Pourquoi le Japon veut-il les îles Senkaku ?

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(Commodesk) Tandis que les médias japonais ont confirmé, le 5 septembre, la décision du gouvernement d'acheter trois des huit îles de l'archipel Senkaku pour 21 millions d'euros, la question de l'intérêt économique de ce petit territoire (7 km² au total) au milieu de la mer de Chine orientale se pose.

La Chine, Taïwan et le Japon revendiquent les îles de Senkaku, en japonais, ou de Diaoyu, en version chinoise, qui sont situées à 200 km du nord-est des côtes taïwanaises et à 2.000 km au sud-ouest de Tokyo. Actuellement, trois des îles sont administrées par le Japon et appartiennent à un propriétaire privé japonais. Le gouvernement nippon veut les nationaliser ce qui lui donnerait une légitimité sur la délimitation de sa zone économique exclusive (ZEE) autour des îles.

Le conflit entre la Chine et le Japon sur ce territoire est avant tout historique. Pour les Japonais l'archipel fait parti de la préfecture d'Okinawa depuis 1895. Ils l'ont temporairement perdu pendant la seconde guerre mondiale, mais en 1972, lors de la rétrocession d'Okinawa par les Etats-Unis, l'archipel est redevenu japonais. La Chine n'a pas la même version, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères cité par l'agence de presse nationale, « le Japon s'est emparé des îles de manière illégale lors de la guerre sino-japonaise de 1895 ».

Si le Japon invoque le caractère sacré de ces îles et la Chine la représentation historique pour justifier leurs revendications respectives d'autres enjeux ne sont pas négligeables. La dimension stratégique d'une part, l'archipel étant un point clé du trafic maritime en Asie, et l'enjeu économique des ressources maritimes de la zone d'autre part.

L'intérêt des deux pays pour l'archipel s'accentue dans les années 70. Ce qui coïncide avec la parution, en 1969, d'un rapport de l'UN Economic Commission for Asia and Far East, faisant état de découvertes de réserves d'hydrocarbures dans la zone. L'Agence d'information énergétique américaine (EIA) estime aujourd'hui à 100 milliards de barils de pétrole les réserves totales de la mer de Chine orientale.

La Chine a commencé en 2003 à explorer les champs gaziers et pétroliers à proximité des îles Senkaku/Diaoyu. La compagnie japonaise, Teikoku Oil, est arrivée deux ans après. La CNOOC, la compagnie nationale chinoise, exploite depuis 2006 six gisements d'hydrocarbures dans la zone. Outre la revendication historique des îles, la Chine et le Japon ne s'entendent pas sur les délimitations de leurs ZEE respectives. Les six gisements sont justement situés à la limite des deux ZEE. Les réserves y sont estimées à 22 millions de barils de pétrole et 67 millions de barils équivalent pétrole de gaz naturel par la CNOOC.

Le gisement de Chunxiao (Shirakaba en japonais), par exemple, est situé dans la zone économique exclusive (ZEE) chinoise à 4 km de la frontière de la ZEE japonaise. CNOOC et Sinopec (autre compagnie chinoise) sont les opérateurs de Chunxiao depuis six ans mais le Japon craint qu'ils n'exploitent la part du gisement qu'il revendique. En 2008, les deux pays avaient tenté une joint-venture pour exploiter le gisement, mais elle ne fut jamais mise en place.

Les proportions d'hydrocarbures sont faibles en comparaison des réserves totales chinoises mais peuvent être importantes pour le Japon qui importe la quasi-totalité de ses énergies. D'autant plus depuis la catastrophe de Fukushima en mars 2011 qui a entraîné la fermeture de nombreuses centrales nucléaires et une augmentation des importations de gaz liquéfié et de fioul.

Ce type de conflit exacerbe les tensions régionales, la Chine revendique de nombreuses îles en mer de Chine orientale, région stratégique à la fois au niveau commercial et sécuritaire. Les relations sont par exemple tendues avec les Philippines, la Malaisie ou encore le Vietnam.

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