Précaires et jeunes au coeur du plan anti-pauvreté

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LA PAUVRETÉ TOUCHE PRÈS DE NEUF MILLIONS DE FRANÇAIS
LA PAUVRETÉ TOUCHE PRÈS DE NEUF MILLIONS DE FRANÇAIS

par Elizabeth Pineau et Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - Hausse du RSA, garantie de ressources pour les jeunes, hébergement d'urgence, lutte contre le surendettement : Jean-Marc Ayrault a présenté mardi un plan de lutte contre la pauvreté, qui touche près de neuf millions de Français.

Dans un discours devant la Conférence contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale, le Premier ministre a lancé des pistes pour faire évoluer en cinq ans une situation aiguë dans un contexte budgétaire très contraint.

"La pauvreté n'est pas une fatalité, la précarité n'est pas un fléau qui s'abat au hasard sur une partie de la population, ce n'est pas non plus une marque d'infamie", a-t-il déclaré en présence d'une partie du gouvernement.

Le plan, dont les détails restent à dévoiler, devrait être présenté au comité interministériel de lutte contre l'exclusion le 22 janvier prochain.

L'ensemble du dispositif devrait coûter entre deux et 2,5 milliards d'euros sur le quinquennat, a précisé le Premier ministre. Le financement des mesures présentées sera précisé en janvier prochain, a-t-on appris de source gouvernementale.

"Ces mesures sont un marqueur de la gauche. On est sûrement en dessous des espérances mais on a une volonté politique", a dit à Reuters la ministre en charge de la Lutte contre l'exclusion, Marie-Arlette Carlotti.

REVALORISATION DU RSA

Jean-Marc Ayrault a annoncé une revalorisation de 10% sur cinq ans du Revenu de solidarité active (RSA), avec une première hausse de 2% en 2013, probablement en septembre, en plus de l'indexation annuelle liée à l'inflation.

Le montant du RSA dit "socle" destiné aux personnes sans ressources est d'environ 475 euros par mois, bien en-deçà du seuil de pauvreté fixé à 964 euros en 2010.

Jean-Marc Ayrault a annoncé en outre pour le premier trimestre 2013 une réforme du RSA activité, venant en complément d'un revenu, "qui n'a pas atteint ses objectifs".

Selon les chiffres officiels, près de 70% des bénéficiaires potentiels du RSA activité, créé en 2009, n'y ont pas recours. Des campagnes d'information seront lancées à cet égard en 2013.

Pour les jeunes, priorité du quinquennat de François Hollande, le gouvernement propose un assouplissement de l'accès au RSA pour les moins de 25 ans. Quelque 100.000 jeunes supplémentaires pourraient ainsi en bénéficier.

Les familles monoparentales, particulièrement touchées par la pauvreté, devraient bénéficier d'une "amélioration conséquente des aides", dont le montant n'a pas été précisé.

Sur le volet logement, Jean-Marc Ayrault a annoncé la création de 8.000 nouvelles places d'hébergement.

"En plus des moyens supplémentaires accordés à l'automne 2012 et qui seront consolidés en 2013, nous créerons 4.000 nouvelles places de CADA (centre d'accueil de demandeurs d'asile) et 4.000 places d'hébergement d'urgence", a dit le Premier ministre.

Le gouvernement envisage aussi une "Sécurité sociale du logement" pour prévenir les risques locatifs.

"REFUS DE LA STIGMATISATION"

La mise en place de tarifs sociaux pour l'accès au gaz et à l'électricité devrait permettre de "passer, à terme de deux millions à huit millions de bénéficiaires", a-t-il ajouté.

Le plan inclut aussi la révision du plafond de la Couverture maladie universelle (CMU) "de façon à couvrir 500.000 personnes de plus" et la lutte contre la surendettement.

La création d'un registre national des crédits aux particuliers devrait permettre de faciliter le diagnostic avant toute nouvelle ouverture de crédit.

Jean-Marc Ayrault a évoqué devant la presse une "rupture de méthode, de priorités budgétaires et d'action" avec la politique menée par Nicolas Sarkozy.

"C'est le refus de la stigmatisation", a-t-il ajouté. "Tout le monde l'a dit dans cette conférence : on n'est pas pauvre par plaisir ou par choix", a-t-il ajouté avant d'épingler les contribuables français qui choisissent l'exil fiscal pour "s'exonérer de la solidarité avec les autres Français".

Dans un communiqué, le PCF se félicite de "la volonté affichée par le gouvernement" tout en déplorant "le manque de moyens" et appelle le gouvernement à augmenter le cumul des minima sociaux au-dessus du seuil de pauvreté.

Selon une récente enquête de l'Insee, la France comptait 8,6 millions de personnes en situation de pauvreté en 2010, soit 14,1 % de la population, contre 13,5 % en 2009.

Selon la définition de l'Insee, un individu est considéré comme pauvre lorsqu'il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. La moitié des 8,6 millions de personnes en situation de pauvreté en 2010 vivaient avec moins de 781 euros par mois.

Edité par Yves Clarisse

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