Pour Twitter, la stratégie dépendra du futur acquéreur

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    par Liana B. Baker 
    SAN FRANCISCO, 27 septembre (Reuters) - Alors que les 
spéculations s'accélèrent sur un possible rachat de Twitter 
 TWTR.N , le réseau social, qui a longtemps peiné à définir sa 
stratégie, pourrait prendre différentes voies en fonction de 
l'identité de son futur propriétaire. 
    Des entreprises aussi diverses que le spécialiste des 
logiciels d'entreprise Salesforce.com  CRM.N , le géant des 
médias et du divertissement Walt Disney  DIS.N  ou le numéro un 
de la recherche en ligne Google  GOOGL.O  ont exprimé leur 
intérêt pour Twitter, qui étudie plusieurs options avec des 
banques d'investissement, a-t-on appris de sources proches du 
dossier.  
    On ignore pour l'instant combien de temps pourrait prendre 
le processus de cession mais Twitter cherche à le formaliser, 
ont précisé des sources.  
    L'aboutissement du processus n'est toutefois pas garanti, à 
la fois en raison de l'incertitude qui pèse sur les perspectives 
financières du groupe et de sa valorisation, qui dépasse encore 
16 milliards de dollars (14,2 milliards d'euros). 
    Le directeur général de l'entreprise, Jack Dorsey, qui 
participait à une conférence à Washington lundi, s'est refusé à 
tout commentaire sur l'éventualité d'une vente.  
     
    UN OUTIL POUR LES ENTREPRISES AVEC SALESFORCE.COM ? 
    Salesforce.com est spécialisé dans les logiciels de gestion 
des ventes et du marketing sur le "cloud". A la différence de 
Twitter, ce sont les entreprises qui constituent sa principale 
cible et non le grand public. Si le réseau social passait sous 
son contrôle, il pourrait donc devenir un outil d'analyse au 
service des entreprises désireuses d'améliorer leurs relations 
avec leurs clients. 
    Salesforce explique qu'il utilise déjà le "gisement" des 
messages publiés sur Twitter pour sa plate-forme d'intelligence 
artificielle Einstein.  
    "Cela leur permettrait de disposer d'un schéma social et 
d'une image plus précise des liens entre les clients et les 
médias sociaux", explique Ryan Holmes, directeur général de 
Hootsuite, une société de conseil aux entreprises et aux 
particuliers dans l'usage des médias sociaux. 
    Mais une bonne partie des utilisateurs de Twitter, notamment 
les plus récents, ne sont pas "actifs", c'est-à-dire qu'ils ne 
publient pas de messages, ce qui pourrait limiter leur intérêt 
pour Salesforce.com.  
    Les investisseurs ne semblent d'ailleurs pas convaincus de 
l'intérêt éventuel pour Salesforce.com: la valeur boursière de 
ce dernier a baissé de 6% depuis les premières informations 
publiées la semaine dernière sur l'intérêt qu'on lui prête pour 
Twitter. 
     
    LE MARCHÉ PUBLICITAIRE AVEC GOOGLE ? 
    Pour Google et son modèle économique fondé sur la publicité, 
un rachat de Twitter semble plus facilement compréhensible: le 
géant des services internet pourrait proposer aux annonceurs une 
offre mêlant recherche, vidéos sur YouTube et Twitter, tout en 
comblant sa faiblesse persistante dans les médias sociaux. 
    "Google a déjà capté l'intérêt des publicitaires. Des ventes 
croisées avec Twitter pourraient représenter un atout 
formidable", estime Ryan Holmes. 
    Mais un projet de rachat pourrait susciter des réticences 
des autorités de la concurrence, estiment plusieurs analystes. 
En Europe, où la part de marché de Google dans la recherche en 
ligne est supérieure à celle qu'il détient aux Etats-Unis, le 
groupe est déjà visé par deux enquêtes antitrust. 
    "Google pourrait permettre à Twitter de résoudre son 
problème d'acquisition d'utilisateurs. Reste à savoir si les 
autorités de régulation aux Etats-Unis et dans l'Union 
européenne autoriseraient l'opération", dit Rich Greenfield, 
analyste de BTIG.  
    Facebook  FB.O , qui cherche depuis longtemps à répliquer le 
modèle de Twitter sur son propre réseau, pourrait lui aussi se 
heurter aux autorités de la concurrence s'il tentait de le 
racheter, ajoute-t-il. Pour l'instant, Facebook n'a pas été cité 
parmi les acquéreurs potentiels mais sa puissance de feu 
financière et son penchant pour les annonces surprise font que 
son entrée en lice ne peut être totalement exclue. 
     
    LES MÉDIAS AVEC DISNEY ? 
    Quant à Disney, son intérêt pour Twitter s'explique aisément 
par l'incursion de Twitter dans la diffusion en direct de 
matches de la National Football League (NFL) et par son 
utilisation comme outil d'information, deux facteurs compatibles 
avec la stratégie de Disney, propriétaire entre autres de la 
chaîne sportive ESPN et du réseau de télévision ABC. 
    La présence de Twitter sur les terminaux mobiles est aussi 
un atout potentiel pour un groupe de médias, estime Rich 
Greenfield, pour qui aucun acteur du secteur ne dispose à ce 
jour d'un produit mobile assurant une couverture comparable à 
celle de Twitter. 
    "Le monde des médias est en train de basculer vers le mobile 
et ces nouvelles plates-formes sont l'avenir", résume l'analyste 
de BTIG. 
    Pour autant, le rachat de médias sociaux par des poids 
lourds du secteur n'a pas encore fait ses preuves. L'acquisition 
de MySpace par News Corp en 2005, par exemple, a tourné au 
désastre et certains observateurs se demandent si les médias et 
les personnalités qui utilisent aujourd'hui Twitter comme outil 
de diffusion continueraient de le faire si le réseau passait 
sous le contrôle d'un grand groupe.  
     
 
 (avec David Shepardson à Washington et Deborah Todd à San 
Francisco; Marc Angrand pour le service français, édité par 
Wilfrid Exbrayat) 
 

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