Pour le pape, l'Eglise doit renoncer à son "obsession" du dogme

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par Philip Pullella

CITE DU VATICAN (Reuters) - Le pape François invite l'Eglise catholique à ne plus être "obsédée" par une volonté d'imposer ses doctrines sur l'avortement, la contraception ou l'homosexualité, sous peine de voir sa stature morale s'effondrer "comme un château de cartes".

Dans un entretien accordé à Civilta Cattolica, la revue des jésuites italiens, le successeur de Benoît XVI déplore que l'Eglise se soit "parfois laissée enfermer dans de petites choses, de petits préceptes" et l'invite à retrouver "la fraîcheur de l'Evangile".

Les prêtres, dit-il, doivent être accueillants, capables avant tout de "soigner les plaies et réchauffer les coeurs des fidèles", et non ressembler à des fonctionnaires dogmatiques enfermés dans des confessionnaux qui ressemblent parfois à des "salles de torture".

Premier souverain pontife non européen depuis 1.300 ans, et premier jésuite à monter sur le trône du Vatican, le pape François ne promet pas un changement rapide de doctrine morale, mais il invite l'Eglise à trouver un équilibre entre la défense du dogme et la compassion humaine.

"Nous ne devons pas réduire le coeur de l'Eglise universelle à un nid protecteur de notre médiocrité", assène-t-il dans ce long entretien, salué par les catholiques libéraux mais qui risque d'accroître le malaise des conservateurs qui lui reprochaient déjà de trop s'éloigner de la ligne de son prédécesseur.

"DIEU NOUS A CRÉÉS LIBRES"

Parmi les ruptures les plus marquantes avec Benoît XVI, le pape François appelle les prêtres à "toujours prendre en considération la personne" lorsqu'ils sont sollicités par des homosexuels ou des divorcés-remariés.

Aux homosexuels qui lui disaient se sentir "blessés" d'être toujours rejetés par l'Eglise, l'ancien cardinal Bergoglio raconte au directeur de la revue, le père jésuite Antonio Spadaro, qu'il leur répondait que "ce n'est pas ce que veut l'Eglise".

Comme il l'avait déclaré dans l'avion qui le ramenait des Journées mondiales de la jeunesse au Brésil, en juillet, le souverain pontife insiste sur le fait qu'il n'a pas à porter un jugement sur les homosexuels qui cherchent Dieu avec sincérité.

"En disant cela, je dis ce que le catéchisme dit. La religion a le droit d'exprimer son opinion au service des gens, mais Dieu nous a créés libres. On ne peut pas interférer spirituellement dans la vie d'une personne."

François exprime également le souhait de voir les femmes jouer un plus grand rôle au sein de l'Eglise, sans toutefois aller jusqu'à envisager l'ordination de femmes prêtres.

"Le génie féminin est nécessaire dans les lieux où se prennent des décisions importantes", dit-il.

Souhaitant voir l'Eglise catholique "soigner les blessures de la société" plutôt que de rester "obsédée par la transmission désarticulée d'une multitude de doctrines qu'il faudrait imposer avec insistance", François invite les chrétiens à se tourner vers l'avenir davantage que vers le passé.

"LE PAPE SAUVE L'ÉGLISE"

"Ceux qui tendent de façon exagérée vers la sécurité doctrinale, qui veulent obstinément retrouver le passé perdu, ont une vision statique et qui n'évolue pas. Et de cette façon, la foi devient une idéologie parmi d'autres", met-il en garde.

Cet entretien, beaucoup moins formel que ceux des papes précédents, a été reçu avec enthousiasme par les catholiques les plus libéraux.

"Ce pape est en train de sauver l'Eglise de ceux qui pensent que la condamnation des homosexuels et l'opposition à l'avortement sont ce qui définit un vrai catholique", a réagi John Gehring, directeur de programme à Faith in Public Life (Centre pour la foi dans la vie publique), un groupe de pression américain.

"François place un message de miséricorde, de justice et d'humilité au centre de la mission de l'Eglise. C'est un changement remarquable et revigorant."

Aux conservateurs, qui lui ont notamment reproché de ne pas s'être exprimé sur l'avortement depuis son élection, le pape répond qu'il ne remet pas en cause le dogme, mais qu'il y a bien d'autres sujets que l'Eglise et lui-même se doivent d'aborder.

"Nous ne pouvons pas nous contenter de parler des sujets liés à l'avortement, au mariage gay ou aux méthodes contraceptives", insiste-t-il.

"Je n'en ai pas beaucoup parlé, et on me l'a reproché. Mais quand nous abordons ces sujets, il faut le faire dans un contexte. Les enseignements de l'Eglise en la matière sont clairs, et je suis un fils de l'Eglise, mais il n'est pas nécessaire de parler de ces sujets tout le temps."

Tangi Salaün pour le service français

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