Premier congrès du Parti des travailleurs à Pyongyang depuis 1980

le , mis à jour à 12:04
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    par James Pearson 
    PYONGYANG, 5 mai (Reuters) - Des milliers de Coréens du Nord 
ont procédé jeudi aux dernières répétitions des défilés et 
autres réjouissances chorégraphiées qui ouvriront vendredi à 
Pyongyang un congrès inédit du Parti des Travailleurs qui 
devrait renforcer le pouvoir du numéro un Kim Jong Un. 
    Depuis plus de deux mois, les trois millions d'habitants de 
la capitale nord-coréenne se préparent au grand jour, nettoyant 
par-ci, récurant par-là. Jeudi encore, des groupes de personnes 
d'un certain âge coupaient délicatement l'herbe au ciseau le 
long des principales artères et peignaient la base des arbres 
d'un blanc brillant. 
    Le Parti des travailleurs, le parti unique au pouvoir, n'a 
pas tenu de congrès depuis 36 ans. L'événement, qui doit durer 
quatre ou cinq jours, doit marquer l'apogée du règne de Kim Jong 
Un, arrivé au pouvoir il y a quatre ans après la mort de son 
père, Kim Jong Il, en décembre 2011. 
    Des milliers de délégués venus de tout le pays vont assister 
à cette réunion qui devrait être une manifestation de soutien 
très codifiée au jeune dirigeant communiste. Les journalistes 
étrangers ont été invités à couvrir le congrès dans ce pays 
habituellement méfiant à l'endroit des médias. 
    "Nous sommes très fiers d'avoir le respecté maréchal Kim 
Jong Un comme notre grand dirigeant et nous sommes très fiers 
d'organiser le septième congrès du parti", a déclaré Ji Eun Kyo, 
qui travaille dans une entreprise de production de riz, 
rencontrée alors qu'elle se rendait à une répétition pour un 
défilé des fleurs. 
    "Les gens participent activement à l'événement", a-t-elle 
ajouté. Elle s'adressait à Reuters en présence d'un des guides 
officiels, chargés de suivre les journalistes étrangers. 
    Kim Jong Un, dont on pense qu'il a 33 ans, devrait profiter 
du congrès pour déclarer officiellement la Corée du Nord comme 
puissance nucléaire et adopter sa politique dite du "Byongjin"  
qui consiste à promouvoir à la fois le développement économique 
et nucléaire. 
     
    SLOGANS PATRIOTIQUES 
    La Corée du Nord de Kim Jong Un a vu un rôle économique 
accru joué par le marché gris, avec pour conséquence un 
développement de la consommation dans la capitale, où l'on voit 
de plus en plus de voitures et où les magasins vendent des 
marchandises plus diversifiées. 
    Le Byongjin de Kim Jong Un fait suite au "Songun" de Kim 
Jong Il, c'est-à-dire "l'armée d'abord", et au "Juche" de son 
grand-père, Kim Il Sung, idéologie fondatrice de la Corée du 
Nord, mélange de marxisme et de nationalisme exacerbé. 
    Toute la semaine, Pyongyang a résonné des slogans 
patriotiques scandés par les habitants se préparant au grand 
jour, tandis que des milliers d'écoliers vêtus de chemises 
blanches et de chapeaux rouges répétaient des spectacles. 
    Le premier jour du congrès, Kim Jong Un devrait présenter sa 
vision du pays dont il a hérité à la mort de son père, estime 
Cho Bong-hyun, directeur des études économiques à la banque IBK 
à Séoul. 
    La deuxième et la troisième journée devraient être 
consacrées à des discussions et débats après les discours de Kim 
Jong Un, tandis que le comité central du parti approuvera les 
questions organisationnelles et notamment les nominations au 
bureau politique, ajoute Cho Bong-hyun. 
    Les quatre années de Kim Jong Un au pouvoir ont été marquées 
par de fréquents remaniements au sein de son premier cercle, 
avec purges et exécutions. L'exécution de son oncle, le puissant 
Jang Song Thaek en 2013, a particulièrement marqué les esprits. 
    Kim Jong Un lui-même est peu apparu en public. Sa dernière 
apparition dans les médias remonte au 24 avril. Il avait 
supervisé la veille un test de lancement d'un missile balistique 
lancé à partir d'un sous-marin. 
    Selon les médias d'Etat, les délégués au congrès ont assisté 
à un opéra mercredi intitulé "La victoire de la révolution est 
en vue" au Grand théâtre de Pyongyang. 
    Lors du dernier congrès connu, qui s'est tenu en 1980, des 
responsables de pays ayant des liens avec la Corée du Nord 
avaient été invités. Cette fois, ce genre d'invitation ne semble 
pas avoir été envoyé, selon des responsables interrogés en Corée 
du Sud. 
 
 (Avec Joseph Campbell; Danielle Rouquié pour le service 
français) 
 
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