Poussée des réformateurs en Iran

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 (Actualisé avec totalisation des résultats et commentaire,      
   § 1-3-4-10-19-20) 
    par Babak Dehghanpisheh 
    BEYROUTH, 29 février (Reuters) - Les réformateurs proches du 
président iranien Hassan Rohani ont tiré leur épingle du jeu 
lors des élections législatives et à l'Assemblée des experts, 
qui pourraient accentuer le retour de la République islamique 
dans le concert des nations. 
    Les Iraniens étaient appelés vendredi à un double scrutin 
pour renouveler les 290 députés du Parlement mais aussi les 88 
membres de cette instance religieuse chargée notamment de 
désigner le guide suprême de la Révolution. 
    Une totalisation effectuée par l'agence Reuters sur la base 
des résultats officiels disponibles lundi créditent le camp 
réformateur d'environ 30% des sièges au Parlement, contre 40% 
pour le bloc conservateur et 17% pour les indépendants. Pour les 
quelque 13% restants (34 sièges), un second tour aura lieu en 
avril. Dans le Parlement sortant, les députés du camp de la 
réforme ne comptaient que pour moins de 10% des élus. 
    A Téhéran, la capitale, où ils n'avaient que deux élus 
sortants, la poussée des réformateurs et des alliés de Rohani 
est encore plus spectaculaire: ils ont remporté la totalité des 
30 sièges de parlementaires qui y étaient en jeu, selon les 
résultats définitifs annoncés lundi par le ministère de 
l'Intérieur. 
    Pour ce qui est de l'élection à l'Assemblée des experts, les 
alliés de Rohani ont également fait forte impression dans la 
capitale, où ils ont remporté 15 des 16 sièges qui étaient en 
jeu, selon les résultats définitifs relayés par l'agence de 
presse Irna.   
    Deux ultraconservateurs Mohammed Yazdi, président sortant de 
l'Assemblée des experts, et Mohammad-Taghi Mesbah-Yazdi, 
considéré comme le mentor de l'ancien président Mahmoud 
Ahmadinejad, ont été battus à Téhéran.  
    Un seul membre du camp conservateur, arrivé en 16e position, 
a été élu dans la capitale. Il s'agit d'Ahmad Jannati, par 
ailleurs président du Conseil des gardiens, qui a interdit à bon 
nombre de candidats réformateurs de se présenter.  
    L'actuel Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, est âgé de 
76 ans. Désignés pour huit ans, les experts seront en place 
jusqu'en 2024. 
    D'après les résultats communiqués par l'agence Irna, les 
conservateurs pourraient perdre leur domination à l'Assemblée 
des experts. 
    Mais la dualité du système politique iranien, qui mêle 
théocratie et institutions républicaines, permet aux 
conservateurs de préserver la haute main sur les affaires du 
pays. 
     
    UN TOURNANT ? 
    Le double scrutin de vendredi constituait le premier test 
électoral depuis la conclusion, le 14 juillet à Vienne, de 
l'accord historique sur le programme nucléaire de la République 
islamique qui a permis la levée en début d'année des sanctions 
internationales imposées à l'Iran. 
    La sortie de l'isolement diplomatique et commercial était 
l'une des promesses électorales d'Hassan Rohani lors de la 
campagne qui a conduit à son victoire lors de la présidentielle 
de juin 2013.   
    Deux camps s'affrontaient dans les urnes: le bloc des 
conservateurs, opposés au mouvement de détente avec l'Occident, 
et le bloc des alliés du président modéré, qui remettra son 
mandat en jeu l'année prochaine. 
    Le jour du vote, le ministre des Affaires étrangères 
Mohammad Javad Zarif, qui a conduit les négociations nucléaires 
avec les puissances du groupe P5+1, avait résumé les enjeux du 
double scrutin: "Le message de cette élection à la communauté 
internationale est que les Iraniens soutiennent fermement leur 
gouvernement", avait-il commenté après avoir voté à la mosquée 
Jamaran, dans le nord de Téhéran. 
    Parmi les députés conservateurs sortants battus vendredi se 
trouvent nombre d'adversaires déclarés de l'accord de Vienne, 
dont Mehdi Koochakzadeh, qui avait qualifié Zarif de "traître", 
et Roohollah Hosseinian, qui menaçait d'enterrer sous une chape 
de ciment les négociateurs iraniens coupables à ses yeux d'avoir 
accepté trop de concessions. 
    Hors de la capitale, le rapport de force est plus favorable 
aux conservateurs, qui gardent une bonne part de leurs sièges 
dans les deux assemblées. 
    La participation s'est établie à 62% des inscrits au niveau 
national, à 50% dans la capitale, a précisé le ministre de 
l'Intérieur, Abdolreza Rahmani Fazli. 
    "Cette élection peut être un tournant dans l'histoire de la 
République islamique", écrit l'éditorialiste du quotidien 
réformateur Mardom-Salari, dont le directeur, Mostafa 
Kavakebian, fait partie des réformistes élus au Parlement à 
Téhéran. 
    Une lecture que ne partage pas Hossein Shariatmadari, 
rédacteur en chef du quotidien Kayhan, un journal proche de 
l'ayatollah Khamenei. "La structure du système institutionnel de 
l'Iran est telle qu'aucune faction politique ne peut changer ses 
politiques principales ancrées dans ses principes fondamentaux", 
écrit-il, accusant les réformateurs de vouloir donner une 
"illusion de victoire". 
    "Le vote populaire, ajoute-t-il, est limité à la 
responsabilité que lui confère la Constitution." 
 
 (avec Bozorgmehr Sharafedin à Dubaï et Pariza Hafezi à Ankara; 
Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
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