Pour Xstrata, Glencore attend que le fruit soit mûr

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GLENCORE ESPÈRE QUE LE TEMPS JOUERA EN SA FAVEUR POUR LE RACHAT DE XSTRATA
GLENCORE ESPÈRE QUE LE TEMPS JOUERA EN SA FAVEUR POUR LE RACHAT DE XSTRATA

par Clara Ferreira-Marques

LONDRES (Reuters) - Ivan Glasenberg sera fidèle à l'audace qui a fait sa réputation s'il décide de laisser inchangée l'offre de sa société Glencore sur Xstrata, en espérant que le temps jouera pour lui.

Le premier négociant mondial de matières premières a proposé quelque 31 milliards de dollars (24,5 milliards d'euros) en actions pour reprendre Xstrata dont il détient déjà 34% du capital, mais son offre se heurte à l'opposition d'autres actionnaires, dont les fonds souverains qatari et norvégien.

Or, les actionnaires doivent s'exprimer cette semaine est il est fort probable qu'ils rejettent l'offre présentée par Glencore.

Obstiné de caractère, Ivan Glasenberg sait aussi se muer en fin négociateur et le risque d'un échec de son offensive ne sonnerait en rien le glas de ses ambitions. Il a prévenu qu'à ses yeux ce n'était pas "maintenant ou jamais" s'agissant de l'offre sur Xstrata.

De l'avis d'analystes, d'actionnaires et de sources proches de l'opération, le succès de son pari dépend de plusieurs facteurs imprévisibles, qu'il s'agisse des résultats futurs de Xstrata ou du comportement de l'actionnariat.

LE QATAR AVANCE SES PIONS

Les analystes jugent qu'un échec de l'offre de Glencore se traduirait par une chute de 10% à 15% du cours de l'action Xstrata à court terme. Le titre pourrait toutefois trouver un soutien s'il venait à augmenter sa production dans les mois à venir, alors que nombre de nouveaux projets commenceront à porter leurs fruits.

"C'est vraiment dangereux pour lui de présumer que ce sera plus facile. Les actionnaires ne sont pas impressionnés par l'argument (de la baisse du cours). C'est une grosse prise de risque", a déclaré une source faisant partie des dix premiers actionnaires de Xstrata.

"Le Qatar pourrait disposer de 20% en l'espace d'une année, ils pourraient avoir plus", a dit la source, qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat.

Le fonds souverain du Qatar détient 12,3% de Xstrata et fait peu à peu grossir sa part, acquérant chaque mois de nouvelles actions. Quant au fonds norvégien, qui n'agit pas de concert avec les Emiratis, de nombreuses sources ont indiqué qu'il avait également relevé sa part pour se situer à un peu plus de 3%.

Xstrata, qui a essuyé au premier semestre une chute de 42% de son bénéfice en raison de la baisse des cours des matières premières, se trouve dans une période de transition alors que plusieurs de ses projets miniers ferment peu à peu.

Son volume devait toutefois repartir à la hausse avec l'ouverture de nouveaux projets, celui d'Antapaccay au Pérou, notamment.

JEU RISQUÉ

Les analystes préviennent que Glencore devra soupeser le risque que comporte sa position attentiste alors qu'il pourrait simplement proposer de légèrement relever son offre pour emporter la mise.

"Glencore a consacré la majeure partie des cinq dernières années pour arriver à cet objectif, et il est fort probable que la principale motivation de son entrée en Bourse était de créer suffisamment de valeur pour acheter Xstrata", a dit Nik Stanojevic, de Brewin Dolphin.

"Pourquoi ne pas boucler le dossier et passer à autre chose ?"

La position du Qatar est claire : il veut 3,25 nouvelles actions Glencore pour chaque titre Xstrata apporté dans l'opération, alors que le négociant basé dans le canton suisse de Zoug ne propose que 2,8 de ses titres pour chaque action de sa cible.

Des sources proches de l'opération disent toutefois que le Qatar pourrait avoir assoupli sa position.

Du côté de Glencore, on estime évoluer dans des activités moins cycliques, et être donc capable d'attendre autour d'un an de plus en misant sur l'impact négatif du climat incertain sur le titre de Xstrata et du secteur minier.

Glencore s'estime en outre peu dépendant des risques que comportent les projets en développement, susceptibles de provoquer des surcoûts et d'accuser des retards.

"La perspective de Glencore, c'est que Glencore gagne de l'argent, qu'il pleuve ou qu'il vente, et que là où les autres enregistrent des compressions de marges, ils enregistrent des bénéfices", a dit une sources impliquée dans les négociations.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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