Poursuite des combats à Damas, Assad apparaît à la TV

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AFFRONTEMENTS À DAMAS
AFFRONTEMENTS À DAMAS

par Khaled Yacoub Oweis et Erika Solomon

AMMAN/BEYROUTH (Reuters) - Des combats entre insurgés et forces gouvernementales ont secoué jeudi Damas pour la cinquième journée consécutive alors qu'on ignore où se trouve le président Bachar al Assad.

Au lendemain de l'attentat suicide qui a frappé au coeur de l'appareil sécuritaire syrien, les rues de la capitale syrienne étaient désertes, les magasins gardaient volets clos et la ville semblait paralysée, à l'exception des quartiers sud et nord-est où se concentraient l'essentiel des affrontements.

Aux Nations unies, la Russie et la Chine ont opposé pour la troisième fois leur veto à un projet de résolution qui menaçait le pouvoir syrien de sanctions, repoussant toujours plus loin la perspective d'une solution diplomatique.

Succédant à Daoud Radjha, tué la veille dans l'attentat de Damas tout comme deux autres hauts responsables du gouvernement et de l'armée, le nouveau ministre de la Défense Fahad Djassim al Freidj a prêté serment en présence de Bachar al Assad, selon la télévision syrienne qui a montré des images de la cérémonie, sans préciser où et quand exactement elle s'était tenue.

D'après une source autorisée, le président syrien continue de commander les opérations de son bureau de Damas mais des sources proches de l'opposition et un diplomate occidental affirment que le chef de l'Etat est désormais à Lattaquié, sur la côte méditerranéenne, près du fief de la minorité chiite alaouite à laquelle il appartient.

"Tout le monde attend de voir maintenant comment Assad peut préserver sa structure de commandement. L'attentat d'hier est un énorme coup, mais pas un coup fatal", estime le diplomate.

Dans la capitale, des affrontements ont éclaté jeudi matin près du siège du gouvernement, dans le quartier d'Ikhlas, compris entre les quartiers de Mezze et Kfar Sousseh où se concentrent une partie des combats depuis le déclenchement de la "bataille de Damas" le week-end dernier par les insurgés.

Les rebelles ont également attaqué le QG de la police de la province de Damas dans le quartier central de Kanaouat, a déclaré un habitant joint par téléphone.

"TOUT LE MONDE S'ARME DANS MON QUARTIER"

La télévision syrienne a diffusé des alertes prévenant les habitants que des rebelles déguisés en gardes républicains se répandaient dans plusieurs quartiers. L'opposition a au contraire annoncé que la garde républicaine se trouvait dans le quartier de Midane (sud).

L'offensive lancée par les rebelles pour "libérer Damas" a vécu un tournant mercredi avec l'attentat qui a visé des membres haut placés de l'appareil sécuritaire syrien.

L'explosion d'une bombe en pleine réunion de la cellule de crise mise en place par Bachar al Assad a été fatale à Assef Chaoukat, beau-frère du président et pilier du clan Assad au pouvoir depuis 1970, au ministre de la Défense Daoud Radjha et au général Hassan Tourkmani.

Ces trois hommes faisaient partie du premier cercle du pouvoir chargé de la lutte contre le mouvement de contestation né en mars 2011 dans le sillage des révolutions en Tunisie et en Egypte et du soulèvement en Libye.

Selon une source proche de la sécurité, l'auteur de l'attentat était un garde du corps au sein du premier cercle présidentiel.

La riposte des forces gouvernementales à l'attentat a été brutale et les bombardements n'ont pas cessé de la nuit, selon des habitants.

Des explosions et des tirs ont été entendus dans la matinée par des habitants des quartiers de Midane et Kfar Sousseh, que survolaient des hélicoptères.

"Tout le monde s'arme dans mon quartier, certains avec des mitraillettes, d'autres avec des armes de poing, certains de simples couteaux", a déclaré un habitant de Midane.

BLOCAGE À L'ONU

Pendant que la situation sur le terrain évolue au fil des heures, que la "bataille décisive" est en cours à Damas, selon les termes du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le blocage diplomatique persiste à l'Onu.

La Russie, étroitement liée à Damas et la Chine ont bloqué un projet de résolution occidental menaçant le régime syrien de sanctions et plaçant le plan de paix de l'émissaire Kofi Annan sous le chapitre VII de la charte des Nations unies, qui autorise à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire appliquer les décisions du Conseil.

Les membres du Conseil de sécurité doivent décider de prolonger ou non la mission d'observation de l'Onu en Syrie (Misnus), dont le mandat de 90 jours expire ce vendredi.

Le projet de résolution bloqué par Moscou et Pékin prévoyait de prolonger de 45 jours la mission des observateurs tandis que la Russie, dans son propre projet de résolution qui ne contient pas de menace de sanctions, veut renouveler ce mandat pour 90 jours.

A la veille de la fin de son mandat, le chef des observateurs, le général Robert Mood a quitté jeudi Damas pour Genève. Les observateurs de l'Onu, impuissants à enrayer la violence sur le terrain, ont suspendu leurs patrouilles le mois dernier après une série d'attaques visant leurs convois.

Hors de Damas, les combats se poursuivent à travers le pays. Les rebelles ont annoncé la "libération" de la ville d'Azaz, près de la frontière turque. Des opposants ont diffusé une vidéo montrant la ville de Talbisseh, dans la province de Homs (centre), mitraillée par des hélicoptères.

Des accrochages ont également eu lieu à la frontière avec le plateau du Golan annexé par Israël. Le ministre israélien de la Défense Ehud Barak a averti que son gouvernement bloquerait tout afflux massif de réfugiés syriens.

Selon une source proche de la sécurité libanaise, 20.000 Syriens ont franchi la frontière avec le Liban au cours des dernières 24 heures.

Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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