Poutine ignore une mise en garde d'Obama sur l'Ukraine

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VLADIMIR POUTINE IGNORE UNE MISE EN GARDE DE BARACK OBAMA SUR L'UKRAINE
VLADIMIR POUTINE IGNORE UNE MISE EN GARDE DE BARACK OBAMA SUR L'UKRAINE

MOSCOU/SIMFEROPOL Ukraine (Reuters) - Vladimir Poutine a ignoré une mise en garde de Barack Obama su l'intervention militaire russe en Crimée, assurant que Moscou ne pouvait rester sourde aux appels à l'aide des russophones et réagissait en conséquence, dans le respect du droit international.

Alors que les tensions entre les Etats-Unis et la Russie n'avaient plus atteint un tel paroxysme depuis la fin de la Guerre froide, le président américain s'est entretenu jeudi pendant une heure au téléphone avec son homologue russe, leur deuxième entretien en six jours. Il a insisté sur le fait que la crise pouvait trouver une issue diplomatique permettant de préserver les intérêts de la Russie, de l'Ukraine et de la communauté internationale, a annoncé la Maison blanche.

Ce projet consisterait pour la Russie à rentrer ses troupes dans leurs baraquements en Crimée, à permettre le déploiement d'observateurs internationaux afin de garantir le respect des droits des Ukrainiens russophones et à accepter des discussions directes avec les nouvelles autorités ukrainiennes.

Mais le Kremlin a souligné vendredi dans un communiqué que les Etats-Unis et la Russie continuaient de diverger dans leurs approches et leurs évaluations de la situation, tout en notant que les relations russo-américaines ne devaient pas être "sacrifiées pour des divergences particulières, quoique très importantes".

Selon Vladimir Poutine, les nouvelles autorités ukrainiennes parvenues au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat ont imposé des "décisions absolument illégitimes aux régions de l'Est, du Sud-Est et de Crimée" en Ukraine.

SANCTIONS ET MENACES

La crise, déclenchée par la prise de contrôle de la Crimée par les forces pro-russes et la décision de la Russie d'autoriser l'envoi de forces en Ukraine au cours du week-end, s'est encore exacerbée jeudi avec le vote du parlement de la République autonome, soutenu par Moscou, en faveur d'un rattachement de la péninsule ukrainienne à la Russie, une décision qui sera soumise le 16 mars à référendum dans cette région majoritairement russophone.

Barack Obama, tout comme les dirigeants européens réunis en sommet extraordinaire jeudi à Bruxelles, a déclaré que cette consultation, si elle était organisée, serait illégitime. Le Conseil de la Fédération, chambre haute du parlement russe, a quant à lui annoncé qu'il soutiendrait la décision des Criméens s'ils décidaient de rejoindre la Russie.

Avant de téléphoner à Vladimir Poutine, le président américain a annoncé les premières sanctions contre la Russie depuis le début de la crise, ordonnant par décret de geler les avoirs et d'interdire de visa des individus jugés responsables de menaces contre la souveraineté de l'Ukraine. Les noms n'ont pas été donnés par Washington, qui a précisé que la décision ne concernerait pas Vladimir Poutine.

Le secrétaire d'Etat John Kerry, qui a rencontré sans résultat jeudi son homologue russe Sergueï Lavrov à Rome, a précisé que ce décret fournissait un cadre légal pour imposer des sanctions mais laissait la porte ouverte au dialogue.

L'UE, premier partenaire économique de la Russie, a décidé de suspendre des discussions avec Moscou sur un projet d'accord bilatéral de libéralisation des investissements et des visas pour tenter de forcer une solution négociée sans imposer de sanctions immédiates.

"NOUS NOUS BATTRONS POUR LA CRIMÉE"

Mais le président François Hollande a souligné que des "dispositions" affectant les relations UE-Russie "dans de nombreux secteurs économiques" seraient prises en cas de nouvelles initiatives de Moscou déstabilisant ou mettant en cause l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a indiqué vendredi sur France Info que de nouvelles sanctions pourraient concerner "le milieu proche" de Vladimir Poutine.

Le Japon, dont le Premier ministre Shinzo Abe s'est entretenu également avec Barack Obama, a dit partager la position des Occidentaux, jugeant que les actions russes menaçaient "la paix internationale et la sécurité".

La Chine a estimé que des sanctions n'étaient pas le meilleur moyen de résoudre la crise, appelant toutes les parties à s'abstenir de toute mesure susceptible d'accroître les tensions.

A Bruxelles, l'UE a accueilli le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk et promis que l'Ukraine pourrait recevoir une aide de 11 milliards d'euros au cours des deux prochaines années, la même somme que celle promise à Kiev par Moscou.

Sur la place de l'Indépendance à Kiev, haut-lieu des manifestations en faveur de l'Europe qui ont perduré pendant trois mois jusqu'à la destitution du président Viktor Ianoukovitch le 22 février, certains se disaient prêts à partir en guerre contre la Russie, malgré l'évident déséquilibre des forces. "Nous sommes optimistes. La Crimée se rangera à nos côtés et nous nous battrons pour elle", déclarait Taras Iourkiv, 35 ans, originaire de Lviv.

En Crimée, la situation était calme jeudi. Des observateurs non armés de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) envoyés dans la péninsule à la demande de Kiev ont dû rebrousser chemin après avoir été bloqués à un barrage tenu par des forces pro-russes.

Dans l'est de l'Ukraine, la police a chassé les manifestants pro-russes qui s'étaient emparés du siège de l'administration régionale à Donetsk.

(Bertrand Boucey et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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