Près de 3.500 migrants morts en Méditerranée en 2015-Rapport

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    * La route migratoire la plus meurtrière du XXIe siècle 
    * Les Syriens obtiennent presque tous l'asile 
    * Les pays de la région soumis à très forte pression 
 
    PARIS, 6 avril (Reuters) - Au moins 3.416 migrants ont 
trouvé la mort en traversant la Méditerranée en 2015, ce qui en 
fait la route migratoire la plus meurtrière au monde depuis le 
début du XXIe siècle, selon un rapport publié mercredi dans le 
bulletin mensuel de l'Institut national d'études démographiques 
(Ined). 
    L'année 2015 est la deuxième la plus létale de la période, 
derrière 2011, année du printemps arabe où 4.073 personnes 
avaient trouvé la mort, selon des calculs menés à partir de 
données de l'Organisation des migrations internationales, des 
sources policières, ministérielles et des Nations unies.  
    Paradoxalement, le risque de décès encouru par les migrants 
qui ont tenté la traversée vers l'Europe est à son plus bas en 
2015, à 2,7 pour mille, contre des taux de 83,4 pour mille en 
2009, estime le démographe Philippe Fargues, directeur de 
l'institut universitaire Migration Policy Centre, à Florence. 
    Son rapport publié par l'Ined explique cette baisse relative 
du risque par "l'intensification des opérations de recherche et 
de secours de la marine italienne" et le changement d'itinéraire 
des demandeurs d'asile. 
    "La route de 250 à 500 km de la Libye à l'Italie a été 
délaissée au profit de celle de 10 à 20 km entre la Turquie et 
les îles grecques du Dodécanèse", poursuit le rapport. 
    Dans les cinq dernières années, le nombre et la composition 
des flux migratoires en Méditerranée ont changé drastiquement.  
    Cantonnées à quelques dizaines de milliers jusqu'en 2013, 
les entrées sans visa en Europe ont atteint plus de 200.000 en 
2014 et enfin près d'un million en 2015 (952.246 entrées 
enregistrées en Grèce et en Italie). 
     
    LES SYRIENS OBTIENNENT L'ASILE 
    En Grèce, où les Afghans constituaient en 2011 la première 
nationalité, les Syriens composent désormais la majorité des 
arrivées, avec 462.689 ressortissants en 2015. 
    Si le conflit syrien produit de nouveaux réfugiés, des 
mouvements migratoires plus anciens persistent, notamment depuis 
l'Erythrée et l'Afghanistan. Les chances pour les demandeurs 
d'asile de voir un pays de l'Union accéder à leur requête sont 
cependant fonction des pays. 
    En 2015, 75.7% des demandes d'asile déposées auprès de pays 
de l'UE par des migrants entrés clandestinement par la Grèce ou 
l'Italie ont été acceptées. Pour les seuls Syriens, ce taux 
monte à 94,6%, il descend à l'inverse à 8,4% pour les Tunisiens. 
    "La répartition des migrants irréguliers par nationalité est 
passée d'une majorité de personnes ayant peu de chances 
d'obtenir le statut de réfugié à une majorité de personnes ayant 
une forte probabilité de l'obtenir", résume Philippe Fargues. 
    Il rejette l'idée de migrants économiques déguisés en 
demandeurs d'asile, la qualifiant de "moins en moins crédible".  
    Il estime que les réfugiés composent désormais 76% des 
migrants entrant clandestinement en Grèce et en Italie, contre 
33% il y a cinq ans, et rappelle que, loin devant l'Europe, le 
Moyen-Orient est la première destination des "vingt millions de 
réfugiés que compte la planète". 
     
    LA ROUTE LIBYENNE 
    Les pays de premier asile, Turquie, Liban, Jordanie, sont 
sous forte pression; ils ont accueilli 4,7 millions de réfugiés 
syriens depuis 2011. Le Liban et la Jordanie ont toutefois 
fortement limité les entrées depuis 2014, "ce qui laisse la 
Turquie comme seul havre à la frontière syrienne". 
    La route de Méditerranée orientale, ou turco-grecque, fait 
l'objet du plan controversé mis en place par l'Union européenne 
et la Turquie, visant, dit Philippe Fargues, à "contenir en 
Turquie le plus de réfugiés syriens possibles.  
    L'accord prévoit que la Turquie reprenne tous les migrants 
et réfugiés arrivés clandestinement en Grèce, en contrepartie 
d'une prise en charge par l'UE de milliers de Syriens réfugiés 
en Turquie et d'une aide financière renforcée, notamment. 
    Lundi, les premiers renvois de réfugiés de Grèce vers la 
Turquie ont commencé.   
    Principale voie alternative, la route dite de Méditerranée 
centrale, partant de Libye à destination de l'Italie, "ne peut 
pas être contrôlée", faute d'"interlocuteur officiel crédible" 
en Libye, dit le chercheur. 
    Face à cette double impasse, le chercheur appelle à 
s'attaquer aux sources du problème: "Si l'enjeu est de contrôler 
les migrations irrégulières, des visas doivent être accordés aux 
réfugiés dans leurs pays de premier asile avant qu'ils ne 
tombent dans les mains des passeurs". 
 
 (Julie Carriat, édité par Yves Clarisse) 
 
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