Pourquoi la Chine s'attaque (enfin) à la contrefaçon des vins de Bordeaux

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Pékin a reconnu 45 appellations de vin de Bordeaux lors d'une réunion des ministres de l'Agriculture du G20. Une décision qui vise à lutter contre la contrefaçon dans un pays où ces pratiques frauduleuses sont monnaie courante.

Devant l'inquiétude croissante des producteurs et exportateurs de vins français, la Chine poursuit sa politique de lutte contre la contrefaçon, véritable fléau dans la filière viti-vinicole depuis plusieurs années. Jeudi, au cours d'une réunion des ministres de l'Agriculture du G20 en Chine, Pékin a annoncé «reconnaître 45 appellations de vin de Bordeaux». Une décision saluée par les professionnels français du secteur dans un pays où 40% des vins importés seraient des faux, selon certains experts.

Il faut dire que les vins de Bordeaux, victimes de leur succès, font l'objet de millions de copies très réalistes en Chine. Le plus souvent, des vins médiocres sont présentés comme des grands crus bordelais grâce à des étiquettes grossières qui se veulent semblables aux originales. Pire, des bouteilles vides, cette fois authentiques, sont parfois récupérées puis remplies de vin de mauvaise qualité, voire d'eau ou de vinaigre. De quoi tromper facilement les consommateurs peu avertis. Un rapport des Conseillers du Commerce Extérieur de la France mis à jour en mai 2015 n'hésite d'ailleurs pas à parler «d'industrialisation de la contrefaçon».

Une protection juridique

«La reconnaissance officielle (...) signifie des moyens supplémentaires pour défendre ces indications et appellations devant la justice chinoise», s'est félicité le ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll, à Pékin jeudi. Une satisfaction également perceptible du côté du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB): «On est très content que ça ait pu aboutir. Cette reconnaissance est un outil supplémentaire pour entreprendre des démarches administratives si des cas de contrefaçons étaient relevés», précise Allan Sichel, vice-président du CIVB .

La situation est d'autant plus préoccupante que la Chine représente aujourd'hui un quart des exportations de vin de la région bordelaise avec 500.000 hectolitres par an pour un chiffre d'affaires avoisinant les 300 millions d'euros, selon le CIVB. Malgré l'augmentation à hauteur de 34% des ventes de vin de Bordeaux rouge vers la Chine l'an dernier après une baisse en 2014, la contrefaçon semble causer un préjudice économique non négligeable, même si beaucoup admettent qu'il est difficile à évaluer: «C'est peu visible, on n'a pas de chiffres exacts, mais on le voit parce qu'on échange beaucoup avec les autorités sur place qui nous informent», explique Allan Sichel.

Pékin s'engage dans la lutte

Pour endiguer les pratiques frauduleuses, le CIVB mise beaucoup sur la pédagogie. Elle a formé près de 2500 professionnels chinois, 5 à 10.000 consommateurs ainsi qu'une centaine de policiers chinois à la détection de contrefaçons. Même chose chez les grands groupes de production et distribution qui disposent désormais «d'équipes entières dédiées à la chasse à la contrefaçon sur Internet», notent Les Echos . Et pour cause, sur le site Alibaba, équivalent chinois d'Amazon, les acheteurs peuvent se procurer des «copies de bouteilles prestigieuses à remplir».

De son côté, un an après avoir reconnu l'indication géographique viticole «Bordeaux», Pékin s'engage un peu plus dans la protection les produits originaux. «On observe une convergence entre la Chine et la France sur le concept d'indications géographiques protégées» des produits agricoles, a expliqué Stéphane Le Foll. La Chine semble d'ailleurs y trouver un certain intérêt. D'une part, de plus en plus d'investisseurs chinois acquièrent des vignobles en France. Laisser la contrefaçon se développer sur un tel marché reviendrait dès lors à se tirer une balle dans le pied. D'autre part, la Chine tente elle aussi d'obtenir la reconnaissance de certaines de ses appellations. La pêche de Pinggu et le thé Longjing notamment, ont été reconnus par l'UE en échange de l'enregistrement par Pékin de dix appellations européennes, dont le comté, le roquefort et le jambon de Parme.

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