Pourquoi les Investisseurs s'intéressent-ils au changement climatique ?

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Pourquoi les Investisseurs s'intéressent-ils au changement climatique ?
Pourquoi les Investisseurs s'intéressent-ils au changement climatique ?

Les besoins de financements liés à la lutte contre le changement climatique et à la transition vers une économie bas carbone sont colossaux. Une partie grandissante du secteur financier prend le sujet au sérieux avec en ligne de mire l'idée que les actifs liés aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) vont perdre de la valeur et que les actifs les plus verts, liés aux énergies renouvelables ou à l'efficacité énergétique vont en gagner.

La transition vers un modèle bas carbone, acté avec l'Accord de Paris qui se donne pour objectif de limiter la température globale à +2°C à la fin du siècle, représente un immense défi économique.

Parmi les secteurs les plus impactés par cette transition : le secteur financier. D'une part, c'est lui qui financera la transition énergétique. D'autre part, il est à la fois affecté par les risques liés aux changements climatiques et par les risques liés au nécessaire changement de business model des entreprises qu'il finance.

C'est notamment pourquoi un nombre croissant d'investisseurs se mobilisent aujourd'hui pour lutter contre le changement climatique et le respect de l'Accord de Paris.

 

1. Quels sont les risques liés au changement climatique et à la transition écologique?

 

Les risques physiques liés aux événements climatiques extrêmes

Les événements météorologiques liés au changement climatique (comme la sécheresse, aux inondations, aux submersions marines et aux effets du vent) ont des effets sur l'économie réelle. Par exemple, les inondations et tempêtes peuvent perturber les chaînes d'approvisionnement des entreprises et les sécheresses affecter les récoltes.

Selon un nombre croissant d'experts de la finance climat, réunis notamment au sein de la Task Force on Climate Disclosure (TCFD) commanditée par le G20, le changement climatique serait un risque systémique pour l'économie et la finance. Par conséquent, les entreprises et les divers acteurs financiers doivent évaluer et chiffrer leur exposition à ce risque pour mettre en place les stratégies nécessaires pour en limiter l'impact. Cette vision, encore théorique, est toutefois loin d'être partagée par tous les membres du G20. 

Ce risque physique commence cependant à être très important pour les assureurs qui doivent revoir l'évaluation du coût du changement climatique sur l'économie. En effet les dommages causés par les catastrophes naturelles sur l'économie réelle deviennent de plus en plus importants. Et cela va s'amplifier au fur et à mesure du réchauffement climatique. Sur la période 2015-2040, les coûts cumulés des dégâts liés aux sécheresses, inondations, submersions marines et effets du vent, devraient augmenter de 90% en euros constants par rapport à ceux des 25 années précédentes (1988 - 2013). Et coûter près de 92 milliards d'euros. (source : rapport consacré à l'Impact du changement climatique sur l'assurance de la FFSA

Pour les banques, le risque physique concerne potentiellement 39 % des expositions nettes de crédit du secteur bancaire français. Le risque de transition (changement de modèle économique, voir plus bas) représente en moyenne 13 % de l'exposition totale.

 

Les risques de transition

La transition vers une économie bas-carbone vers laquelle l'économie doit tendre représente une opportunité pour les entreprises et leurs actionnaires mais aussi des risques.

La transition énergétique demande en effet un changement drastique de business model de la part des entreprises. Des changements politiques, règlementaires, technologiques et de société sont ainsi nécessaires et peuvent conduire à réduire le résultat brut d'exploitation des entreprises et ainsi menacer leur capacité à rembourser leur dette à leurs investisseurs. 

Ces risques sont de plusieurs natures :

- Politiques et règlementaires : l'instauration de normes environnementales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des entreprises ou renchérir leur coût par exemple. Cela conduit à des risques juridiques: les grands émetteurs peuvent en effet faire l'objet de plaintes. D'une part de la part des victimes du changement climatiques mais aussi d'actionnaires qui se sentiraient floués par la stratégie climatique des entreprises dans lesquelles ils investissent. C'est ce qui arrive aujourd'hui au géant pétrolier Exxon.

- Technologiques : en substituant des technologies fortement émettrices par des technologies propres, la demande en énergies fossiles baisse et cela a un impact sur le prix.

- Réputationnels : certaines activités fortement émettrices et polluantes comme les sables bitumineux ou les gaz de schistes sont de plus en plus rejetées par les populations, ce qui peut rendre l'exploitation plus compliquée de même que l'accès au capital.

- De marché : la baisse de la demande, l'incertitude ou l'augmentation du coût de matières premières peuvent déstabiliser les entreprises en augmentant les coûts de production.  

 

La dépréciation des actifs

La combinaison de tous ces risques peuvent provoquer une dépréciation soudaine de la valeur des réserves des producteurs de pétrole, de gaz et de charbon. Et ce, alors que ce sont justement ces réserves qui font la valeur des entreprises du secteur des énergies fossiles.

Selon une étude de référence publiée dans Nature en 2015, 88% des réserves prouvées et probables de charbon, 52% des réserves de gaz et 35% des réserves de pétrole ne pourront pas être exploitées si l'on souhaite se conformer aux objectifs de l'Accord de Paris. Les actifs de ces entreprises peuvent alors se transformer en "stranded assets", c'est-à-dire des actifs dépréciés. Les actionnaires de ces mêmes entreprises peuvent donc perdre une bonne partie, voire la totalité, de ce qu'ils ont investis. 

Résultat : selon une étude publiée dans la revue Nature Climate Change (mars 2017) les actifs financiers mondiaux seraient surévalués de près de 2 350 milliards d'euros en raison de la non prise en compte des impacts de la poursuite du dérèglement climatique.

2. Quelles sont les opportunités de la transition énergétique et écologique (TEE) ?

 

Les besoins en investissements pour financer la transition écologique et énergétique (TEE) d'un pays comme la France sont estimés à plus de 20 milliards d'euros par an.

Une fois ce diagnostic fait, les investisseurs cherchent à identifier les solutions d'entreprises dans lesquelles ils pourraient investir.

Il s'agit de financer de nouvelles infrastructures comme des parcs éoliens ou solaires, d'investir dans des produits financiers thématiques orientés sur des éco-secteurs (fonds verts) ou encore dans des obligations vertes (green bonds) émises par des organisations ou des entreprises pour financer des projets à bénéfice environnemental.

 

 

Suite

Quelles sont les actions des investisseurs en faveur du climat ?

Les investisseurs en campagne pour la transition énergétique

[Infographie] Pourquoi le changement climatique est un sujet financier?

 

Béatrice Héraud @beatriceheraud

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