Pour l'évêque "antipédophilie", "il y a eu un sursaut" de l'Eglise

le
0
L'archevêque du Puy-en-Velay, Luc Crepy (D) distribue les hosties au Puy-en-Velay, le 15 août 2016 ( AFP/Archives / PHILIPPE DESMAZES )
L'archevêque du Puy-en-Velay, Luc Crepy (D) distribue les hosties au Puy-en-Velay, le 15 août 2016 ( AFP/Archives / PHILIPPE DESMAZES )

"Il y a eu un sursaut" de l'Eglise face aux abus sexuels, estime le responsable de la Commission permanente de lutte contre la pédophilie (CPLP) au sein de l'épiscopat, Mgr Luc Crepy, dans un entretien à l'AFP.

L'évêque du Puy-en-Velay fait un point d'étape lundi à Lourdes, devant ses pairs, sur les mesures renforcées mises en oeuvre en avril face aux révélations de faits de pédophilie dans le clergé.

Question: Quel bilan dressez-vous de votre action?

Réponse: "La cellule de veille qui existait est maintenant une cellule permanente de lutte: les mots disent bien la différence. Elle comprend trois évêques, une psychanalyste, un juriste, un religieux, et la Conférence des évêques de France (CEF) délègue une personne à temps complet sur ce dossier.

En six mois, l'adresse mail nationale mise en place pour les victimes a recueilli une centaine de témoignages, dont beaucoup relèvent de faits anciens. On note quelques affaires récentes, pas beaucoup. Il y a au niveau local des cellules d'accueil et d'écoute: tous les évêques ont désormais un dispositif de lutte contre la pédophilie, que ce soit avec une équipe, via un vicaire général... Cela manifeste une meilleure prise de conscience face à ce que vivent les victimes, leur souffrance. Est-ce que cela peut être la fin de l'histoire d'un silence pour l'Eglise de France? C'est ce que nous espérons."

Q: Ce silence a été celui des évêques...

R: "Bien sûr! Il faut que l'Eglise prenne conscience que face à tous ces abus sexuels un certain nombre de responsables ont manqué à leurs responsabilités. Aujourd'hui la question de la pédophilie n'est plus taboue, je l'espère, elle n'est pas mise au placard."

Q: Y a-t-il plus de cas de pédophilie dans l'Eglise de France aujourd'hui qu'en 2010, quand un recensement faisait état de 51 prêtres mis en examen pour des faits de pédophilie, 9 en prison et 45 ayant accompli leur peine?

R: "C'est difficile à dire, parce que certains témoins relatent des faits d'il y a quarante ans. Nous sommes en train de mener une enquête, de monter une espèce d'observatoire interne à l'Eglise, on demande justement à tous les évêques de recenser les mises en examen, les condamnations, etc. Quoi qu'il en soit, un cas est un cas de trop."

Q: Pourquoi cette démarche de prière et de pénitence, qui peut paraître tardive?

R: "La commission pontificale pour la protection des mineurs en a fait la suggestion au pape en septembre. Nous nous sommes dits que notre assemblée de novembre à Lourdes, où tous les évêques sont rassemblés, pouvait donner lieu à ce temps spirituel. Première finalité: nous avons entendu la souffrance des victimes, donc nous voulons prier pour elles. La deuxième finalité, qu'il ne faut pas séparer de la première, c'est une demande de pardon à Dieu pour les manquements des responsables de l'Eglise."

Q: Pourquoi ne pas y avoir invité des victimes?

R: "Il n'est pas sûr qu'elles auraient eu envie d'être un objet public, ici. Autant proposer des initiatives dans chaque diocèse, cela nous semble plus ajusté. Comme à Orléans, où une veillée a eu lieu en présence de l'évêque, avec et pour les victimes. Cela nous semble plus respectueux des victimes."

Q: Les procédures de l'Eglise de France face à la révélation d'abus sexuels sont-elles claires, maintenant ?

R: "Elles le sont. Nous sommes passés de la prévention à la lutte: il faut que la loi soit posée très clairement, aussi bien dans l'Eglise que dans la société.

Il y a eu un sursaut. Les médias, les associations de victimes ont dit des choses très fortes. Ce serait une erreur de dire que l'Eglise n'a rien fait en France. Les étapes suivantes vont consister à la mise en place de nouveaux parcours de formation (prêtres, mouvements de jeunesse), cela demande du temps."

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant