PPR nettoie ses comptes en se séparant de la Fnac

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LE PROJET DE SCISSION ENTRE LA FNAC ET PPR OFFICIALISÉ
LE PROJET DE SCISSION ENTRE LA FNAC ET PPR OFFICIALISÉ

par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - En optant pour une scission de la Fnac, le groupe PPR poursuit une stratégie financière visant à réduire sa décote boursière.

Le processus, officialisé par PPR mardi soir, permettra en effet au groupe propriétaire de Gucci ou de Puma de sortir de ses comptes dès la fin 2012 un actif peu rentable et difficile à vendre.

"PPR est dans une logique d'habillage cosmétique de ses comptes. Il veut pouvoir présenter des chiffres sans gros points noirs", souligne un analyste qui a souhaité garder l'anonymat.

En procédant à une scission suivie d'une cotation, par laquelle les actionnaires de PPR se verront dotés de titres Fnac (des opérations semblables à celles de Carrefour et Dia ou Accor et Edenred) le groupe n'obtient aucun cash.

La logique n'est donc pas celle du désendettement ou de la récupération de cash pour d'éventuelles acquisitions.

De l'avis général, PPR a opté pour ce schéma faute de pouvoir espérer trouver un acheteur pour un groupe en difficulté et dont les perspectives de redressement semblent incertaines compte tenu de la forte dégradation de la consommation en France et en Europe.

Cependant, le calendrier choisi a surpris.

En choisissant de lancer maintenant une opération qui prendra du temps - elle devra être adoptée par les actionnaires de PPR en mai 2013 et passer la rampe des roadshows devant les investisseurs - PPR espère, aux dires de certains analystes, que les premiers signes du plan de redressement de la Fnac puissent séduire les investisseurs.

D'autres, beaucoup plus sceptiques, jugent que c'est "un peu tôt" pour attendre des retombées potentielles du plan baptisé Fnac 2015.

BAISSE DE LA DÉCOTE

La sortie de la Fnac du périmètre de PPR devrait en tout cas "favoriser la disparition de la décote du titre sur son ANR", estiment les analystes de Natixis dans une note, évaluant celui-ci à 137 euros par action.

En Bourse, le groupe PPR reste loin des valorisations du secteur du luxe. Il se traite sur des multiples de valorisation de 11 fois ses résultats estimés pour 2013, tandis que ceux de LVMH sont de 15 fois et ceux de Richemont de 13 fois.

Selon les calculs des analystes de Bryan Garnier, la marge opérationnelle de PPR devrait ressortir, sans la Fnac, aux environs de 18,6% en 2012 au lieu des 13,5% attendus.

La valeur a encore pris 0,7% mardi à la Bourse de Paris, dans un marché en baisse de 0,7%, après s'être adjugé 2% la veille dans la perspective d'une annonce imminente de sortie de la Fnac.

Restera aux dirigeants de l'enseigne à convaincre du potentiel de l'enseigne, qui traverse une passe difficile dans un contexte macro-économique particulièrement dégradé.

Le distributeur de produits culturels, qui a limité le recul de ses ventes au premier semestre, souffre doublement: à la fois d'une exposition à des marchés fragilisés par la dématérialisation (livres, films, disques) et par la baisse de la consommation (produits techniques), mais aussi d'une forte exposition aux pays d'Europe touchés par la crise.

PERSPECTIVES INCERTAINES

La Fnac a limité à 1,1% le recul de son chiffre d'affaires au premier semestre (après une baisse de 3,6% en 2011) mais a accusé une perte opérationnelle de sept millions d'euros.

La société a engagé un plan de redressement passant notamment par un plan d'économies de 80 millions d'euros et par une diversification de son offre vers certains produits d'électroménager ciblés.

A ce stade, les analystes, comme ceux de Raymond James, estiment qu'il est encore trop tôt pour juger des retombées de ce plan, le moindre déclin de ses ventes au premier semestre s'étant accompagné de nouvelles pressions sur les marges.

PPR avait annoncé de longue date son intention de sortir totalement de la distribution pour se recentrer sur le luxe et la mode sportive, des activités à la fois plus rentables et à plus fort potentiel de croissance.

En annonçant officiellement sa sortie de Redcats, son pôle de vente à distance, PPR avait aussi, avec l'aide des normes IFRS, pu déconsolider la société dès 2011.

Le groupe s'apprête à faire une annonce concernant ce pôle, tout en précisant que "l'ensemble du processus devrait durer plusieurs mois".

De l'avis de nombre de banquiers, les actifs américains de la société (OneStopPlus, Sportsman's Guide) devraient être cédés séparément, tandis que la vente du pôle enfants-famille (Cyrillus, VertBaudet) et de La Redoute semble nettement plus lointaine.

Edité par Matthieu Protard

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