Pour sauver son usine, la commune rachète les machines

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par Gilbert Reilhac

STRASBOURG (Reuters) - La commune de Hirsingue, dans le Haut-Rhin, va racheter les machines de l'entreprise textile Virtuose, située sur son territoire, pour l'aider à franchir une passe difficile, un partenariat inédit à la mesure de la crise économique.

Le rachat a été approuvé à l'unanimité moins une abstention, mi-octobre, par le conseil municipal, après avoir reçu le soutien de l'Etat et du Conseil général.

Reste, pour cette commune alsacienne de 2.200 habitants, à négocier auprès d'une banque l'emprunt de 655.500 euros qu'elle remboursera, via les loyers versés par Virtuose pendant cinq ans. L'entreprise retrouvera, à l'issue, la propriété de son outil de production.

Cette formule, dite de "lease back", reste habituellement, s'agissant des machines et non des murs, l'apanage des établissements financiers.

"Virtuose a un problème de trésorerie momentané alors qu'elle bénéficie paradoxalement d'un carnet de commandes bien garni, explique le maire, Armand Reinhard. "Il est important de préserver nos entreprises. C'est la dernière usine textile du Sundgau (région sud de l'Alsace)."

Avec un chiffre d'affaires qui devrait avoisiner les 11 millions d'euros cette année et une centaine de salariés, cette entreprise centenaire de tissage et d'ennoblissement est aussi le principal employeur de la commune.

Positionnée sur les tissus haut de gamme et innovants, Virtuose est née plus précisément en 2009 de la reprise, par une vingtaine de cadres, de l'ancienne société Siat Lang, alors en dépôt de bilan.

AUCUN RISQUE

Travaillant principalement pour des distributeurs, elle fait aussi confectionner et commercialise, sous sa marque ou celle de grands noms, la chemise antitranspirante "FreshMax".

La brutale flambée des prix du coton, en 2011, qu'elle n'a pu répercuter intégralement sur ses clients, a compliqué la relance de l'activité.

"Cela faisait plusieurs mois que je recherchais cette solution, mais ce n'était pas possible pour les banques de suivre l'entreprise en raison de la faiblesse de ses capitaux propres", a expliqué à Reuters Denis Laureau, le président de l'entreprise.

"Les banques étaient déjà très engagées auprès de Virtuose. Elles cherchent à minimiser le risque", confirme Hubert Hassler, chargé de mission au Cahr, l'agence de développement du département du Haut-Rhin, qui a donné son feu vert à la commune.

Si les banques semblent plus disposées à prêter à la collectivité, cette dernière ne prend pourtant, a priori, aucun risque.

La valeur du parc de machines a été estimée autour d'un million d'euros et une société belge, spécialisée dans le négoce de ce type d'équipement, s'est engagée à le racheter si Virtuose faisait défaut.

Pour Nicolas Muller, secrétaire général du syndicat textile de la CFDT en Alsace, non représenté chez Virtuose, ce type d'opération reste pourtant un pis-aller face aux problèmes de fonds de roulement que rencontrent nombre de PME.

"Il faut une réflexion plus globale au niveau de l'Etat", dit-il.

Le ministère du Redressement productif a cautionné l'opération, en attendant de pouvoir éventuellement faire plus, face à une situation de ce type, via la future Banque publique d'investissement.

Edité par Yves Clarisse

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