lesquels Alain Juppé semble vouloir me contester, le pape François dit la même chose que moi."

La passe d'armes a surpris, jusque dans les rangs catholiques. "Je rêve ou c'est la première fois que l'on voit des candidats à une primaire s'attaquer à coup de paroles du pape?", a tweeté le prêtre Cédric Burgun.

Mais pour Jérôme Fourquet, de l'Ifop, "nous ne sommes pas sur une présidentielle mais sur une primaire à droite, qui parle à un segment particulier où les catholiques pratiquants ne sont pas aussi minoritaires, pesant environ 15%" contre 10% dans la population.

"Ces électeurs sont nettement moins abstentionnistes que la moyenne, leur poids s'en trouve donc rehaussé", explique à l'AFP le politologue. Alors que les finalistes de la primaire affichent tous deux un programme libéral - avec des nuances - en économie, le domaine sociétal nourri de références religieuses constitue "un bon terrain pour se différencier".

- Poisson vote Fillon -

La question catholique renvoie à "une mémoire chrétienne du pays, un antilibéralisme culturel, un vote plus marqué à droite : on comprend pourquoi les acteurs politiques du moment utilisent ce référentiel dans leurs discours", relève le sociologue Philippe Portier. Pour lui, une moitié de la France "n'a pas oublié qu'elle était catholique", même sans aller à la messe chaque dimanche.

François Fillon peut-il donc devenir "une sorte de Tariq Ramadan des sacristies", héraut d'un "catholicisme politique, activiste et agressif", comme l'a prophétisé le directeur de Libération Laurent Joffrin, en référence à l'islamologue considéré proche de l'islam politique des Frères musulmans?

"Il n'y a pas de catholicisme politique en France, il n'y en aura jamais", corrige Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire La Vie. Selon lui, "le catholicisme identitaire", "d'extrême droite", "n'a qu'un impact très limité sur l'opinion publique des catholiques", comme le démontre le maigre score à la primaire (1,5%) de Jean-Frédéric Poisson, qui "a essayé de s'appuyer sur ces réseaux".

Le président du Parti chrétien-démocrate (PCD) a logiquement apporté son soutien mardi à François Fillon, au nom de "la politique familiale et de l'accueil de la vie".

Alain Juppé et sa deuxième femme, Isabelle, en meeting à Toulouse, le 22 novembre 2016
Alain Juppé et sa deuxième femme, Isabelle, en meeting à Toulouse, le 22 novembre 2016 ( AFP / REMY GABALDA )

Le spécialiste du catholicisme Yann Raison du Cleuziou estime, lui, qu'un groupe plus large a pesé en faveur du vote Fillon : celui des "catholiques observants", "noyau dur de La Manif pour tous", une "bourgeoisie classique qui affiche une certaine focalisation sur la morale sexuelle et est libérale économiquement parlant".

"Ce ne sont pas des extrémistes. Ils ont retrouvé une incarnation d'eux-mêmes en François Fillon, fidèle de l'abbaye de Solesmes, père de cinq enfants, marié de longue date à la même femme", selon ce spécialiste. Un "catholique rassurant" moins clivant, dans le ton et la personnalité, que Nicolas Sarkozy, dont l'invocation régulière des "racines chrétiennes de la France" n'a pas suffi à le qualifier.

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  • M7097610 il y a 2 semaines

    "raser les églises", fabandri est prêt à rejoindre le nihilisme islamique de l'EI et des talibans. Ouste

  • fabandri il y a 2 semaines

    Pu tain ,mais il faut raser les églises . La révolution n'a pas fini son boulot il va falloir s'y remettre .

  • acharbi1 il y a 2 semaines

    L’imam et parlementaire chiite irakien, Ayad Jamal Al-Din, a lancé ce mardi 22 novembre 2016 un appel aux électeurs français à voter pour la candidate du Front national pour mettre fin à cette « alliance honteuse entre Paris et Doha

  • M7097610 il y a 2 semaines

    en classant les infirmiers dans le prié comme en allemagne, cela fait bien 3 millions de fonctionnaires en moins et aucun licenciement. EN plus, les conditions de travail seront plus favorables, l'unité retrouvée avec les infirmiers du privé...donc de la force syndicale

  • vmcfb il y a 2 semaines

    Je croyais que c'était la Belgique la terre du surréalisme..

  • manx750 il y a 3 semaines

    Ils se battent à coup de goupillon ! Mais les électeurs dont 99% ne doivent même pas savoir ce qu' est "Sens commun" moi je connais pas, quelles que soient leurs croyances, ou leur athéisme ont tous une morale, des principes de vie (du moins on l'espère) et pas seulement des théories économiques ou le nombre de fonctionnaires à diminuer ou augmenter pour se décider sérieusement à voter pour quelqu'un. AJ Papy le comprend il ?

  • M5503580 il y a 3 semaines

    J'aime bien les religieux tant qu'ils prient en silence et surtout ....Ne me marchent pas sur les pieds . C'est pas les croyances des uns ou des autres qui m'intéressent mais ce qu'ils veulent faire.

  • delapor4 il y a 3 semaines

    "Je dis à mes coreligionnaires catholiques que moi, je suis plus proche de la parole du pape François que de La Manif pour tous!", a lancé Alain Juppé. Quelle impudence alors qu'il se définit lui-même comme "un catholique agnostique" !

  • acharbi1 il y a 3 semaines

    Alain Juppé le répète : « Oui, l’islam est compatible avec la République. »En 2015, sur un plateau TV, après s’être fait tancé par Michel Onfray, Alain Juppé promet de lire le Coran.Depuis, l’a-t-il lu?Ses amitiés particulières avec le « controversé » recteur Salafiste de la mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou, l’ont-elles éclairé sur le Coran et sa présumée compatibilité avec la République?

  • odnaz il y a 3 semaines

    Désolé d'avoir à dire ce que je vais dire : Juppé est un vieillard cacochyme qui, par orgueil et prétention, est en train de torpiller la dynamique positive créée dimanche lors d'un vote massif et sans ambiguïté, de suicider le parti .... et d'obliger 4M d'électeurs à retourner aux urnes dimanche dans le froid et la pluie. La Direction du Parti aurait du éviter ça en lui expliquant fermement qu'on était dans une primaire interne et pas au second tour de la présidentielle face à Mélenchon.