Présidentielle en Autriche: un an d'élection marathon

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Les candidats à la présidentielle autrichienne Alexander van der Bellen (g) et Norbert Hofer à Vienne, avant leur dernier débat télévisé, le 1er décembre 2016 ( APA/AFP / ROLAND SCHLAGER )
Les candidats à la présidentielle autrichienne Alexander van der Bellen (g) et Norbert Hofer à Vienne, avant leur dernier débat télévisé, le 1er décembre 2016 ( APA/AFP / ROLAND SCHLAGER )

Un printemps, un été, un automne... l'écologiste Alexander Van der Bellen et le candidat d'extrême droite Norbert Hofer, finalistes de la présidentielle autrichienne, ont fait campagne pendant près d'un an, transformés malgré eux en marathoniens d'une élection à rebondissements qui s'achève -- en principe-- dimanche.

- Et le vainqueur est...

Au départ ils étaient six candidats à briguer la présidence de la République. Ce temps paraît loin, le premier tour de scrutin remonte au 24 avril. Son résultat avait déjà été une petite sensation: pour la première fois, les candidats des deux grands partis, social-démocrate (SPÖ) et conservateur (ÖVP), qui gouvernent l'Autriche depuis 1945, ont été éliminés.

Fragilisé par le revers de son parti, le chancelier SPÖ à la tête de l'exécutif depuis 2008 Werner Faymann démissionne.

Nouveau coup de théâtre au second tour: Norbert Hofer, donné vainqueur au soir du dépouillement des urnes, le dimanche 22 mai, est finalement battu sur le fil au terme du décompte des votes par correspondance qui n'a lieu, selon les règles, que le lendemain du scrutin. Après vingt-quatre heures de suspense supplémentaire, l'ancien patron des Verts Alexander Van der Bellen est élu président de la République.

- Du droit et de la colle

Le parti FPÖ de Norbert Hofer décide de contester le déroulement de l'élection en justice, arguant d'irrégularités. Les experts sont sceptiques sur les chances de ce recours.

Mais la Cour constitutionnelle lui donne raison fin juin: elle relève que plusieurs dizaines de milliers de bulletins du vote par correspondance ont été dépouillés soit en dehors des heures légales, soit sans la supervision requise, une pratique jusque-là largement tolérée. L'élection est invalidée, il faut réorganiser le second tour.

L'investiture du nouveau président, prévue quelques jours plus tard, début juillet, est annulée. Le nouveau scrutin est fixé au 2 octobre, les candidats repartent en campagne, leurs équipes planchent sur de nouveaux slogans, les télévisions programment de nouveaux débats.

C'est alors que frappe le "Uhugate", comme ironisent rapidement les internautes: en raison d'une colle défectueuse, un défaut de fabrication affecte des bulletins de vote par correspondance, très utilisés en Autriche: certaine enveloppes de vote s'ouvrent toutes seules. Une enveloppe décachetée invalide le vote.

A deux semaines du scrutin, l'élection est reportée au 4 décembre, le temps d'imprimer de nouvelles enveloppes. La police autrichienne tente de faire la lumière sur ce méchant loupé technique. On apprend que la colle défectueuse vient d'Allemagne.

- 'Plus que jamais' -

Ce scénario imprévu a mis à rude épreuve les nerfs des candidats. Alexander Van der Bellen a agrémenté cette mauvaise fortune d'une touche d'humour, repartant en campagne pour la troisième fois au son de "One more time", le tube de Daft Punk, avec un nouveau slogan "Plus que jamais" ("Mehr den Je").

La langue allemande a prouvé l'étendue de ses ressources, accouchant d'un terme à la mesure de la situation: Bundespräsidentenstichwahlwiederholungverschiebung (report de la répétition du deuxième tour de l'élection présidentielle).

Ces rebondissements ont moins amusé un éditeur de livres scolaires qui a dû retirer de la circulation 2.500 ouvrages, imprimés avant l'annulation du vote, où Alexander Van der Bellen apparaissait comme président.

Fin août, les Autrichiens ont toutefois pu respirer en apprenant que l'écologiste, gros fumeur de 72 ans, avait de "merveilleux poumons ", attestés par la publication de son bulletin de santé.

Pour donner un coup de pouce aux finances du candidat Vert, les frais de campagne n'étant pas remboursés, un célèbre café viennois a mis sur pied l'opération "Un café pour Van der Bellen", reversant à son comité 50 cents de chaque consommation.

La campagne a également été "l'une des brutales jamais vue" en Autriche sur les réseaux sociaux, entre les partisans des deux candidats, ont noté les observateurs.

Prudent, le parlement a fixé au 26 janvier la date de prise de fonctions du nouveau président. De façon à offrir un délai suffisant à l'instruction d'un éventuel nouveau recours en annulation.

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