Pour le 1er-Mai, la rue fait écho à la désunion de la majorité

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LES SYNDICATS DÉSUNIS À L?OCCASION DU 1ER-MAI
LES SYNDICATS DÉSUNIS À L?OCCASION DU 1ER-MAI

PARIS (Reuters) - Les syndicats français ont manifesté dans la désunion jeudi, à l'occasion de la Journée de solidarité internationale des travailleurs, pour dénoncer comme la CGT et FO la "politique d'austérité" du gouvernement et réclamer, telle la CFDT, des engagements du patronat contre le chômage.

Les organisations syndicales, qui avaient déjà défilé séparément en 2013 après quatre ans de mobilisation unitaire sous Nicolas Sarkozy, ont affiché leurs divergences sur le plan d'économies de 50 milliards d'euros approuvé mardi par les députés et le "pacte de responsabilité" qui prévoit 30 milliards d'euros d'allègements de charges au profit des entreprises.

Le "bloc réformiste", emmené par la CFDT et l'Unsa, a organisé un rassemblement sous le signe de l'Europe en fin de matinée à Paris, place de la Bataille de Stalingrad, en présence de quelque 200 militants.

Le "bloc contestataire" - CGT, Force ouvrière, FSU, Solidaires - défilait pour sa part dans l'après-midi entre la place de la Bastille et la place de la Nation. Quelque 300 manifestations étaient par ailleurs prévues en province.

La CGT a revendiqué 210.000 manifestants dans le pays, dont 65.000 à Paris. La police n'avait pas communiqué ses estimations à 18h00. L'an dernier, la CGT, la FSU et Solidaires avaient rassemblé plus de 97.000 manifestants en France selon la police, 160.000 selon les organisateurs.

A Lyon, 2.950 personnes, selon la police, 6.000, selon les organisateurs, ont répondu à l'appel de la CGT, de la FSU et de Sud. A Nantes, la police a recensé 1.600 manifestants, dont une centaine de salariés de l?usine de la Seita de Carquefou (Loire-Atlantique), que son propriétaire britannique Imperial Tobacco envisage de fermer dans le cadre d?une restructuration mondiale.

"HOLLANDE, DÉBOUCHE TON OREILLE GAUCHE"

"On pensait que l?Etat allait empêcher les entreprises qui font des bénéfices de licencier", témoigne Julien Friten, un mécanicien de 33 ans vêtu d?un T-shirt "Serial chômeurs makers".

"Valls creuse la fracture sociale", "Hollande, débouche ton oreille gauche", "Hollande trahit le peuple", "30 milliards de cadeaux au patronat", pouvait-on lire dans les cortèges.

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger avait écarté la main tendue de son homologue de la CGT, Thierry Lepaon, mais les deux centrales dénonceront de concert le 15 mai le gel du point d'indice des fonctionnaires et manifesteront ensemble le 22 mai avec les cheminots et le 3 juin avec les retraités.

Dans ce climat de divergences, le rapprochement entre la CGT et FO, soeurs ennemies depuis la scission de 1948, dans plusieurs régions tranchait avec les cavaliers seuls du passé.

"La présence massive de militantes et de militants dans les cortèges démontre que cette envie de rassemblement, elle existe bien", a estimé Thierry Lepaon au démarrage du cortège parisien.

"Il y a une divergence de fond, on ne voit pas pourquoi on défilerait ensemble pour faire semblant d'être d'accord, ce serait contre-productif", a commenté pour sa part le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, qui a défilé à Lyon avec son seul syndicat.

Même volonté de "clarté" pour Laurent Berger et Luc Bérille, secrétaire général de l'Unsa.

"Ça ne sert à rien de faire mine, nous avons des désaccords de fond. Nous, nous pensons qu'il faut regarder la réalité en face", a dit le dirigeant de la CFDT sur BFMTV.

"IL NOUS FAUT UN GOUVERNEMENT DE GAUCHE"

"Les salariés attendent de nous des résultats, pour cela, il ne faut pas simplement relayer le mécontentement, même si c'est nécessaire, mais il faut aussi faire preuve de proposition et d'engagement", a-t-il expliqué alors que Thierry Lepaon lui a reproché une vision "binaire" et "simpliste" du syndicalisme.

"Nous ne sommes pas contre redonner des marges aux entreprises parce que les entreprises, ce sont aussi les salariés", a-t-il plaidé.

Pour autant, Laurent Berger a adressé une mise en garde au patronat qu'il a sommé de respecter ses engagements sur l'emploi, la formation professionnelle, l'apprentissage, dans le respect des contreparties aux exonérations de cotisations.

"J'en ai assez du patronat qui n'arrête pas de geindre, il a aujourd'hui une stabilité en termes de politique économique, il a une vision, avec des aides qui lui seront accordées", a-t-il dit en marge du rassemblement CFDT-Unsa à Paris.

Pour Marc Durand, 58 ans, qui défilait à Lyon sous la bannière CGT, "le gouvernement, en baissant le coût du travail, nous plonge encore un peu plus dans la crise".

François Hollande a adressé une forme de réponse aux manifestants lors de la remise traditionnelle de la médaille du travail à une vingtaine de salariés à l'Elysée.

"Le but, c'est de faire baisser le chômage, durablement. Et donc, tant que nous n'en sommes pas là, nous devons multiplier les efforts", a-t-il déclaré. "Pas simplement pour faire des économies, non, pour faire que ces économies soient utiles à l'économie dans son ensemble".

Le Parti communiste, le Front de gauche et Europe Ecologie-Les Verts se sont joints à des cortèges, à Paris notamment, pour dénoncer la "trahison" de François Hollande, deux jours après la manifestation de défiance d'une quarantaine de députés socialistes envers Manuel Valls.

"A bas l'austérité, un poison qui va tuer la société, il nous faut une politique de gauche, il nous faut un gouvernement de gauche", a lancé Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche.

"Le débat qu'il y a sur Alstom le démontre, il y a un manque de vision industrielle, un manque de souci des investissements d'avenir", juge quant à lui le sénateur EELV Jean-Vincent Placé.

Pour Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, "le programme d'austérité nous emmène dans le mur".

(Sophie Louet avec Catherine Lagrange à Lyon et Guillaume Frouin à Nantes)

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