Pour l'économie chinoise, le pire n'est pas passé

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LES ÉCONOMISTES NE VOIENT PAS DE REDÉMARRAGE À L'HORIZON EN CHINE
LES ÉCONOMISTES NE VOIENT PAS DE REDÉMARRAGE À L'HORIZON EN CHINE

par Lucy Hornby

PEKIN (Reuters) - Les indicateurs économiques de la Chine en août rappellent la situation de mars 2009 quand l'industrie manufacturière locale était sur le point de rebondir après la crise financière mondiale.

Mais cette fois, les économistes ne voient pas de redémarrage dans un proche horizon.

Les dernières enquêtes auprès des directeurs d'achat montrent une contraction des nouvelles commandes, signe d'une poursuite du ralentissement de la deuxième économie mondiale.

"Il ne fait pas de doute que le cycle industriel est mauvais. Je ne vois pas d'aggravation brutale (...) mais je ne vois pas non plus de reprise avant longtemps", commente Arthur Kroeber, directeur général de GK Dragonomics à Pékin.

Publié lundi, l'indice PMI calculé par HSBC a reculé à 47,6 en août, au plus bas depuis mars 2009, et l'enquête similaire réalisée par le Bureau national des statistiques a montré une première contraction du secteur manufacturier depuis novembre, avec un quatrième mois de baisse des entrées de commandes.

Un indice sous 50 dénote une contraction de l'activité.

De même, la production industrielle a progressé en juillet à son rythme le plus faible depuis 2009, et il en va de même pour les exportations hormis une baisse en janvier.

INQUIÉTANTE DEMANDE EUROPÉENNE

Dans le même temps, la Bourse de Shanghai a perdu pratiquement 18% par rapport à ses plus hauts de l'année pour retomber à son niveau de mars 2009.

Au deuxième trimestre, dernière période pour laquelle les chiffres sont disponibles, la croissance du produit intérieur brut (7,6%) a été la plus faible depuis les trois premiers mois de 2009, quand elle avait ralenti à 6,1%.

En mars 2009, après des mois de silence, les chantiers avaient de nouveau essaimé à Pékin et les marchés internationaux avaient entamé un fort rebond, dopés par les plans de relance annoncés par les gouvernements après la crise provoquée par la faillite de Lehman Brothers.

En Chine, ce sont alors 4.000 milliards de yens (500 milliards d'euros) qui avaient été injectés dans l'économie.

Rien de tel aujourd'hui et les économistes craignent au contraire un ralentissement plus prononcé que prévu, en partie à cause des effets à retardement du plan de relance sur l'inflation et le marché immobilier.

Aux restrictions imposées à l'immobilier par le gouvernement central pour contenir la flambée des prix s'ajoute la baisse de la demande européenne pour les produits chinois, conséquence de la crise de la dette dans la zone euro.

Pour les industriels, la faiblesse des prises de commandes, en particulier en provenance d'Europe, est la principale source d'inquiétude. Selon l'enquête de HSBC, la baisse des commandes générales et des commandes à l'export a fait reculer la production en août après un mois de juillet plus encourageant.

Les stocks de produits finis sont quant à eux à leur plus haut.

SIX TRIMESTRES DE RALENTISSEMENT

"Le ralentissement actuel tient autant à des facteurs cycliques que structurels", explique Zhu Baoliang, chef économiste au Centre d'information de l'Etat, en ajoutant qu'un nouvel assouplissement monétaire aurait peu d'effet.

"Le secteur manufacturier est miné par le processus de déstockage."

La situation de l'emploi explique aussi la prudence de la politique monétaire. Contrairement à l'hémorragie d'emplois de migrants pendant l'hiver 2008-2009, le chômage ne connaît pas actuellement de flambée susceptible d'inquiéter le pouvoir en cette année de transition au sommet de l'Etat.

Mais c'est un indicateur que surveillent les dirigeants, d'autant que la composante emploi de l'enquête HSBC est tombée en août à 47,6, son niveau le plus bas depuis mars 2009 et son sixième mois consécutif sous la barre des 50.

La croissance chinoise en est maintenant à six trimestres consécutifs de ralentissement. En 2008-2009, elle en avait enchaîné sept avant de repartir à la hausse.

Pékin s'en tient pour le moment à sa politique monétaire prudente, de crainte d'aggraver les risques inflationnistes. Dans ce contexte, les économistes sont tentés de revoir à la baisse leur prévisions de PIB au vu des derniers indicateurs.

Barclays a ainsi fait savoir lundi que les enquêtes PMI pourraient l'amener à revoir sa prévision d'une croissance de 7,9% pour l'ensemble de 2012. Mizuho Securities a abaissé sa prévision pour le PIB du troisième trimestre à 7,4% et s'attend à un nouveau ralentissement, à 7,2%, au quatrième trimestre.

En juillet, les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne un PIB en hausse de 7,9% au troisième trimestre.

"Il n'y a aucun signe que la croissance a touché le fond", dit Wang Jun, du Centre chinois pour les échanges économiques internationaux, qui n'exclut pas une hausse du PIB inférieure à 7,5% au troisième trimestre.

Le gouvernement a un objectif de 7,5% pour l'ensemble de l'année.

Avec Kevin Yao et Langi chiang, Véronique Tison pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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  • alpaga7 le mardi 4 sept 2012 à 13:30

    "En Chine, ce sont alors 4.000 milliards de yens (500 milliards d'euros) qui avaient été injectés dans l'économie." ????ce serait plutot des Yuans monnaie chinoise, le yen étant japonais (4000 millards de yens ça fait environs 40 milliards d'euros)