Pour Paris, la résolution sur la Syrie engage la crédibilité russe

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PARIS SALUE UNE RÉSOLUTION ONUSIENNE SUR LA SYRIE ENGAGEANT LA CRÉDIBILITÉ RUSSE
PARIS SALUE UNE RÉSOLUTION ONUSIENNE SUR LA SYRIE ENGAGEANT LA CRÉDIBILITÉ RUSSE

PARIS/NATIONS UNIES (Reuters) - La résolution des Nations unies sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien engage la crédibilité de la Russie, traditionnel soutien de Bachar al Assad, estime-t-on vendredi de source diplomatique française.

Le Conseil de sécurité de l'Onu devait se réunir au niveau ministériel à 20h00 locales pour adopter le texte, traduction de l'accord russo-américain de Genève qui exige de la Syrie la destruction de son arsenal chimique sans pour autant la menacer directement d'une intervention militaire.

Il s'agit de la première résolution adoptée en deux ans et demi de conflit syrien, les projets précédents s'étant tous heurtés au veto des Chinois et des Russes.

Si Moscou estime n'avoir "rien cédé" dans la négociation, la France, autre membre permanent du Conseil de sécurité, voit dans cette résolution un test de bonne volonté des Russes.

"La résolution est une avancée utile mais à confirmer. Il faut être très vigilant. Si la Russie voulait faire de l'obstruction, ce serait contradictoire avec ce qui a été fait les dernières semaines", a souligné à New York le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. "On verra dans les jours et les semaines qui viennent si les Russes sont réellement cohérents avec ce qu'ils ont proposé et voté".

"Il faudra être très vigilant, notamment sur l'action de la Syrie ou ses inactions mais aussi voir si les Russes veulent faire preuve de bonne volonté ou exercer, comme ils l'ont fait pendant longtemps, le blocage", a-t-il ajouté devant la presse.

Un diplomate français à Paris souligne pour sa part que "dans cette affaire, les Russes engagent leur crédibilité".

"Ils ont été obligés de faire pression sur Bachar pour qu'il accepte quand même ce qui va être une pilule assez amère à avaler pour lui", dit-il.

"Si maintenant Bachar se livre à un certain nombre de contournements, d'évitements pour ne pas démanteler son arsenal, il n'aura pas forcément la complicité russe. On peut espérer qu'ils seront relativement rigoureux".

UN "ESPRIT CHAPITRE VII"

Le texte donne 30 jours à Damas pour une déclarer son arsenal chimique. La destruction des stocks devra intervenir avant la fin du premier semestre 2014.

Moscou a refusé de placer cette résolution sous chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui autorise des sanctions telles que le recours à la force pour garantir l'application des décisions du Conseil de sécurité.

Alors que des diplomates reconnaissent que les puissances occidentales ont renoncé à la plupart de leurs exigences initiales pour obtenir l'aval de la Russie, Paris préfère saluer le ton comminatoire d'une résolution "d'esprit chapitre VII".

La France estime avoir ainsi obtenu gain de cause sur les exigences posées mardi par François Hollande dans son discours devant l'Assemblée générale de l'Onu: la possibilité pour le Conseil de sécurité de se saisir à tout moment de la question, la traduction en justice des responsables d'attaques chimiques et la référence au chapitre VII.

"Il y a un mois, ou même trois semaines, on aurait eu ce projet sur la table, personne n'y aurait cru", se réjouit-on dans l'entourage du président français.

"On ne peut qu'y voir un lien avec la fermeté de la France depuis le 21 août", date d'une attaque chimique dans la banlieue de Damas attribuée au régime de Bachar al Assad, ajoute un conseiller élyséen. "On peut espérer que d'ici le 30 juin 2014 on sera débarrassés de ces armes".

Paris se réjouit en outre que deux chapitres du projet de résolution évoquent l'avenir politique de la Syrie en demandant de donner les pleins pouvoirs exécutifs à un organe gouvernemental transitoire ("full executive body") incluant des membres du gouvernement actuel et de l'opposition.

Sur ce point aussi, la France note une évolution de la position des Russes "qui n'en voulaient pas jusqu'à présent, et qui, aujourd'hui, en acceptent le concept.

Laurent Fabius a dit espérer que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité fixeraient dans la journée de vendredi la date d'une nouvelle conférence internationale, dite de "Genève II", pour trouver une issue politique au conflit syrien.

Elizabeth Pineau, avec John Irish aux Nations Unies, édité par Yves Clarisse

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