Pour les victimes, la mise en examen de Mas est insuffisante

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LE FONDATEUR DE PIP MIS EN EXAMEN POUR BLESSURES
LE FONDATEUR DE PIP MIS EN EXAMEN POUR BLESSURES

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - La mise en examen du fondateur de la société au coeur d'un scandale d'implants mammaires non conformes aux dimensions internationales est insuffisante pour les représentants des victimes.

Jean-Claude Mas, le fondateur de Poly Implant Prothèse (PIP), a été mis en examen pour "blessures involontaires", a-t-on appris vendredi auprès de son avocat.

L'ancien dirigeant de la société de la Seyne-sur-Mer, dans le Var, a été laissé libre sous contrôle judiciaire avec l'obligation de verser une caution de 100.000 euros dans un délai d'un an assortie de l'interdiction de quitter le territoire français. Le patron de PIP a obligation en outre de ne pas rencontrer les autres anciens salariés de l'entreprise.

"Je trouve que c'est insuffisant", a dit Alexandra Blachère, présidente de l'association PPP (Porteuses de prothèses PIP) qui revendique environ 2.000 adhérents, victimes et proches des victimes.

"J'estime qu'avec toutes les victimes et tous les préjudices, c'est très peu payé. La justice française est un peu trop clémente. J'aurais aimé qu'il soit placé en détention tout de suite. Que ce monsieur soit libre d'aller et venir, ce n'est pas assez", a-t-elle ajouté avant de rencontrer la juge Annaïck le Goff, chargée de l'instruction ouverte le 8 décembre pour "blessures et homicides involontaires".

Philippe Courtois, avocat bordelais qui représente plus de 1.300 porteuses de prothèses PIP, devait lui aussi être reçu par la juge au palais de justice de Marseille pour être informé sur la procédure.

L'avocat n'a pas été impressionné par les regrets exprimés par Jean-Claude Mas. "On peut réellement avoir un doute sur les regrets exprimés depuis le début du dossier", a-t-il dit. "Il a reconnu sa volonté de frauder. Ses regrets sont un manque de respect patent envers les victimes."

TROIS HEURES CHEZ LA JUGE

Interpellé jeudi matin à sa résidence de Six-Fours (Var) et placé en garde à vue dans les locaux de la section de recherche de la gendarmerie, Jean-Claude Mas a été transféré dans la soirée au palais de justice de Marseille.

Il l'a quitté après avoir été entendu pendant près de trois heures par la juge Le Goff. De source proche de l'enquête, on dit que la magistrate ne l'a pas mis en examen du chef d'homicide involontaire car "on ne peut pour l'instant démontrer un lien de causalité" entre la rupture des implants mammaires et le décès de plusieurs porteuses de prothèses PIP.

L'ancien président du directoire de la société, Claude Couty, a également été placé en garde à vue et devait être présenté au juge pour une probable mise en examen.

Jean-Claude Mas, dont la société a vendu au moins 300.000 prothèses dans le monde, a admis avoir utilisé un gel non conforme pour la fabrication de ses prothèses mais a nié qu'elles soient plus dangereuses que celles de la concurrence.

Vingt cas de cancers ont été signalés en France chez des femmes porteuses de prothèses PIP, selon le dernier bilan de l'Autorité française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), qui précise toutefois qu'aucun lien n'a été établi à ce jour entre ces cas de cancer et le port de ces implants.

Le gouvernement a recommandé, par précaution, le 24 décembre, le retrait des implants PIP par les femmes concernées dont le nombre en France est estimé à 30.000.

Edité par Patrick Vignal

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