Poursuite de la reprise en main en Turquie

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POURSUITE DE LA REPRISE EN MAIN EN TURQUIE
POURSUITE DE LA REPRISE EN MAIN EN TURQUIE

par Humeyra Pamuk et Nick Tattersall

ISTANBUL/ANKARA (Reuters) - Les autorités turques ont poursuivi dimanche la reprise en main après l'échec du putsch militaire de vendredi soir, le nombre d'arrestations au sein des forces armées et de l'appareil judiciaire atteignant les 6.000.

Le gouvernement assure contrôler totalement le pays et l'économie.

Dans la nuit de samedi à dimanche, les partisans du président Recep Tayyip Erdogan ont occupé les places publiques, les abords de l'aéroport international d'Istanbul et du palais présidentiel pour dissuader toute nouvelle tentative de coup de force.

Des responsables politiques européens ont prévenu le président Erdogan que l'échec du putsch ne lui donnait pas un chèque en blanc pour violer l'Etat de droit, et qu'il risquait d'isoler son pays sur la scène internationale en cherchant à renforcer son propre pouvoir.

"Pour l'avenir (..), nous voulons que l'Etat de droit fonctionne pleinement en Turquie, ce n'est pas un chèque en blanc à M. Erdogan", a déclaré Jean-Marc Ayrault, le chef de la diplomatie française.

Pour le commissaire européen Günther Oettinger, qui est politiquement proche de la chancelière Angela Merkel, toute répression dans les milieux de l'opposition turque contribuera à isoler Ankara sur la scène internationale.

"S'il (Erdogan) renforce son pouvoir sur le plan intérieur, il s'isolera sur la scène internationale", dit-il dans les colonnes du Welt am Sonntag.

De son côté, le vice-président du Parlement européen, Alexander Lambsdorff, estime dans le même journal que "l'échec du coup d'Etat sert à Erdogan à légitimer une accélération de la recomposition de la Turquie".

Recep Tayyip Erdogan a clairement juré dimanche de continuer à éliminer de toutes les institutions de l'Etat le "virus" à l'origine de la tentative de putsch, allusion à son adversaire de longue date, Fethullah Gülen, un prédicateur en exil aux Etats-Unis.

RÉOUVERTURE DE LA BASE D'INCIRLIK

De nouvelles arrestations vont avoir lieu en plus des quelque 6.000 déjà intervenues depuis l'échec du putsch, a dit le ministre de la Justice, Bekir Bozdag, cité par la chaîne NTV.

Lors d'un rassemblement samedi soir, les partisans d'Erdogan ont réclamé l'exécution des meneurs du putsch manqué. "Pendez-les !", a scandé la foule place Kizilay, dans le centre d'Ankara. Erdogan leur a dit que le parlement pourrait envisager de rétablir la peine de mort, pour l'heure abolie.

Les autorités ont appréhendé près de 3.000 comploteurs dans les rangs de l'armée, du simple soldat jusqu'aux généraux, ainsi qu'un nombre équivalant parmi les juges et les procureurs. Parmi les personnalités arrêtées figure le général Bekir Ercan Van, commandant de la base aérienne Incirlik, base qui joue un rôle stratégique pour les Américains et Européens car c'est de là que sont lancées une partie des frappes aériennes visant le groupe djihadiste Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak.

Le Pentagone a annoncé un peu plus tard, dimanche, que les autorités turques avaient rouvert Incirlik aux avions militaires et que les opérations américaines avaient repris contre l'EI.

"Le contrôle de la Turquie est rétabli et on ne note pas d'affrontements en ce moment", a dit un haut responsable turc en ajoutant que quelques groupes de comploteurs étaient toujours retranchés à Istanbul, sans poser cependant un danger.

Le Premier ministre, Binali Yildirim, a assuré dans une allocution télévisée que la vie avait repris un cours normal dans le pays.

Toutefois, certains responsables européens s'inquiètent non seulement pour l'Etat de droit, mais aussi pour l'avenir de l'accord conclu en mars entre l'UE et Ankara, qui a permis de freiner drastiquement le nombre de migrants passant de Turquie en Grèce à bord d'embarcations.

Avant la réouverture des marchés financiers lundi matin, le vice-Premier ministre turc Mehmet Simsek s'est employé à assurer que le gouvernement turc avait le total contrôle du système économique.

La banque centrale de Turquie a annoncé qu'elle fournirait de la liquidité illimitée aux banques et prendrait toute mesure qui s'imposerait pour préserver la stabilité financière le cas échéant. La banque centrale pourrait en particulier relever le plafond sur les dépôts en devises qui est actuellement de 50 milliards de dollars.

(Eric Faye pour le service français)

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