« Pour les investisseurs, les Etats-Unis restent une destination privilégiée » Jean-François Virolle (Cercle des analystes indépendants)

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La croissance américaine a retrouvé sa vitesse de croisière (+3% par an).
La croissance américaine a retrouvé sa vitesse de croisière (+3% par an).

La forte baisse du taux de chômage aux Etats-Unis au mois de décembre n'annonce pas forcément la fin de la politique monétaire accommodante de la FED. Tant mieux pour les marchés explique Jean-François Virolle, économiste indépendant et membre du Cercle des analystes indépendants.

A première vue, la baisse du taux de chômage aux Etats-Unis au mois de décembre à 6.7 % contre 7.0 % en novembre, d'autant que ce chiffre était de 7.9 % en début d'année, est une bonne nouvelle. Et chacun sait que le taux de chômage est un des déterminants de la politique monétaire conventionnelle de la Fed. Celle-ci vient d'ailleurs de revoir ses « Forward Guidance » à la baisse en matière de taux de chômage pour les années 2014 (de 6.3 % à 6.6 % contre 6.4 % à 6.8 % attendus en septembre dernier), 2015 (5.8 % à 6.1 % contre 5.9 % à 6.2%) et 2016 (5.3 % à 5.8 % contre 5.4 % à 5.9 %).Ces éléments viennent confirmer les anticipations des membres de la FED (FOMC, Federal Open Market Committee) d'une remontée du taux objectif des Fed Funds vers 2.0 ou 3.0 % à l'horizon mi-2016.

Dans le même temps, lors de la réunion de la FED des 17 et 18 décembre dernier, Ben Bernanke a confirmé lors de sa dernière conférence de presse en tant que président de la FED l'hypothèse d'une réduction très lente des achats mensuels de bons du Trésor et d'Asset Backed Securities (10 mds $ à chaque réunion de politique monétaire). Certes, Ben Bernanke ne pouvait pas se déjuger après les propos tenus en septembre malgré la remontée des taux longs qu'ils ont provoquée et le risque de voir la hausse des taux des « mortgage » briser la modeste reprise du marché immobilier. Il devait par ailleurs faire un « cadeau d'adieu » à Janet Yellen en lui permettant de continuer le « tapering », d'opter pour le statu quo ou de revenir à une politique de Quantitative Easing plus agressive en cas de risque de déflation (hypothèse fort peu probable).

Mais la Fed va devoir être très prudente, car le taux de chômage baisse très (trop ?) rapidement de manière artificielle en raison d'un taux de participation historiquement bas (62.9 %) et d'une durée moyenne historiquement haute (37.1 semaines pour une durée d'indemnisation de 27.0). Ainsi de nombreuses personnes en âge de travailler et faisant partie de la population active ont renoncé à rechercher un emploi. De même les TPE et PME créent plus d'emplois que les grosses entreprises. Selon l'ADP (Automatic Data Processing), sur les 238 000 emplois privés créés en décembre dernier, les grandes entreprises (plus de 500 salariés) n'ont créé que 71 000 emplois, celles de 500 à 1000 salariés en ayant même détruit 3 000. Cela rend la situation de l'emploi fragile. D'ailleurs, le BLS (Bureau of Labor Statistics) n'a annoncé que 74 000 créations totales en décembre (principalement pour des raisons climatiques). Mais restons sur la bonne nouvelle : le nombre de chômeurs a officiellement baissé de 1.9 million en 2013... Et selon la NFIB (National Federation of Independant Business), les perspectives pour l'économie en 2014 sont excellentes. Certains économistes de renom n'hésitent pas à parler de « Stellar Year » !

Pour les investisseurs, les Etats-Unis restent une destination privilégiée. La croissance retrouve un rythme de croisière de l'ordre de 3 %/an, le marché de l'emploi, certes encore fragile, s'est redressé. Le marché immobilier est fortement tiré par le secteur locatif et, effets de richesse obligent, le consommateur US retrouve quelques couleurs. Si l'on ajoute des thèmes comme la ré-industrialisation du pays et, à terme, l'indépendance énergétique, les Etats-Unis restent un endroit incontournable : les actions ont un potentiel important et la Fed va utiliser le « Fine Tuning » pour éviter une remontée brutale des taux d'intérêt. La problématique de la dette et du déficit public US (souvenons-nous du tapage médiatique sur ces questions en 2013) est devenu un non problème avec le niveau de croissance atteint et la forte hausse des rentrées fiscales. On pourrait même voir très paradoxalement le dollar se déprécier légèrement contre euro au profit des exportateurs US si la BCE prenait à bras-le-corps le problème de la faiblesse de la croissance en zone euro...

Jean-François Virolle

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • noterb1 le dimanche 26 jan 2014 à 09:20

    Un article intéressant ! Il est la démonstration que l'économie n'est pas une science puisque par définition la science démontre que les mêmes causes ont les mêmes effets . Des chiffres du chômage bidonnés , une dette qui explose etc... Ici ce serait une catastropghe aux USA c'est Byzance ! Allez , on aura bien ri .

  • k.lys le vendredi 24 jan 2014 à 19:04

    et la fete au village. C'est sur qu'avec un JJ a 3 et un 10Y a 5 ou 6, va y avoir de l'animation dans les bilans bancaires US, dont celui de la FED. Vous ètes payés pour dire des an;eries de ce style, ou juste stagiaire en 1ere année d'éco à Tolbiac???

  • k.lys le vendredi 24 jan 2014 à 19:00

    Bravo concernant votre analyse de la baisse du chômage aux US. Vous dites qu'elle est totalement bidonnée ( a juste titre) mais que c'est la bonne nouvelle du jour. Prendre les gens pour des imbéciles a ce point là fait preuve d'un cynisme exacerbé. Vous admettez le mensonge, et en même temps vous le félicitez....Ah, et le problème de la dette est un non probleme ( en plus si vous pensez que les taux O/N en 2016 seront a 3%, on peut dire qu'entre temps ça va être le fête au 10y)..

  • guerber3 le vendredi 24 jan 2014 à 18:52

    Il y a vraiment de tout dans ce métier...le pire est à venir...!

  • lfromont le vendredi 24 jan 2014 à 17:20

    Regarder plutot se qui se passe cette semaine a WS. McDo recule des ventes a perimetre comparable, Procter sales flat et recule des marges... la fete est bien finie les compression de couts sont arrivees au bout, la reprise conso provoquee par l'effet richesse lui meme declanche par la reprise immo engendre par les QE successifs arrive a sa fin egalement.

  • lfromont le vendredi 24 jan 2014 à 17:12

    Je trouve votre analyse bien faible en retard de 4 ans et contradictoire. Vous ne connaissez pas vraiment les USA pour sortir ca. Comme vous le dite le taux d'activite est au plus bas et les salaires en baisse c'est les seuls parametres valables pour proclamer une reprise durable. Les fondamentaux restes tres negatif comme la situation budgetaire!!! Comment pouvez vous l'eclipser? Un grand partie de l'amelioration des finances l'annee derniere etait un effet conjoncturel(phasing).

  • monjohn le vendredi 24 jan 2014 à 15:03

    La méthode Coué quoi!