Pourquoi la Chine pourrait donner des signes de faiblesse dans les prochains mois ? (Gemway Assets)

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Les indices d'activité chinois pourraient être la source de mauvaises surprises dans les mois à venir, explique Gemway Assets.
Les indices d'activité chinois pourraient être la source de mauvaises surprises dans les mois à venir, explique Gemway Assets.

Depuis trois mois, les marchés actions mondiaux rebondissent, profitant notamment de l’amélioration des indicateurs économiques chinois qui avaient précédemment inquiété. Mais attention : l’activité chinoise pourrait nettement rechuter après un bon premier trimestre, explique Gemway Assets, une société de gestion française spécialisée sur les marchés émergents.

Depuis leur dernier accès de panique au début du mois de janvier, les marchés boursiers chinois ne font plus parler d’eux. Et pour cause : les indicateurs économiques, qui avaient alarmé les marchés du monde entier en août 2015 puis de nouveau en début d’année 2016, se sont clairement redressés au cours du premier trimestre.

« Aidé par la ré-accélération du crédit, désormais à +15% en glissement annuel, l’activité industrielle chinoise semble être repartie à la hausse au 1er trimestre 2016. Même constat sur l’indicateur avancé PMI [de source gouvernementale], au-delà des 50 en mars comme en avril 2016 », observe Bruno Vanier, gérant principal et président de Gemway Assets.

Une activité boostée au T1 par les "stimuli fiscaux"

L’économie chinoise a en effet bénéficié depuis le début de l’année de « stimuli fiscaux » décidés par les autorités chinoises pour atténuer le ralentissement de l’activité économique en Chine.

Surtout, explique Bruno Vanier, il est essentiel d’avoir à l’esprit que la Chine est en train de changer de système fiscal, ce qui n’est pas sans incidence sur son activité économique. « Depuis plus de deux ans, la Chine est en train de passer d’un système de "Business Tax" prélevée par les provinces à un système de TVA prélevée par l’Etat. Ceci a notamment pour but de limiter les risques de corruption au niveau local. Le secteur immobilier vient justement de passer au système de TVA le 1er mai. Il se pourrait que les projets immobiliers aient été artificiellement boostés en début d’année pour profiter au maximum de l’ancien système fiscal, et que l’activité connaisse ensuite un creux à partir de maintenant ».

Immobilier : les prix "peuvent désormais atteindre 25.000 euros/m² à Shanghai"

Le pic d’activité dans l’immobilier a en tout cas été très net au cours des derniers mois. Depuis janvier, « les prix immobiliers ainsi que la construction sont fortement repartis à la hausse », remarque Bruno Vanier. Les prix de l’immobilier, convertis en euros, peuvent désormais atteindre 25.000 euros/m² dans certains quartiers de Shanghai, donnant une idée de la frénésie des acheteurs et de l’ampleur de la spéculation immobilière qui touche le pays, même si les prix peuvent être 10 fois plus faibles dans d’autres quartiers de la même ville.

« Le plus inquiétant est surtout le niveau des prix dans les villes moyennes, qui ont continué à croître rapidement alors que le stock de biens non-occupés a quant à lui augmenté », souligne Bruno Vanier. Le problème des logements inoccupés pourrait avoir du mal à se résoudre de lui-même en tenant compte du fait que la démographie chinoise est devenue vieillissante après de nombreuses années de politique de l’enfant unique.

Excès de crédit

Par ailleurs, en Chine, « on a toutes les marques d’une relance qui ne peut pas durer, car elle se fait uniquement par le crédit. L’endettement des provinces chinoises augmente fortement » souligne Bruno Vanier, s’ajoutant à la hausse de l’endettement privé. La création monétaire ex nihilo due à la multiplication des crédits bancaires « pourrait in fine avoir un vrai impact sur la valeur de la monnaie, même si on n’en est pas encore là », affirme le gérant. La dévaluation du yuan en août dernier avait déjà été un grand sujet de tension sur l’ensemble des marchés financiers mondiaux.

À noter que toutes les provinces de Chine ne vivent pas au même rythme, ainsi malgré le regain d’activité à l’échelle globale observé en début d’année, « Le Nord / Nord-Est de la Chine, c'està-dire les régions les plus industrielles, a déjà ralenti » affirme Bruno Vanier.

Bourse : "les titres sont de nouveau surachetés"

Du côté boursier, les excès seraient également de retour en Chine. « Fin 2015, début 2016, les titres étaient totalement survendus, maintenant ils sont de nouveau surachetés » estime le gérant. Pour cette raison, celui-ci affirme s’attendre « à une petite correction » dans les mois à venir.

Nina Majstorovic, gérante chez Gemway Assets, remarque quant à elle plus globalement que « le récent rebond des marchés émergents s’est fait dans de faibles volumes, et les flux proviennent surtout d’ETF » ou "trackers", généralement achetés par des investisseurs étrangers n’ayant pas de vision assez détaillée du marché pour réaliser du "stock picking".

Portefeuilles : plus de liquidités et davantage de valeurs de croissance

Dans la logique de ce message de prudence, Gemway Assets a laissé augmenter, au sein de son fonds phare GemEquity, les liquidités non investies, qui représentent désormais 10% du fonds. « Nous estimons en effet que de nombreux marchés, surachetés à court terme, pourraient rebaisser au cours des prochains mois, nous fournissant ainsi des opportunités d’achat » explique la société de gestion.

La part des actions asiatiques au sein de GemEquity a été réduite par rapport au mois précédent, mais reste prédominante. Le fonds reste investi à 26,9% sur des valeurs chinoises, mais uniquement sur des valeurs non-industrielles a priori peu concernées par le ralentissement économique.

7% de GemEquity sont investis sur Tencent, l’équivalent chinois de Facebook, même si l’action du groupe traite à 29 fois les bénéfices du groupe attendus en 2016. Cette valorisation serait justifiée du fait que « les bénéfices sont là » et que « le secteur Internet chinois a l’avantage d’être très concentré : Tencent est seul sur son segment de marché et bénéficie donc d’une sorte de monopole » affirme Bruno Vanier. China Mobile, JD.com ainsi que certaines valeurs du secteur de la santé trouvent grâce aux yeux des gérants de la société française.

Gemway Assets a en revanche vendu fin mars l’ensemble de ses actions taiwanaises de sous-traitants d’Apple.

La Russie devrait aller mieux

Malgré ce fort appel à la vigilance, Gemway Assets s’affiche optimiste sur un pays : la Russie. La société de gestion estime que la croissance ne devrait pas tarder à réapparaître en Russie grâce au niveau désormais plus confortable des prix du pétrole. Gemway Assets estime que la stabilisation des prix autour des niveaux actuels, à 45 dollars/baril, permettrait au marché russe d’être moins volatil et de retrouver le chemin de la hausse. La société de gestion a ainsi renforcé les positions de son fonds sur Sberbank et Novatek.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • spirouet il y a 11 mois

    ça fait déjà 10 ans que vous dites que la chine est un colosse aux pieds d'argile et pourtant ils sont toujours là, debout et en tête de toutes les croissances

  • loco93 il y a 11 mois

    On les reconnaît, les médias qui font dans le sensationnel

  • s.lux il y a 11 mois

    c'est bon pour notre industrie non ?

  • pascalcs il y a 11 mois

    Une activité boostée au T1 par les "stimuli fiscaux"...Une modeste croissance des crédits à hauteur de 1000 milliards de $ au T1 2016...Cool