"Prévisions de croissance : la France est-elle crédible ?" - L'édito de la semaine avec le Cercle des économistes (Jean-Paul Betbèze)

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En dépit des mises en garde du FMI et du Haut Conseil des finances publiques, Bercy maintient ses prévisions de croissance pour 2014. Challenge très difficile, voire impossible, aux yeux de l'économiste Jean-Paul Betbèze, sans baisse des dépenses ni engagement de long terme dans la clarté.

Les faits d'abord : le dernier trimestre de 2012 est négatif et les premiers chiffres de 2013 sont mal orientés. Les indicateurs les plus récents, par activité, montrent désormais que ce ne sont plus les stocks qui se réduisent ou l'investissement qui fléchit, mais que c'est la consommation qui est atteinte. Dans ce contexte, on voit à quel point toute la construction officielle française est en question. Il ne s'agit pas de parler de récession, le mot est sur toutes les lèvres, mais d'aller plus loin pour analyser la démarche officielle en cours. Et voir ce qu'elle implique, car nous avons un intérêt commun à son succès.

Cette construction officielle prend en compte une situation économique fragile et la nécessité de réduire aussi vite que possible le déficit budgétaire, ceci afin de peser politiquement en zone euro et de bénéficier aussi des taux quasi-allemands, le tout sans mettre le pays en récession, ni en tension sociale forte. Soit. Pour aller vite, la décision officielle a donc été d'augmenter les impôts d'abord, pour réduire ensuite la dépense publique. L'hypothèse était ainsi que les agents économiques allaient s'ajuster, mais pas trop, en tout cas pas les ménages, ce qui permettrait d'aborder dans de meilleures conditions la partie « dure » de la réduction des dépenses publiques. Problème.

Cette logique de fin 2012 n'a pas marché, pour la raison que les entreprises ont très fortement réagi à la fiscalité annoncée, mais aussi aux incertitudes économiques et sociales, ceci à un point tel que les ménages aussi se sont inquiétés. Et pourtant « les études les plus récentes et les plus approfondies sur l'impact des consolidations budgétaires sur la croissance montrent qu'à court terme, les hausses de recettes sont moins coûteuses pour l'activité et l'emploi tandis qu'à moyen terme, les ajustements les plus durables et les plus favorables à la croissance sont ceux qui reposent sur une maîtrise de la dépense publique et sur les gains d'efficacité de la gestion publique » nous disent les experts de Bercy. Patatras, les fameux multiplicateurs fiscaux, dont on sait à quel point ils sont instables, n'ont pas fait mentir la légende.

Ceci conduit à renforcer la crédibilité des prévisions et des politiques, pour aller au-delà de l'exercice qui devra affronter les prochains mois. Côté prévisions, le succès n'est pas considérable, puisque le Haut Conseil en charge de réagir par rapport au fameux 0,1 % de 2013 et au 1.2 % de 2014 met en avant toutes les limites de l'exercice. « Au total, écrit-il, le scénario pour les années 2013 et 2014 est entouré d'un certain nombre d'aléas qui, dans leur ensemble, font peser un risque à la baisse sur les prévisions. Un léger recul du PIB en 2013 et une croissance sensiblement inférieure à 1,2 % en 2014 ne peuvent pas être exclus ». On aura compris que le Haut Conseil a répondu à la question de la crédibilité à court terme...

Pourtant, la question la plus importante est ailleurs et concerne la stratégie de restauration de la situation budgétaire du pays. Les prévisions officielles insistent en effet sur la réduction du déficit public, ce qui est bien, et sur la baisse des dépenses publiques, ce qui est mieux encore. Mais la réduction de cette dépense n'est pas celle qui consisterait à réduire dans le temps le poids de la dépense publique (en clair le nombre de fonctionnaires, en modernisant et en simplifiant les structures) mais plutôt en réduisant les concours aux collectivités locales, les soutiens aux retraites ou à la famille, ou encore les subventions. En d'autres termes, la baisse des dépenses en dur n'apparaît pas. Or, c'est la seule qui est crédible, en interne pour ancrer les anticipations d'un freinage de la dérive de la dépense - donc de l'impôt, et en externe - par rapport aux marchés financiers.

L'idée centrale du message est que les impôts n'augmenteront plus en 2015, avec une baisse à partir de 2017. Mais on comprend qu'il faudra être autrement plus clair et concret, pour être crédible - et donc obtenir ce que l'on souhaite. Ce que nous souhaitons tous, la sortie de cette nasse.

Jean-Paul Betbèze



Actuellement créateur de Betbeze Conseil SAS, Jean-Paul Betbèze désire parler d'économie dans et pour les entreprises. Il est membre de la Commission économique de la nation, du Cercle des économistes et du Comité scientifique de la Fondation Robert Schumann. Il a été auparavant chef économiste de banque (notamment chef économiste & directeur des études économiques, membre du Comité exécutif de Crédit Agricole SA) et professeur d'université (agrégé des facultés, professeur à Paris Panthéon).

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • M8725649 le mardi 23 avr 2013 à 00:49

    Y en a encore se poser la question ? c'est cela le plus inquiétant.

  • moray261 le lundi 22 avr 2013 à 17:40

    C'est possible si l'on change de gouvernement

  • p.cuquel le lundi 22 avr 2013 à 17:22

    Il a raison !Baissons les depenses !Ne payons plus des conseillers (economistes, previsionistes...) qui de toute facon ne sont pas Madame soleil et ne prevoient JAMAIS la realité.

  • phduclos le lundi 22 avr 2013 à 16:23

    Gauche ou droite, il n'y aura de toute façon plus de croissance, c'est structurel.Depuis les années 60 la tendance est à la baisse en France, en Europe et dans le Monde (et pour la Chine la croissance n'est possible que parce des centrales électriques à charbon sont ouvertes chaque semaine).Le facteur limitant : la quantité d'énergie disponible par personne.Lire Jancovici : http://www.manicore.com/documentation/transition_energie.htmlPlus fort que l'idéologie : les lois de la physique.

  • hadock4 le lundi 22 avr 2013 à 15:39

    On connait Mr Betnique, il sévit de temps en temps sur BFM Business. Quand on l'a lu ou quand on l'a écouté, on est pas plus avancé qu'avant. c'est du blablabla comme on sait si bien le faire au dessous de la ligne Lyon-Bordeaux.

  • M7026257 le lundi 22 avr 2013 à 14:30

    Faut-il croire Bercy? faut-il croire le juge et partie à la fois? La France est un pays gouverné avec des fonctionnaires, par des fonctionnaires et pour les fonctionnaires....Et les francais qui voulaient le beurre et l'argent du beurre, n'auront ni l'un ni l'autre puisque les prestations s'effondreront alors que les prélèvements resteront identiques.

  • hriey le lundi 22 avr 2013 à 14:20

    Bercy n'en sait rien... pas plus que ce monsieur. Aucun intérêt.

  • M9660821 le lundi 22 avr 2013 à 14:01

    @rmiossec: parce que prévoir un certain niveau de croissance, c'est être maître de son destin?Sinon, oui bien sûr, il faut faire le maximum pour ne pas être dépendant de l'extérieur. et pour ce faire, avoir le minimum de dettes, donc au départ, le minimum de déficit participe à ne pas avoir d'ingérence extérieure!

  • rmiossec le lundi 22 avr 2013 à 12:54

    @M9660821==> mais ne pas oublier qu'être maitre de son destin, participe aussi au fait d'être capable de gérer en bon père de famille, et surtout de garder sa capacité à rembourser ses emprunts ! sans ingérence extérieure

  • tmaquet le lundi 22 avr 2013 à 12:45

    @claloda: les taux d’intérêt sont très bas parce que les marchés savent très bien que s'il le faut, le gouvernement ira puiser dans une manne de 12000 milliards d'euros: l'épargne des Français.