Pourquoi les jeux français vont s'arracher à Noël

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EN IMAGES - Un temps en retard sur l'Allemagne et les États-Unis, la France est aujourd'hui l'un des pays moteurs dans l'univers du jeu.

Jeux de cartes ou de plateau, de stratégie ou d'enquête, ils seront nombreux à faire le bonheur des petits comme des grands sous le sapin. Le salon mondial du jeu qui se tient chaque année à Essen (Allemagne) vient de s'achever et les consommateurs français découvriront bientôt les derniers «hits» qui y ont été présentés. Après un décollage tardif, le marché français connaît aujourd'hui un dynamisme sans précédent. Du côté des joueurs comme des éditeurs, de plus en plus nombreux et diversifiés. D'abord cantonnés à l'univers des enfants, les jeux ont petit à petit fait irruption dans le monde des adultes, prenant du galon en société. Et pour répondre à la demande de plus en plus forte, les créateurs ont mis les bouchées doubles.

Le marché du jeu pèse actuellement près de 350 millions d'euros, soit plus de 10% du marché total du jouet. Et contrairement à d'autres secteurs, il ne connaît pas la crise. Un temps en retard sur les Allemands et les Américains, les créateurs français brillent maintenant sur la scène internationale, à l'image de Concept qui a remporté en mars la palme d'or au festival du jeu de société. Sur les quelque 850 nouveautés qui sortent chaque année, la moitié provient de l'Hexagone! «Les éditeurs de jeux sont des entreprises qui exportent et embauchent: c'est la France qui gagne», s'enthousiasme Nicolas Benoist, directeur marketing chez Asmodée, l'une des plus importantes sociétés françaises du secteur. Les auteurs, eux, bénéficient d'un statut plus précaire, comme le révèle Yann Clouët, cogérant de la ludothèque de Palaiseau. «La plupart des auteurs de jeux sont désintéressés et leur démarche repose d'abord sur la passion. C'est un loisir pour beaucoup!»

Dans les salons internationaux, les jeux français créent l'événement: les joueurs du monde entier se les arrachent. Qu'est-ce qui explique un tel succès? Face aux écoles allemande et américaine, les Français revendiquent «une approche plus libre du jeu», estime Étienne Mineur des éditions Volumiques. Les Allemands produisent des jeux aux mécaniques complexes, qui plaisent notamment aux joueurs expérimentés mais se révèlent peu fantaisistes. Les Américains, eux, misent sur le côté «fun» et délaissent le rigueur des jeux aux règles compliquées, dont le public peut se lasser rapidement. Les jeux français, eux, «combinent rigueur et fantaisie», explique Nicolas Benoist. À l'instar de Colt Express, produit par le studio Ludonaute, qui a fait son petit effet à Essen.

Autre spécificité des créateurs français: le soin porté aux graphismes, auxquels les joueurs sont de plus en plus attentifs. «On a la chance d'avoir un vivier d'illustrateurs en France, on en profite», reconnaît Nicolas Benoist. Abyss, dont la partie graphique a été prise en charge par Xavier Colette, a récemment fait sensation. Sur la boîte du jeu, aucun élément de texte, même le nom du jeu n'est apposé que sur les côtés. La priorité a été donnée à l'image. Preuve que Bombyx, l'éditeur, a beaucoup misé sur l'esthétique, le jeu est disponible à la vente avec cinq visuels différents, une première dans l'univers du jeu de plateau.

Le smartphone, nouvel outil de jeu

Les Français font également le pari de l'innovation. S'affranchissant des étiquettes, ils explorent de nouvelles dynamiques de jeu. Dernière nouveauté: l'irruption du smartphone dans la mécanique des jeux de plateau. «Nous essayons de ne pas opposer le monde numérique au monde physique en créant des jeux hybrides», précise Étienne Mineur. Le smartphone ouvre de nouvelles possibilités aux joueurs, comme dans World of Yo-Ho, le jeu développé par Volumiques. À mi-chemin entre le jeu de plateau et le jeu vidéo, il a créé la surprise lors de sa présentation à Essen. Un Kickstarter sera bientôt lancé pour financer sa production et sa distribution.

Peut-on prévoir le succès d'un jeu? «Impossible, répond Thomas Cauët, de l'éditeur Ystari. Un jeu qu'on peut prendre pour un hit ne va pas recevoir le succès attendu et inversement.» Ce que confirme Nicolas Benoist. «Un jeu, c'est comme un film: il peut avoir tous les bons éléments -une bonne mécanique, de beaux graphismes, une thématique attractive- et ne pas prendre auprès du public. Il y a une part d'irrationnel.» Il faudra donc attendre Noël pour savoir si le charme de «la France qui gagne» opère encore.

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  • lsleleu le dimanche 26 oct 2014 à 10:01

    Voila une bonne nouvelle sauf si il n'y a que l'emballage qui est Français.