Pour les taliban, le revirement US ne change rien en Afghanistan

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par James Mackenzie et Jibran Ahmad KABOUL, 16 octobre (Reuters) - Les taliban afghans ont accueilli par le mépris la décision de Barack Obama de reporter le retrait des forces américaines déployées en Afghanistan, estimant que rien ne permettrait aux Etats-Unis de remporter une "guerre impossible à gagner". "Le maintien de soldats américains en Afghanistan ne pourra en aucune manière ralentir le processus rapide de notre djihad et de notre lutte", affirment-ils dans un communiqué. "Si les envahisseurs ont perdu la guerre en Afghanistan malgré la présence de centaines de milliers de soldats, leurs espoirs de renverser le cours des choses avec 5.000 soldats sont aussi infondés", poursuivent les taliban, qui ont fait étalage de leur force le mois dernier en contrôlant pendant plusieurs jours la grande ville de Kunduz, dans le nord du pays. Un commandant proche du nouveau guide suprême de la milice, le mollah Akhtar Mansour, juge même qu'en maintenant un contingent de plusieurs milliers d'hommes à moyen terme, Obama a porté un coup fatal aux espoirs de relance de négociations entre le pouvoir à Kaboul et les taliban. "Cela signifie que les Américains ne sont pas sincères quant à une solution pacifique à la crise afghane", a-t-il dit sous couvert d'anonymat. A l'inverse, le gouvernement afghan s'est réjoui de la décision annoncée jeudi par Barack Obama de modifier ses projets de rapatriement de l'essentiel des forces américaines stationnées en Afghanistan. Selon le nouveau calendrier, l'armée américaine maintiendra 9.800 soldats sur le théâtre afghan des opérations pendant la quasi-totalité de l'année 2016 puis, au lieu de réduire sa présence à quelques centaines de soldats chargés de la protection de l'ambassade américaine à Kaboul, y laissera en 2017 quelque 5.500 soldats affectés à des missions de formation et à des opérations de lutte contre le terrorisme. (Voir ID:nL8N12F4H9 ) Initialement, Obama s'était engagé à rapatrier l'essentiel des troupes déployées en Afghanistan avant la fin de son deuxième et dernier mandat, en janvier 2017. Ce changement de stratégie, que le président démocrate présente comme un "ajustement modeste mais significatif", tient à l'incapacité des troupes afghanes, insuffisamment aguerries, de prendre en charge seules la sécurité du pays. Les effectifs des forces afghanes de sécurité sont estimés, en théorie, à près de 350.000 personnes. Mais elles ont subi de lourdes pertes au combat et ont été très fortement affectées par des désertions. Pour Thomas Ruttig, codirecteur de l'Afghanistan Analysts Network, une ONG réunissant des spécialistes du pays, "cette guerre ne peut pas être gagnée, sinon 140.000 soldats américains et autres l'auraient déjà remportée. Conclusion ? La solution doit être politique". (Henri-Pierre André pour le service français)

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