« Pourquoi une telle baisse des prix du pétrole ? » par Jean-Marie Chevalier (Cercle des économistes)

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Une baisse des prix de cette ampleur ne peut intervenir sans la volonté de l'Arabie Saoudite
Une baisse des prix de cette ampleur ne peut intervenir sans la volonté de l'Arabie Saoudite

Les prix du pétrole sont en chute libre. Le baril de Brent est passé au-dessous de 50 dollars en janvier 2015, ce qui représente une baisse de plus de 50 % par rapport aux cours de juin 2014. Jean-Marie Chevalier explique pourquoi, dans l'actuel contexte international.

Les raisons avancées sont une surabondance de l'offre par rapport à une demande qui reste atone sur l'ensemble de la planète. Peu étaient ceux qui s'attendaient à une telle évolution qui reflète, certes, l'évolution du marché physique, mais aussi un bouleversement assez considérable de la dynamique des flux pétroliers et du rôle de l'OPEP.

La dynamique des flux pétroliers. L'ampleur du développement du gaz de schiste, puis du pétrole de schiste aux Etats-Unis, a été un phénomène inattendu. Ceci a inversé une évolution où l'on voyait s'accroître la dépendance gazière et pétrolière du pays. Par ailleurs, ces nouvelles ressources ont entraîné une baisse du prix de l'énergie, eux-mêmes déterminés par des éléments domestiques et non plus par les marchés internationaux. Les Etats-Unis sont aujourd'hui les premiers responsables de la croissance de l'offre pétrolière mondiale avec une interaction croissante entre les flux de pétrole brut et les flux de produits raffinés, ce qui accroît la flexibilité des marchés.

La question qui se pose est celle de savoir si le développement du pétrole non conventionnel peut être freiné par une baisse des prix. La réponse est complexe car certaines productions se développent au coût marginal (les investissements ont été faits) tandis que d'autres impliquent une continuité des forages et des investissements. Il semblerait qu'un prix durablement inférieur à 60 dollars serait de nature à diminuer le taux de croissance de la production du brut américain.

L'OPEP. En 1999 et en 2009, l'OPEP a agi collectivement pour arrêter la baisse des prix et renverser la tendance. On pouvait s'attendre à ce qu'elle joue le même jeu aujourd'hui. En fait, l'OPEP n'a plus du tout la même unité et son pouvoir est affaibli par deux éléments : la montée en puissance des Etats-Unis qu'il serait bon de freiner pour les pays de l'OPEP et le jeu très individualiste de l'Arabie saoudite. Avec un prix de l'ordre de 60 dollars, le budget du royaume saoudien sera en déficit en 2015 mais le pays peut puiser dans ses immenses réserves financières.

Par ailleurs, le pays n'est pas mécontent de voir à quel point l'Iran, la Russie et à terme les Etats-Unis sont gênés par un prix aussi bas. Ce prix met en grand embarras économique l'Iran et la Russie mais aussi l'Irak, le Venezuela, le Nigeria, l'Algérie, des pays pour lesquels un fonctionnement socio-politique soutenable implique des prix supérieurs à 90 dollars le baril.

L'Arabie saoudite n'a probablement pas intérêt à s'aliéner durablement la sympathie des pays lésés par un prix bas. Par ailleurs, les rebonds de la demande encouragés par le prix et les frissons de reprise de l'économie mondiale devraient avoir pour effet de susciter une correction avant l'été 2015. Toutefois, cette correction ne peut avoir lieu qu'avec une volonté nouvelle exprimée par l'Arabie saoudite, le seul pays qui peut moduler quasi-instantanément le volume de ses exportations.

Jean-Marie Chevalier

Jean-Marie Chevalier est professeur émérite de sciences économiques à l'Université Paris-Dauphine (Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières) et senior associé au Cambridge Energy Research Associates (IHS-CERA). Jean-Marie Chevalier a été entre autres, consultant au département énergie de la Banque Mondiale, Professeur d'économie industrielle et d'économie de l'énergie aux Universités d'Alger, de Rabat, de Grenoble, de Paris XIII, à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, et à l'Ecole Nationale d'Administration.

Ses principaux domaines d'expertise sont l'économie industrielle ; l'économie de l'énergie, les politiques énergétiques.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

 

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  • msglyon le mardi 13 jan 2015 à 17:15

    et les acheteurs ne sont pas saoudiens, ils sont américains . Alors, pourquoi l’état fédéral américain ne financerait il pas à coup de dette payée par la chine, la production "à perte" , d'un pétrole qui lui permettrait de s'affranchir d'une dependance vis à vis du moyen orient qui , d'un point de vue géostratégique, n'est pas très bien vécue par l'oncle Sam ? Comment on a fait en France pour développer l’électricité nucléaire , hein ? C'est la dette nationale qui a payé !

  • msglyon le mardi 13 jan 2015 à 17:11

    et pourquoi pas un petrole toujours bas ? L'expert de l'article explique benoitement que ce sont les USA qui ont , grace à la production massive à partir du schiste , impacté le prix du petrole; ET il explique , à la fin , que ce serait l'arabie saoudite qui ferait le prix... Alors , monsieur l'expert , il faudrait savoir ! c'est les USA ? ou l'arabie saoudite qui maitrise le marché ? parce que vous dite blanc et noir dans le meme papier.... A mon sens, le marché est drivé par les acheteurs

  • Loless le mardi 13 jan 2015 à 15:37

    tout à fait d'accord avec Amoros , l'objectif est de mettre la Russie à genou en s'attaquant à ses 30% d'exportation de petrole et de gaz. Si ce n'etait pas le cas , l'OPEP aurait deja fermé un peu les robinets pour faire remonter les cours.La Russie peu tenir encore deux ans , comme ça , avant de s'effondrer , la banque nationale russe rachete tous les jours du rouble pour limiter sa chute.

  • amoros1 le mardi 13 jan 2015 à 11:21

    Tout ceci n'est en réalité que le moyen de mettre à genou le rouble et la mère patrie vis à vis de ce qu'il s'est passé récemment. L'embargo mis en place par l'Europe et les états unis. Et à mon humble avis, les HF et les gouvernements doivent acheter du rouble par containers, en vue de mieux le revendre lorsque l'embargo pétrolier sera terminé et que les politiciens reviendront à de meilleurs sentiments entre eux.Vous verrez que j'ai raison

  • floalain le mardi 13 jan 2015 à 10:55

    Spéculation. Ça permet de faire baisser les valeurs pétrolières et les banques vont se gaver à la remonter ce qui arrivera fatalement car on est nettement en-dessous des prix de production.

  • khmane08 le mardi 13 jan 2015 à 09:50

    si la spéculation et la rumeur sont faibles il baisse, si la spéculation et la rumeur sont fortes il monte, c'est tout simple.

  • khmane08 le mardi 13 jan 2015 à 09:47

    un titre peut souvent en cacher un autre. Pétrole, pourquoi la bai..se?

  • stochast le mardi 13 jan 2015 à 00:03

    La question est mal posée. Il fallait surtout se demander : "Pourquoi une telle flambée des cours du pétrole en période de ralentissement économique mondial ?" Les cours ont chuté parce qu'ils sont partis d'un niveau insoutenablement haut. Point final.

  • pfavier2 le lundi 12 jan 2015 à 23:10

    Si le pétrole baisse trop, cela va déclencher des évènements géopolitiques qui tomberont à pic pour justifier une remontée brutale des cours. Attention, la paix (relative) de paye à un certain montant du prix du pétrole, la guerre risque fort d'éclater si le brut chute trop.... Le jeu actuel est EXTREMEMENT dangereux. Soyez-en bien conscients.

  • Robby29 le lundi 12 jan 2015 à 21:53

    400% ne donne pas x4 l'ami...