Première victoire de l'opposition au Venezuela depuis 1999

le , mis à jour à 20:48
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    * L'Union démocratique vise une majorité des deux tiers à 
l'Assemblée nationale 
    * Le camp chaviste était majoritaire depuis seize ans 
    * L'opposition annonce une amnistie et prône la 
réconciliation 
 
    par Alexandra Ulmer et Eyanir Chinea 
    CARACAS, 6 décembre (Reuters) - L'opposition vénézuélienne a 
décroché dimanche la majorité absolue au parlement, remportant 
sa première victoire électorale depuis 1999 face au Parti 
socialiste de Nicolas Maduro, l'héritier d'Hugo Chavez. 
    Alors que 22 des 167 sièges de l'Assemblée nationale restent 
à pourvoir, la coalition Unité démocratique (Mesa de la Unidad 
Democrática, MUD) de Jesus Torrealba est d'ores et déjà assurée 
de contrôler 99 sièges, contre 46 pour le Parti socialiste 
unifié du Venezuela (PSUV). 
    L'opposition devrait donc disposer d'une majorité qualifiée 
des trois cinquièmes, seuil permettant en théorie de renvoyer un 
ministre après vote d'une motion de censure.  
    La majorité qualifiée des deux tiers (soit 112 députés), qui 
permettrait de modifier les institutions, notamment la 
composition du Tribunal suprême de justice (TSJ), n'est pas 
certaine. Les dirigeants de l'UD affirmaient lundi avoir atteint 
ce seuil, mais cela n'a pas été confirmé par le conseil national 
électoral (CNE). 
    Quoi qu'il en soit, l'opposition prive pour la première fois 
depuis seize ans le mouvement chaviste de sa majorité à 
l'Assemblée nationale. Et après la victoire en Argentine du 
libéral Mauricio Macri à l'élection présidentielle du 22 
novembre, les législatives de dimanche au Venezuela marquent un 
nouveau basculement à droite sur l'échiquier politique 
sud-américain. 
     
    LOI D'AMNESTIE POUR LES "PRISONNIERS POLITIQUES" 
    Le président Maduro n'a pas tardé à reconnaître la défaite 
de son camp. "Nous sommes ici (...) pour reconnaître ces 
résultats négatifs", a-t-il déclaré dans la nuit lors d'une 
allocution télévisée à la nation, écartant le spectre de 
tensions post-électorales. Il a cependant ajouté que ce n'était 
pas l'opposition, mais une contre-révolution, qui l'avait 
emporté. 
    Prenant la parole lundi aux premières heures devant ses 
partisans, Jesus Torrealba a annoncé lui que la nouvelle 
majorité voterait en priorité l'amnistie des opposants 
emprisonnés, parmi lesquels Leopoldo Lopez, arrêté pendant les 
manifestations antigouvernementales de 2014. Au total, 
l'opposition recense plus de 70 détenus qu'elle considère comme 
des prisonniers politiques. 
    Mais le dirigeant de l'Unité démocratique a aussi lancé un 
appel à la réconciliation nationale. Car l'opposition a 
conscience qu'elle doit plus sa victoire à la dure récession 
économique que traverse le pays, frappé par des pénuries à 
répétition de produits de base et l'inflation la plus élevée de 
la planète, qu'à un vote d'adhésion. 
    "Nous avons été divisés pendant des années et notre pays n'a 
rien gagné de cette erreur historique. L'Unité démocratique 
n'est pas là pour maltraiter qui que ce soit", a-t-il dit. 
    Il s'est également engagé, contrairement à ce qu'affirmait 
Maduro durant la campagne, à ne pas tenter de démanteler les 
programmes sociaux qui ont largement assuré l'ancrage du 
chavisme.     
     
    RÉFORME DE LA BANQUE CENTRALE 
    Dans la période de cohabitation qui débutera officiellement 
le 5 janvier, la nouvelle majorité parlementaire pourra 
également ouvrir des enquêtes parlementaires sur des organismes 
d'Etat ou réclamer la publication d'indicateurs économiques 
tenus secrets depuis que l'économie nationale traverse de 
grosses difficultés. 
    Elle a annoncé son intention de réformer le cadre juridique 
de la Banque centrale. "La réforme de la loi sur la Banque 
centrale est urgente parce qu'elle a été transformée en planche 
à billets", a dit Torrealba. 
    Alors que le mandat de Maduro court jusqu'en 2019, 
l'alternance parlementaire pourrait aussi inciter l'Unité 
démocratique à tenter d'obtenir l'organisation d'un "référendum 
de révocation". Il lui faudrait pour cela réunir près de quatre 
millions de signatures. Et si la majorité des électeurs 
l'approuvent, Maduro sera contraint d'écourter son mandat et 
d'organiser une présidentielle anticipée. 
    "Je ne vois pas ce gouvernement aller à son terme parce 
qu'il est trop faible", a dit l'opposant Henry Ramos, qui 
pourrait briguer la présidence de l'Assemblée. 
    Aux Etats-Unis, qui ont entretenu des relations orageuses 
avec Chavez puis Maduro, le secrétaire d'Etat John Kerry a 
estimé que l'issue du scrutin illustrait le "désir débordant" de 
changement des Vénézuéliens et a prôné le dialogue entre les 
forces politiques pour résoudre les problèmes du pays. 
    A l'inverse, l'allié cubain de Maduro lui a renouvelé son 
soutien. "Je suis certain que de nouvelles victoires de la 
révolution bolivarienne et chaviste adviendront sous ta 
conduite", lui a écrit Raul Castro. 
    Le président bolivien Evo Morales a appelé pour sa part les 
gouvernements "progressistes" d'Amérique latine à une "réflexion 
profonde". 
 
 (avec Andrew Cawthorne et Deisy Buitrago à Caracas, Daniel 
Trotta à La Havane et Arshad Mohammed à Washington; 
Jean-Stéphane Brosse, Jean-Philippe Lefief, Eric Faye et 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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