Poutine empêche le G8 de régler le sort d'Assad

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LE COMMUNIQUÉ DU G8 N'ÉVOQUE PAS LE SORT DE BACHAR AL ASSAD
LE COMMUNIQUÉ DU G8 N'ÉVOQUE PAS LE SORT DE BACHAR AL ASSAD

par Alexei Anishchuk et Andrew Osborn

ENNISKILLEN, Irlande du Nord (Reuters) - Vladimir Poutine a fait en sorte mardi au sommet du G8 de faire capoter les efforts des Etats-Unis et des pays occidentaux pour sceller le sort du président syrien Bachar al Assad, évoquant même de nouvelles ventes d'armes à la Syrie.

Entre le président russe, apparu isolé, et les autres dirigeants, l'affrontement a été permanent pendant les deux journées du sommet qui s'est tenu en Irlande du Nord.

Alors que le président américain Barack Obama et les dirigeants occidentaux estiment que le départ du chef de l'Etat syrien est nécessaire pour résoudre la guerre civile en Syrie, Vladimir Poutine a refusé toute mention dans le communiqué qui aurait impliqué une mise à l'écart de Bachar al Assad.

Dans le communiqué final, les chefs d'Etat et de gouvernement des huit pays les plus industrialisés se contentent d'appeler à la tenue d'une conférence de paix à Genève "aussitôt que possible" et se disent "déterminés" à trouver "une solution politique" au conflit "basée sur la vision d'une Syrie démocratique" mais sans mentionner le nom de Bachar al Assad.

S'exprimant à la fin du sommet, Vladimir Poutine n'a pas hésité à se montrer provoquant, réitérant ses critiques au sujet des projets occidentaux de livraisons d'armes aux insurgés, qui pourraient selon lui être un jour utilisées en Europe, tout en défendant les relations entre Moscou et Damas dans le domaine de l'armement.

"Il y a différents types d'approvisionnement. Nous fournissons des armes sur la base de contrats juridiquement valables à un gouvernement légitime. Et si nous signons ces contrats (à nouveau), nous fournirons (des armes supplémentaires)", a déclaré le président russe.

"DU SANG SUR LES MAINS"

Les dirigeants du G8 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Canada et Russie) appellent aussi les autorités syriennes et l'opposition à s'engager à démanteler toutes les organisations affiliées à Al Qaïda, reflet de la préoccupation croissante de l'Occident face à l'influence croissante des islamistes radicaux dans les rangs des rebelles.

La guerre civile en Syrie, qui a commencé en mars 2011 comme un simple mouvement de protestation, a fait au moins 93.000 morts, selon les Nations unies.

A la fin du G8, le président américain Barack Obama a toutefois déclaré qu'il était important de construire une opposition forte en Syrie capable de prendre les rênes du pays en cas de départ de Bachar al Assad. Et le Premier ministre britannique, qui accueillait le sommet, n'a pas hésité à réitérer la position occidentale.

"Il est impensable que le président Assad puisse jouer un rôle quel qu'il soit dans l'avenir de son pays. Il a du sang sur les mains", a déclaré David Cameron à la presse. "On ne peut imaginer une Syrie où cet homme continuerait à diriger en ayant fait des choses si horribles à son peuple."

Il a souligné qu'il y avait tout de même accord sur la nécessité d'un gouvernement de transition avec des pouvoir exécutifs et sur l'ouverture d'une enquête sur l'utilisation des armes chimiques.

François Hollande est allé dans le même sens et a reconnu à demi-mots le peu d'avancées obtenues dans le dossier syrien.

"Pour trouver des solutions, mieux vaut que tout le monde ne soit pas d'accord, mais là, en l'occurrence, nous étions servis", a déclaré le président français en souhaitant que le dossier syrien soit abordé au sommet de Saint-Pétersbourg en septembre.

"PAS D'AVENIR AVEC BACHAR"

"Il n'y aura pas d'avenir de la Syrie avec Bachar el Assad. Les Russes ne sont pas encore prêts à le dire ou à l'écrire", a-t-il ajouté pour expliquer l'absence de demande du départ du pouvoir du président syrien dans le communiqué final.

Début mai, Russes et Américains ont lancé conjointement l'idée d'une nouvelle conférence internationale à Genève en vue de trouver une solution au conflit, dite Genève 2. A Enniskillen, on indiquait de source proche des discussions que cette conférence, initialement prévue pour juin, puis pour juillet, pourrait ne pas se tenir avant août.

Depuis le lancement de Genève 2, les forces de Bachar al Assad ont repris la main dans les opérations militaires, notamment grâce à la prise de la ville stratégique de Koussaïr, avec l'aide des chiites du Hezbollah libanais soutenus par l'Iran.

Les rebelles sont pour leur part soutenus par les Etats-Unis, l'Union européenne, la Turquie et certains Etats du Golfe.

Mardi à Enniskillen, François Hollande, qui avait jusqu'ici exclu la présence de l'Iran dans les négociations de paix, a ouvert la porte à une participation de Téhéran après l'élection du religieux modéré Hassan Rohani à la présidence.

"Attendons les déclarations du nouveau président", a déclaré Hollande à la presse. "Je vous donne ma position : s'il peut être utile, oui, il sera le bienvenu."

A Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait tenu à rappeler mardi matin que l'opposition syrienne n'avait pas à poser de conditions préalables à sa participation à la conférence. Les rebelles exigent que le départ d'Assad soit acté par la communauté internationale.

"Nous nous opposons de la manière la plus catégorique à ce que la future conférence soit un acte public de capitulation de la part de la délégation gouvernementale syrienne", a dit le chef de la diplomatie russe.

Avec Elisabeth Pineau et John Irish; Guy Kerivel et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Bertrand Boucey et Eric Faye

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