PPR s'offre Brioni et se dit optimiste pour la vente de

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par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - PPR a finalement bouclé le rachat du tailleur italien Brioni, étoffant son pôle de luxe avec une griffe prestigieuse mais de taille modeste.

Le groupe, qui poursuit son recentrage sur le luxe et la mode sportive, a dans le même temps indiqué mardi que l'intérêt restait "très fort" pour Redcats, les actifs de vente à distance qu'il veut céder depuis des années.

François-Henri Pinault, PDG de PPR, a déclaré lors d'une conférence de presse que "18 candidats" étaient "très intéressés" par Redcats et que les marques d'intérêt n'avaient pas disparu avec la crise de la dette.

"Elles se sont exprimées depuis, de la part de candidats qui bénéficient de leurs propres financements", a-t-il dit, ajoutant que PPR n'examinerait "que les offres disposant de façon certaine des financements nécessaires".

PPR, propriétaire de Gucci, Yves Saint Laurent, Bottega Veneta et Puma, a acquis 100% du capital de Brioni auprès de ses actionnaires familiaux.

Le tailleur romain, coqueluche des grands acteurs hollywoodiens des années 1950 comme Clarke Gable ou John Wayne, a habillé James Bond pendant une dizaine d'années (les costumes du célèbre espion sont aujourd'hui conçus par Tom Ford, ancien directeur artistique de Gucci). Il est aussi très prisé des grands de ce monde, du président américain Barack Obama au premier ministre russe Vladimir Poutine.

La société a réalisé en 2010 un chiffre d'affaires de 170 millions d'euros. Très touchée par la crise en 2009, pendant laquelle elle a vu ses ventes chuter de 20%, elle a depuis retrouvé le chemin d'une croissance "soutenue", s'est contenté d'indiquer François-Henri Pinault.

Aucune autre indication chiffrée n'a été donnée, tant sur les résultats de Brioni que sur le montant de la transaction.

DES RATIOS JUGÉS RAISONNABLES

Alors que des sources proches du dossier avaient évoqué une valeur d'entreprise de 350 millions d'euros, le PDG de PPR a déclaré qu'il s'agissait d'un montant "significativement inférieur" et en ligne avec les multiples de valorisation du pôle regroupant Balenciaga, Stella Mc Cartney, Alexander McQueen ou Sergio Rossi.

Les analystes de Barclays Capital valorisent les "petites" griffes de PPR aux environs de 1,7 fois leurs ventes.

Selon plusieurs spécialistes du secteur, la valeur d'entreprise de Brioni se situerait entre 250 et 300 millions d'euros, dont 100 millions de dettes.

Pierre Lamelin, de CA Cheuvreux, l'estime à 300 millions d'euros, ce qui correspond à 1,8 fois ses ventes 2010, et évalue sa marge opérationnelle à 10-12%, soit un ratio de 16-17 fois le résultat opérationnel.

"Ces multiples semblent très raisonnables", dit-il.

Le marché, qui a salué cette acquisition, apprécie également les commentaires faits par le PDG de PPR sur le processus de vente de Redcats, qui avait été suspendu en septembre pour cause de crise et de difficultés d'accès au crédit.

"L'opération est modeste mais stratégiquement intéressante compte tenu du potentiel de croissance de la marque, surtout en Asie", commente un analyste.

Un autre dit surtout retenir que le processus de vente de Redcats est "plus ouvert que ce qu'on pouvait penser".

A la Bourse de Paris, le titre a clôturé à 112,05 euros (+2,38%), dans un marché en hausse de 1,28%.

UNE MARQUE TRÈS COMPLÉMENTAIRE

Brioni, qui vend ses costumes autour de 5.300 euros pour le sur mesure et de 3.200 euros pour le prêt-à-porter, réalise 70% de son chiffre d'affaires en Europe et aux Etats-Unis.

PPR projette d'accroître l'offre sportswear de la marque (40% de ses ventes actuelles) en développant notamment les accessoires, embryonnaires aujourd'hui, beaucoup plus rentables que le prêt-à-porter.

Le groupe compte surtout tirer parti de la formidable croissance du marché asiatique, où le marché du luxe reste encore principalement masculin, pour ouvrir un réseau de magasins en propre en "grande" Chine (y compris Hong Kong, Taïwan et Macao).

Selon l'association italienne des groupes de luxe Altagamma, le prêt-à-porter de luxe masculin devrait à terme égaler le marché féminin, qui totalise aujourd'hui 24 milliards d'euros.

Cette acquisition, qui intervient après celle de l'américain Volcom et de la manufacture horlogère suisse Sowind Group, s'inscrit dans la stratégie de PPR consistant à faire de petites acquisitions ayant un important potentiel de développement.

"L'acquisition de Brioni a énormément de sens pour PPR. La marque est très complémentaire et ne concurrence pas les autres marques du groupe, tant sur le plan de son positionnement de marché que de son contenu stylistique", a déclaré François-Henri Pinault.

Brioni emploie 1.800 personnes et restera dirigée par Franceso Pesci, premier dirigeant de la griffe extérieur aux familles fondatrices.

Elle devrait être intégrée à PPR au premier trimestre 2012.

Le luxe est le principal moteur de la croissance du groupe PPR. Au troisième trimestre, dans un contexte économique général difficile, il a enregistré une croissance organique plus forte qu'attendu de 25%, contre 7% pour l'ensemble du groupe.

Avec Marc Angrand, édité par Dominique Rodriguez

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