Premier face-à-face entre opposition et régime syrien

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LAKHDAR BRAHIMI DIT QUE LES POURPARLERS INTERSYRIENS VONT SE POURSUIVRE
LAKHDAR BRAHIMI DIT QUE LES POURPARLERS INTERSYRIENS VONT SE POURSUIVRE

par Mariam Karouny et Tom Miles

GENEVE (Reuters) - Des représentants du régime syrien et des opposants à Bachar al Assad se sont retrouvés ce samedi pour la première fois autour d'une même table de négociations sous l'égide des Nations unies, qui tentent prudemment de lancer un processus de discussions destinées à mettre fin à près de trois ans de guerre civile en Syrie.

Réunies dans les bureaux de l'Onu à Genève, les deux délégations sont restées face à face pendant trois heures au total, en présence du médiateur Lakhdar Brahimi, qui a qualifié cette rencontre de "bon début".

Les positions des deux camps paraissent inconciliables pour le moment sur ce qui constitue le coeur du problème: le sort de Bachar al Assad. Les discussions ont donc porté samedi sur un éventuel accord de distribution d'aide humanitaire, dont la conclusion serait susceptible de créer un début de confiance favorable au processus de négociations.

Lakhdar Brahimi a exprimé l'espoir que les autorités syriennes accepteraient dimanche de laisser un convoi d'aide humanitaire atteindre le centre de Homs, tenu par les rebelles, en vue d'une distribution effective le lendemain.

"Nous n'avons pas beaucoup avancé, mais nous continuons", a dit le diplomate algérien lors d'une conférence de presse à l'issue de cette première journée de discussions.

Soucieux d'éviter tout incident, les organisateurs de la conférence ont fait entrer et sortir les deux délégations par des portes distinctes lors des deux séances de discussions, une le matin, l'autre l'après-midi.

Lakhdar Brahimi a précisé qu'elles avaient échangé uniquement par son intermédiaire. "C'est ce qui se passe dans des discussions civilisées, on s'adresse au président de séance", a-t-il dit.

INTERPRÉTATIONS DIVERGENTES

Le médiateur de l'Onu dit avoir exposé aux deux camps l'ordre du jour qu'il a établi pour les discussions des semaines à venir, en insistant sur la mise en oeuvre de la déclaration de juin 2012 appelant à la formation par consentement mutuel d'une autorité de transition dotée des pleins pouvoirs exécutifs.

Cette formulation est interprétée de manières complètement divergentes par les opposants au régime et par les autorités syriennes. Les premiers considèrent qu'elle induit la mise à l'écart de Bachar al Assad, ce que rejette catégoriquement les secondes.

"Il (Brahimi) nous a dit que c'est une conférence politique (...) basée sur Genève I", a déclaré Anas al Abdeh, un délégué de l'opposition, en allusion à la première conférence de paix sur les rives du lac Léman en juin 2012.

Avant de pénétrer dans la salle de négociations, le ministre syrien de l'Information a cependant répété que Damas rejetait ce projet de gouvernement de transition.

"Nous y sommes totalement opposés", a déclaré Omran Zoabi, réaffirmant la position maintes fois exprimée par Bachar al Assad et ses partisans, selon lesquels le choix de leurs dirigeants revient aux seuls Syriens par le biais d'élections.

"La Syrie est un Etat doté d'institutions", a poursuivi Omran Zoabi. "Un gouvernement de transition (...) est mis en place dans les pays en désintégration ou qui n'ont pas d'institutions."

BAROMÈTRE

Au-delà de la profonde défiance que suscitent les deux camps l'un chez l'autre, cette conférence de "Genève II" est fragilisée par l'absence des puissants groupes islamistes combattant le régime sur le terrain et par celle de l'Iran, principal soutien de Bachar al Assad.

Selon des diplomates, Lakhdar Brahimi s'efforcera dans un premier temps de progresser sur la distribution de l'aide humanitaire, d'obtenir des cessez-le-feu localisés et de parvenir à des échanges de prisonniers, avant d'aborder les questions politiques à proprement parler.

Anas al Abdeh affirme que l'opposition a d'ores et déjà demandé aux combattants sur le terrain d'observer un cessez-le-feu et de protéger les convois d'aide humanitaire à destination de Homs. Lakhdar Brahimi dit que, sur ce point, la balle est désormais dans le camp des autorités.

Porte-parole de l'opposition, Louaï Safi juge que Homs constituera un bon baromètre des intentions réelles du régime. "Si le régime ne veut pas acheminer de l'aide dans un secteur où les gens meurent de faim, alors nous avons un problème", a-t-il dit. "Ils creusent des puits et mangent de l'herbe et des feuilles pour survivre."

Tandis que ces pourparlers débutaient à Genève, les combats se sont poursuivis en Syrie.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a signalé des affrontements entre rebelles et forces gouvernementales dans le sud de Damas et plusieurs bombardements aériens à travers le pays, notamment à Alep et dans la périphérie de la capitale.

Selon cet organisme basé à Londres, des combats entre groupes rebelles rivaux ont aussi continué dans les provinces d'Hassakeh et d'Alep.

Avec Khaled Yacoub Oweis, John Irish, Kinda Makiyeh et Erika Solomon; Guy Kerivel, Tangi Salaün et Bertrand Boucey pour le service français

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