Pourquoi investir en obligations si les actions surperforment sur le long terme ?

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Certains investisseurs de long terme doutent encore de l'intérêt d'investir une partie de leur portefeuille en obligations, malgré le marasme des marchés actions mondiaux au cours des 12 dernières années, pour plusieurs raisons. La raison la plus souvent invoquée est que les actions offrent des rendements supérieurs sur le long terme et "finissent toujours par monter". Ils ne comprennent pas pourquoi un investisseur avec un horizon d'investissement de 20, 30 ou 40 ans devrait détenir des obligations. De la même manière, ils ne comprennent pas pourquoi le fait que les obligations permettent de réduire la volatilité est un argument valable, sous prétexte que si on investit sur le long terme on n'a pas à se soucier des mouvements boursiers intermédiaires... Ces arguments sont légitimes et semblent cohérents au premier abord. Néanmoins. Néanmoins, et cela ne vous étonnera pas, nous ne sommes pas d'accord... nous donnons ci-dessous 6 raisons pour lesquelles nous pensons que, quelles que soient vos prévisions sur les actions et les obligations, diversifier votre portefeuille entre actions et obligations est très important.

Avant de commencer, nous tenons à préciser que nous ne jugeons pas ici de l'opportunité actuelle d'acheter ou non des obligations d'entreprises ou souveraines. Simplement, nous voulons expliquer pourquoi, d'après nous, quelles que soit les circonstances et de tout temps, il est important d'avoir un portefeuille diversifié entre différentes classes d'actifs, dont les actions ET les obligations.

1- Les obligations d'Etat américaines, britanniques, allemandes ou françaises sont les actifs les plus sûrs après le monétaire

Les obligations d'Etat les plus sûres demeurent les actifs les plus proches de ce qu'on ne peut plus appeler "sans risque" depuis la crise des dettes souveraines mondiale.

Certes, ces obligations, sur très longues périodes offrent en général des rendements très inférieurs aux actions. Néanmoins, le rendement du capital ne doit pas être l'unique critère de l'allocation de votre portefeuille. La protection de votre capital est également un élément primordial. L'argent que l'on met de côté provient du travail, et votre capital croît en grande partie grâce à votre épargne, pas grâce aux performances de vos placement. Si vous comprenez cela, vous comprenez pourquoi la protection de ce capital est en fait plus importante que le rendement que vous pouvez en tirer. Le rendement est en quelque sorte la cerise sur le gâteau, mais à part quelques coups de poker heureux, personne n'a jamais fait fortune grâce à ses placements financiers personnels... Désolé si nous brisons un rêve...

Bien sûr, aucun investissement est complètement sans risque. Pour les obligations les plus sûres, le risque est l'inflation. Si elle dépasse leur rendement, votre pouvoir d'achat sera érodé. Néanmoins, votre capital sera préservé : ces obligations souveraines, celles des Etats les plus sûrs, sont des instruments "sûrs" justement. La probabilité que l'un de ces Etats fassent défaut est presque nulle.

Par ailleurs, ont peu même éviter le risque inflationniste en achetant des obligations indexées à l'inflation.

2- La volatilité des actions peut-être plus effrayante que vous l'imaginez

La plupart des gens achètent des actions en se disant qu'ils les achètent "pour leur retraite" ou "pour leurs enfants" et qu'ils ne regarderont pas les hausses et les baisses avant plusieurs années... Néanmoins, lorsqu'à l'approche du terme qu'ils se sont fixés (par exemple la retraite), les actions qu'ils détiennent baissent de 25% en un mois, ou de 50% en un an, l'angoisse les gagne...

Imaginez une personne travaillant à la Société Génrale qui en 2007, détenait un Plan d'Epargne Entreprise, fruit de son épargne et d'abondement de l'employeur, investi exclusivement en actions de la banque... Imaginez maintenant l'état de cette personne aujourd'hui, alors que cette somme a été divisée par 4... Pire imaginez son état il y a 1 an...

Les gens paniquent quand les prix baissent trop rapidement, et il y a de grandes chances que vous ne soyez pas si différent.

Les obligations souveraines ont tendance à monter dans ce genre de période de panique. Par ailleurs, les obligations d'entreprises sont remboursées à l'échéance. Il est rassurant de savoir qu'en dehors d'un défaut ou faillite de l'entreprise émettrice, on retrouvera de toute façon son capital. Cela aide à ne pas vendre au pire moment, et c'est là tout l'intérêt des obligations... Et cette "panique" est d'autant plus importante que l'on est proche de la retraite ... Si l'on reprend notre employée de la Société Générale, imaginez le cauchemar si en plus, en 2007, elle avait été à 5 ans de la retraite...

Bref, la plupart des gens sont plus averses au risque qu'ils ne le pensent... êtes vous certain d'être très différent ?

3- La diversification d'un portefeuille d'actions avec des obligations n'est pas très coûteuse en terme de rendement et est très efficiente

Si les actions, sur très longue période, font toujours mieux que les obligations, alors un portefeuille investi entièrement en actions fera toujours mieux qu'un portefeuille contenant des obligations. OK.

D'abord, ceci n'est plus vrai sur les 15 années écoulées... période que l'on peut commencer à considérer comme du "long terme".

Surtout, l'ajout d'obligations permet de réduire très significativement la volatilité d'un portefeuille et donc évite de se faire du mauvais sang. Et cette diversification n'est pas si "coûteuse" finalement. Par exemple :

  • Un portefeuille investi 100% en actions américaines "diversifié" a eu un rendement de 11% annuel sur les 20 dernières années (y compris les dividendes). La plus mauvaise année, le portefeuille a perdu 20%
  • Un portefeuille contenant 55% d'obligations (différents types) a eu un rendement annuel de près de 10% sur la même période. La pire année a vu le portefeuille baisser d'un peu plus de ... 3%

Bref, cela vaut peut-être le coup d'abandonner 1% de rendement par an pour dormir sur ses deux oreilles... Certes l'honnêteté nous oblige à vous le dire : ces 20 dernières années ont été particulièrement bonnes pour les obligations et cela pourrait ne pas se reproduire. Mais souvenez vous du point 1 : votre richesse ne se constitue pas grâce au rendement de vos placements mais grâce à votre épargne... Vos investissements doivent donc en premier lieu s'attacher à préserver cette épargne, si en plus vous pouvez avoir un rendement intéressant tant mieux, mais ce n'est pas l'essentiel...

Souvenez vous en 2007, le nombre de particuliers, mais également trésoriers et même banquiers qui ont perdu leur chemise à cause des subprimes, tout ça parce qu'ils préféraient investir dans des fonds monétaires "dynamiques" qui offraient quelques dixièmes de pourcentage supplémentaires par rapport à un fonds monétaire classique... Le mieux est parfois l'ennemi du bien...

En tout état de cause, vous n'êtes pas à 1% par an prêt si ce 1% vous permet d'acheter une vraie sécurité supplémentaire...

4- Le passé ne présage pas du futur... qui dit que les actions vont continuer à surperformer les obligations ?

Ceci nous amène aux rendements... Certes, aux Etats-Unis où l'on possède les historiques de prix les plus longs, les actions ont surperformé les obligations sur très longue période. Mais rien ne dit que cela va continuer. Surtout, cela dépend de la période que l'on observe... la date de fin jouant un rôle primordiale...

Sur les 60 dernière années, les actions américaines ont légèrement surperformées les treasuries... Mais il y a 3 ans, fin 2009, toujours sur une période de 60 ans (1949-2009), les treasuries étaient devant... La volatilité des actions est donc telle, que leur "surperformance" par rapport aux obligations n'est pas stable dans le temps...

Surtout, si l'on regarde d'autres zones géographiques, les chiffres sont encore plus parlant... Les investisseurs japonnais par exemple ont sans doute une autre vision des choses avec un Nikkei qui est toujours à la même valeur qu'en... 1985... sachant que les actions japonnaises offrent des dividendes anémiques, la performance ne fait pas rêver, et il n'y a aucun doute qu'un investisseur japonnais aurait préféré investir en obligations il y a bientôt 30 ans plutôt qu'en actions...

En Europe, sur les 15 dernières années, là encore les actions ont fait moins bien que les obligations... Il est difficile de dire aujourd'hui si elles feront mieux dans l'avenir tant les écueils sont importants pour l'Europe aujourd'hui...

Bref, souvenez-vous de ce que disait Niels Bohr, le prix Nobel de physique danois : " la prédiction est difficile, surtout lorsqu'il s'agit de l'avenir "... Souvenez-vous aussi que le risque principal de la diversification est d'en abandonner le principe au plus mauvais moment... mieux vaut donc garder un portefeuille équilibré et diversifié entre plusieurs classes d'actifs plutôt que de tout miser sur les actions au plus mauvais moment...

5- Détenir des obligations permet de "rééquilibrer" son portefeuille de manière active et efficace...

Warren Buffet nous l'a dit : "il faut être cupides quand les autres sont craintifs"... En clair, il faut acheter des actions quand les marchés paniquent... Oui mais... d'où vient l'argent pour acheter des actions quand tout le monde veut les vendre ? Si vous n'avez vous même que des actions, lorsque les marchés "crashent", "être cupide quand les autres sont craintifs" se résumera pour vous à faire du lèche vitrine pendant les soldes...

En revanche, si vous conservez toujours une partie de votre portefeuille en obligations, vous pourrez en revendre au moment voulu pour acquérir les actions que vous trouvez pas chères... bref, vous pourrez mettre en oeuvre les conseils du sage d'Omaha en vendant une partie de votre poche obligataire...

Les obligations peuvent pour cette usage être remplacée par des fonds "monétaires"... Quoi qu'il en soit, là encore, détenir uniquement des actions ne nous semble pas opportun.

6- Plus approche l'âge de la retraite et moins on peut attendre que les actions "finissent par monter"...

Dans le titre de cet article nous demandons pourquoi investir en obligations si les actions surperforment sur le long terme... une autre réponse possible est que l'horizon de placement n'est pas forcément le long terme justement.

En effet, si l'on reprend notre employée malheureuse de la Société Générale, imaginez son état, si en 2007 elle comptait partir à la retraite en 2012. De manière plus générale, si on regarde les indices, avoir 60 ans en 1989 au Japon ou en 1999 en Angleterre et être investi 100% en actions locales n'était pas une bonne idée pour une personne qui souhaitait partir à la retraite et profiter de ses rentes à 65 ans... En effet, le Nikkei a perdu deux tiers de sa valeur depuis son sommet de 1989 et le Footsie n'a jamais retrouvé ses plus hauts de 1999.

Certes, les dividendes, surtout si ils sont réinvestis, permettent d'améliorer le tableau. Mais être investi 100% en action n'est raisonnable que si votre horizon de placement est réellement le (très) LONG terme... au moins supérieur à 30 ans. Avec l'âge, l'idée est donc de réduire son exposition aux actions et d'augmenter la part des obligations de son portefeuille. Pas seulement parce qu'il faut ménager son coeur vieillissant, mais aussi parce que notre horizon de placement se réduit...

Conclusion

Encore une fois, nous n'avons pas discuté ici du fait de savoir si les obligations sont ou pas intéressantes en ce moment... L'idée de cet article est d'expliquer en quoi nous pensons qu'il est important que le portefeuille financier d'un individu (ou d'une institution) ne soit pas composé uniquement d'actions. La diversification est opérante seulement si elle est mise en place entre différentes classes d'actifs réellement décoréllées... Il n'est pas suffisant de détenir des actions de différents secteurs ou différentes zones géographiques. En cas de grosses crises, leurs mouvements sont corrélés : toutes baisses ! Il faut donc se diversifier avec d'autres classes d'actifs...

Les obligations sont une classe d'actifs importantes et permettent réellement de protéger un portefeuille financier. Encore faut-il choisir les bonnes obligations et s'y retrouver parmi les différents types d'obligations dont les profils de risques sont très différents... Obliginvest.com est là pour ça !

Copyright Photo : KROMKRATHOG/freedigitalphotos.net


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