Premiers effets du QE de la BCE : forte baisse des taux souverains en trois jours

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Les achats massifs d'obligations européennes de la part de la BCE font fortement baisser les taux souverains depuis trois jours.
Les achats massifs d'obligations européennes de la part de la BCE font fortement baisser les taux souverains depuis trois jours.

Depuis lundi 9 mars, la BCE rachète massivement des obligations d'Etats sur les marchés financiers dans le cadre de son nouveau plan de relance. Le premier effet tangible est pour l'instant une forte baisse des taux souverains, ce qui n'était pas le but premier de l'opération. Explications.

Lundi soir, le montant des premiers achats de la BCE était massivement relayé dans les médias : 3,2 milliards d'euros ont été déboursés en une journée par la Banque centrale pour racheter des titres souverains européens. Un départ « dans la norme » alors que l'objectif de la BCE est d'acheter 60 milliards d'actifs au cours du mois de mars et de répéter l'opération pour des montants identiques au cours des 18 mois suivants.

Pour rappel, cette opération dite de « quantitative easing » (QE) constitue le nouveau plan de relance de la BCE. En rachetant des titres de dettes souveraines sur le marché, la banque centrale injecte des liquidités dans l'économie européenne. Pour rappel, les objectifs de l'opération sont multiples : contrer le risque déflationniste en zone euro, affaiblir l'euro pour doper les exportations, ou encore rassurer les investisseurs sur la soutenabilité des dettes en zone euro.

Forte baisse des taux souverains

Après seulement trois jours de rachats de titres sur les marchés, les premiers effets se font déjà observer. Or, pour l'instant, ce ne sont pas tout à fait ceux escomptés.

Le marché obligataire enregistre depuis lundi une forte diminution des taux souverains européens. À titre d'exemple, le taux à 10 ans de l'OAT allemande ne cessait de chuter et se situait à 0,138% mercredi 11 mars au soir, alors qu'il était encore à 0,314% le vendredi 6 mars. Même constat pour le taux français à 10 ans : ce dernier atteit désormais 0,355% au lieu de 0,566% vendredi dernier. Dans les deux cas, il s'agit de plus bas historiques. Constats similaires pour les taux souverains des Pays-Bas ou encore de la Belgique, et dans une plus faible ampleur pour les pays d'Europe du Sud.

Ces variations sont directement imputables aux rachats réalisés. Pour rappel, les taux obligataires baissent lorsque le prix des obligations augmente. Or, les investisseurs constatent que la demande massive de titres de la part de la BCE provoque précisément cette montée du prix des obligations, et donc une baisse des taux associés.

Poursuite attendue de la baisse des taux souverains

L'AFP relayait en cours de journée des éléments de notes d'analystes publiées mercredi en matinée, anticipant une poursuite de ces mouvements : « Nous avons toutes les raisons de penser que les rendements peuvent continuer à baisser dans les mois qui viennent », affirmaient ainsi les stratégistes de Société Générale CIB.

La même source mentionnait que les stratégistes de BNP Paribas estiment quant à eux que le taux des OAT allemandes à 10 ans « va être proche de zéro à la fin de la semaine s'il continue de baisser à cette vitesse ».

Débats sur les conséquences

La question reste de savoir quelles conséquences auront ces baisses de taux souverains, et donc, parallèlement, de hausse du prix des obligations. Pour les Etats eux-mêmes, c'est une bonne nouvelle : les nouvelles dettes qui seront émises sur les marchés se feront au prix du marché, c'est-à-dire aux taux très faibles actuellement constatés sur le marché secondaire. La bonne nouvelle concerne particulièrement la France, grande émettrice de dette sur les marchés contrairement à son voisin allemand.

Néanmoins, deux éléments moins positifs sont aussi à souligner. D'une part, le prix des obligations, soutenu par la demande à la fois forte et régulière de la BCE, risque de devenir décorrélé des fondamentaux. Déjà soulignée précédemment, notamment par BFT Gestion il y a un mois, ceci se traduit par un risque potentiel de bulle sur le marché des dettes souveraines européennes.

Second élément à souligner : avec la baisse de la rémunération des actifs les moins risqués (titres de dettes allemands et français), les fonds et les établissements qui achètent régulièrement ces titres par prudence, par style de gestion ou par contraintes réglementaires, vont voir le rendement de leurs placements s'affaiblir. Il sera alors plus difficile d'atteindre certains objectifs de rentabilité sans une réallocation des portefeuilles vers des actifs plus risqués, lorsque cela est possible. Or, ce n'est pas toujours le cas : la rentabilité de certains fonds risque ainsi de diminuer plus fortement qu'attendu au cours de l'année 2015.

X. Bargue

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  • b.renie le jeudi 12 mar 2015 à 06:20

    Que notre gouvernement en profite pour réduire les déficits car si il en résulte un petit gain de croissance il y a des vrais réformes qui deviennent plus faciles. Mais avec ceux qui sont aux commandes on est quasi assuré qu'ils sont incapables de dépasser le courtermisme qui caractérise toujours et encore leur politique On va passer à côté de l'opportunité

  • ggouret le mercredi 11 mar 2015 à 19:15

    Zut alors, les dettes vont moins rapporter aux Banksters! Mais bon, tout ce fric, ils vont le placer ailleurs, mais pas dans l'économie réelle, non mais des fois, c'est pas eux l'armée du salut!

  • ramseslj le mercredi 11 mar 2015 à 18:56

    Si les rendements d'assurance vie sont si faibles, c'est surtout à cause des frais, souvent injustifiés.