« Pourquoi tant de rumeurs autour des prix du pétrole ? » - Tchat avec Jean-Marie Chevalier du Cercle des économistes

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Les prix de l'or noir ne cessent de fluctuer dans des proportions parfois étonnantes. Aléas de la demande, fluctuations de la production, tensions géopolitiques... autant de facteurs déterminants qu'opérateurs et clients doivent maîtriser. Jean-Marie Chevalier dévoile ses prévisions.

Il y a une semaine les rumeurs sur le prix du pétrole étaient à la baisse (pour 2017). Depuis quelques jours, elles sont plutôt à la hausse avec une augmentation plus importante que prévu de la demande mondiale. Ces rumeurs, parfois contradictoires, reflètent le fonctionnement d'un marché pétrolier international qui est à la fois un marché physique, qui fonctionne à 30 km à l'heure, et un marché financier qui fonctionne à la nanoseconde... La complexité de ces marchés et les incertitudes qui l'entourent rendent très difficiles les prévisions de prix. Dans les scénarios construits par l'entreprise américaine de consulting IHS, les prix du pétrole fin 2015 vont de 50 à 160 dollars le baril.

Rappelons quelques éléments du marché physique. La demande pourrait avoir atteint un peak dans certains pays riches, comme les Etats-Unis, sous l'effet conjugué de la saturation du parc automobile, des améliorations de l'efficacité et du développement de substituts (biocarburants, gaz naturel). En revanche, la demande de produits pétroliers dans les pays émergents et dans certains pays producteurs relève de la frénésie. Le rêve de tout chinois est de conduire une voiture. Cette frénésie pourrait être toutefois réduite par les conséquences environnementales qu'elle entraîne.

Du côté de l'offre, le développement du pétrole de schiste aux Etats-Unis provoque des pressions à la baisse sur le marché nord-américain, en partie reflétées par l'écart entre les cotations du brut américain (WTI) et celles du brut européen (Brent), une douzaine de dollars par baril. Toutefois, les marchés du pétrole et des produits pétroliers sont des marchés internationaux et les différences de prix donnent lieu en permanence à des arbitrages. L'évolution de l'offre non américaine est marquée par d'innombrables incertitudes : le retour de l'Iran, les investissements réellement effectués en Irak, la situation en Libye et au Nigeria. Reste l'OPEP, dont il ne faut pas minimiser le rôle. L'organisation contrôle 80 % des réserves de pétrole conventionnel, plus de 40 % de la production et 60% des exportations de pétrole brut.

L'OPEP possède toujours le pouvoir de moduler sa production pour agir sur le prix. La plupart des pays membres de l'organisation sont soumis à des contraintes difficiles : croissance démographique forte, subventions massives aux produits énergétiques, inquiétude à long terme sur leurs réserves en hydrocarbures. Par ailleurs, les printemps arabes (qui ne concernent pas seulement les pays arabes) ont eu pour effet d'augmenter le coût de la paix sociale intérieure.

L'ensemble de ces facteurs m'amènent à dire que les pays de l'OPEP ont fondamentalement intérêt à ce que le prix du pétrole reste supérieur à 90 dollars par baril. C'est leur intérêt et ils ont les moyens de maintenir cet objectif dans les années qui viennent. Cette tendance n'exclue en aucun cas de nouveaux chocs pétroliers qui pourraient porter les prix beaucoup plus haut.

Jean-Marie Chevalier


Jean-Marie Chevalier, professeur à l'Université Paris Dauphine, vous répondra lundi 27 janvier à 17h. A vos questions !

Jean-Marie Chevalier est professeur émérite de sciences économiques à l'Université Paris-Dauphine (Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières) et senior associé au Cambridge Energy Research Associates (IHS-CERA). Jean-Marie Chevalier a été entre autres, consultant au département énergie de la Banque Mondiale, Professeur d'économie industrielle et d'économie de l'énergie aux Universités d'Alger, de Rabat, de Grenoble, de Paris XIII, à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, et à l'Ecole Nationale d'Administration.
Ses principaux domaines d'expertise sont l'économie industrielle ; l'économie de l'énergie, les politiques énergétiques.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.