Premier et dernier écart pour Delphine Batho

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PREMIER ET DERNIER ÉCART POUR DELPHINE BATHO
PREMIER ET DERNIER ÉCART POUR DELPHINE BATHO

PARIS (Reuters) - Delphine Batho, limogée mardi du ministère de l'Ecologie et de l'Energie après avoir critiqué la baisse de l'enveloppe budgétaire allouée à son secteur pour 2014, a reçu un soutien tardif des associations environnementales qui dénoncent l'absence de vision de l'exécutif sur ces thématiques.

Depuis un an, l'ancienne protégée de Ségolène Royal s'était attachée à déminer plusieurs dossiers épineux, comme le nucléaire et le gaz de schiste, au risque d'apparaître comme trop timorée aux yeux de ses détracteurs.

Celle qui campait volontiers le rôle d'élève studieuse du gouvernement a qualifié mardi de "mauvais" le budget 2014 de son ministère prévoyant une réduction de 7% de ses crédits.

"C'est un suicide, elle était fatiguée, elle était à bout", a estimé un proche après l'annonce de son départ.

D'autres évoquent plusieurs décisions récemment défavorables à la ministre et des critiques sur son poids politique et sa volonté de s'impliquer dans les dossiers.

"Les derniers arbitrages comme celui sur le budget sont le signe de ses difficultés à convaincre, soit par manque de compétence sur le sujet soit par manque d'écoute en face", indique une source proche du cabinet.

Plusieurs membres du cabinet de Delphine Batho, parmi lesquels son directeur, ont quitté le ministère ces derniers mois. En interne, la ministre était notamment critiquée pour sa gestion brutale et son manque de confiance envers ses collaborateurs, rapportaient récemment Le Monde et Mediapart.

"Tout le monde a assisté à des scènes", rappelle un ex-collaborateur qui a souhaité rester anonyme.

EX-DAUPHINE DE SÉGOLÈNE ROYAL

"Elle s'est d'abord mis ses services à dos et les électriciens ensuite, ce sont des gens qui ont accès au Palais (de l'Elysée)", poursuit-il en référence au lobby électronucléaire.

Secrétaire nationale chargée des questions de sécurité au Parti socialiste de 2003 à 2008, Delphine Batho fut la dauphine de Ségolène Royal dans les Deux-Sèvres où elle lui a succédé comme députée dès sa première candidature aux législatives en 2007.

L'ancienne candidate à la présidentielle et ministre de l'environnement de François Mitterrand avait toutefois pris ses distances avec sa protégée, critiquant notamment sa position sur des sujets sensibles comme le diesel.

Après l'élection de François Hollande, Delphine Batho accède au poste de ministre déléguée auprès de la Garde des Sceaux.

La cohabitation difficile avec Christiane Taubira et l'éviction de Nicole Bricq du ministère de l'Ecologie -après un conflit sur les permis d'exploration de Shell en Guyane- lui ouvrent les portes de l'hôtel de Roquelaure.

Elle y a organisé le débat sur la transition énergétique, qui doit concrétiser la promesse présidentielle de réduire de 75 à 50% le poids du nucléaire dans l'électricité et développer massivement les énergies renouvelables.

"Quand elle est arrivée elle était très jeune sur ces thématiques, elle n'avait pas toujours une bonne compréhension des enjeux", estime Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE), qui fédère 3.000 associations.

"Elle part au moment où elle défend enfin son ministère", ajoute-t-il, soulignant que Philippe Martin, qui lui succède, sera le troisième ministre de l'Ecologie depuis l'élection de François Hollande.

"Delphine Batho n'est qu'une victime collatérale de l'absence totale d'ambition environnementale du gouvernement et du Président de la République", dénonce de son coté l'ONG Greenpeace.

Les conclusions du débat sur la transition énergétique seront rendues publiques le 18 juillet, après six mois d'échanges qui doivent déboucher à l'automne sur un projet de loi définissant l'avenir de la politique énergétique française.

Marion Douet avec Elizabeth Pineau et Michel Rose, édité par Gérard Bon

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