Pour Rousseff, "l'avenir du Brésil est en jeu" à son procès

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 (Actualisé avec citations, précisions) 
    par Anthony Boadle 
    BRASILIA, 29 août (Reuters) - Dilma Rousseff, la présidente 
brésilienne suspendue de ses fonctions, a estimé lundi devant le 
Sénat que l'avenir du Brésil était en jeu au terme de son procès 
en destitution, qui devrait mettre fin à son second mandat et à 
treize ans de gouvernements de gauche. 
    Accusée d'avoir engagé des dépenses sans l'approbation du 
Congrès et d'avoir maquillé les comptes publics pour dissimuler 
l'ampleur du déficit budgétaire lors de la campagne de 2014, 
Dilma Rousseff a nié tout abus et dénoncé une "conspiration" 
visant à l'évincer du pouvoir et à préserver les intérêts des 
plus riches. 
    "Nous ne sommes plus qu'à un pas d'un vrai coup d'Etat", a 
déclaré l'ancienne guérillero, qui sera définitivement démise de 
ses fonctions si, comme cela semble probable, les deux-tiers des 
sénateurs se prononcent dans la nuit de mardi à mercredi en 
faveur de sa destitution. 
    "Je n'ai pas commis les crimes dont je suis arbitrairement 
et injustement accusée", a-t-elle martelé avant d'évoquer avec 
émotion les sévices qu'elle avait subi en détention à l'époque 
de la dictature militaire au Brésil, de 1964 à 1985. 
    Dilma Rousseff a comparé les sénateurs qui s'apprêtent à 
voter sa destitution aux officiers de la junte militaire qui 
l'avaient jugée dans les années 1970, le visage masqué pour 
qu'on ne puisse pas les reconnaître. 
    Refoulant ses larmes au moment d'évoquer les tortures subies 
en détention, elle a conclu: "Aujourd'hui, je n'ai peur que de 
la mort de la démocratie." 
    Dilma Rousseff a accusé l'élite économique et l'opposition 
d'avoir cherché à déstabiliser son gouvernement depuis sa 
réélection en 2014. 
    Elle a prévenu ses compatriotes que l'arrivée au pouvoir 
d'un gouvernement conservateur entraînerait une réduction des 
dépenses sociales, anéantissant les avancées de ces dix 
dernières années pour lutter contre la pauvreté. 
    "L'avenir du Brésil est en jeu", a-t-elle affirmé. 
     
    54 VOTES REQUIS  
    A l'extérieur du Congrès, une centaine de supporters ont 
scandé "Dilma, guerrière de la patrie brésilienne" à l'arrivée 
de son cortège. 
    Mais depuis sa réélection en 2014, Dilma Rousseff a vu sa 
popularité fondre auprès des Brésiliens en raison notamment du 
scandale de corruption de l'entreprise d'Etat Petrobras, et sur 
fond de récession économique. 
    Le vote final devrait avoir lieu dans la nuit de mardi à 
mercredi. Si la destitution est votée, le vice-président Michel 
Temer, âgé de 75 ans, qui assure l'intérim à la tête de l'Etat 
depuis mi-mai en attendant le procès, sera confirmé à la 
présidence pour le reste du mandat de Rousseff, jusqu'en 2018. 
    Issu du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), de 
centre-droit, il promet de mettre en oeuvre des mesures 
d'austérité impopulaires pour limiter le déficit brésilien. 
    Le président par intérim Michel Temer est convaincu 
d'obtenir le vote de deux tiers des sénateurs, nécessaire pour 
révoquer Rousseff. Il a prévu de s'adresser aux Brésiliens 
mercredi, avant de s'envoler pour le sommet du Groupe des Vingt 
en Chine. 
    "Il nous faut 54 votes, et nous nous attendons à en obtenir 
au moins 60", a dit à Reuters son porte-parole, Marcio de 
Freitas. Un grand nombre de votes contre Dilma Rousseff sera 
interprété par Michel Temer comme un signal d'encouragement pour 
mettre en oeuvre son programme d'austérité, a-t-il poursuivi. 
    Selon un sondage publié dimanche par le quotidien El Globo, 
53 sénateurs voteront contre Dilma Rousseff et 18 la 
soutiendront, bien en-dessous des 28 nécessaires pour lui éviter 
d'être révoquée. Dix sénateurs n'ont pas fait part de leur 
position, ou n'ont pas été interrogés dans cette étude. 
 
 (Julie Carriat, Laura Martin et Tangi Salaün pour le service 
français) 
 
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  • delapor4 il y a 3 mois

    Ce coup d'Etat doit être au moins le centième en Amérique latine à être organisé par la CIA.

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