Pour doper la croissance, la CE veut relancer la titrisation

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BRUXELLES VEUT RELANCER LA TITRISATION POUR DOPER LA CROISSANCE
BRUXELLES VEUT RELANCER LA TITRISATION POUR DOPER LA CROISSANCE

par Huw Jones

LONDRES (Reuters) - La Commission européenne présentera jeudi ses propositions pour favoriser l'investissement à long terme dans l'Union, qui incluront un début de réhabilitation de la finance "parallèle", ou "shadow banking", très peu réglementée et rendue en grande partie responsable de la crise financière.

Le plan de l'exécutif communautaire vise un double objectif: doper la croissance des Vingt-Huit en permettant de financer plus facilement de grands projets d'infrastructures tout en réduisant la dépendance de l'économie au crédit bancaire.

Cette politique passe entre autres par la relance de la titrisation, le regroupement de prêts sous forme de titres portant intérêt, marché qui a joué un rôle primordial dans le déclenchement de la crise financière il y a sept ans, lorsque la plupart des obligations adossées à des prêts immobiliers "subprime" américains ont vu leur valeur s'effondrer.

Aujourd'hui, le marché des valeurs mobilières adossées à des actifs (ABS) en circulation représente 650 à 700 milliards d'euros, deux fois moins qu'avant la crise.

Cette raréfaction, et la prudence accrue des banques en matière d'octroi de crédit - durcissement des exigences de fonds propres oblige - rend de plus en plus difficile le financement de la croissance en Europe.

D'où le retour de balancier face à la finance "parallèle", qui regroupe aussi le marché du rachat de dettes, du prêt de titres, des fonds monétaires ou encore certains "hedge funds" (fonds spéculatifs).

Le gros de la crise étant de l'histoire ancienne, l'attention des Etats est désormais tournée vers la croissance, d'où un changement de ton en matière de réglementation financière.

FAVORISER L'IMPLICATION DU SECTEUR PRIVÉ

"C'est un signe montrant que les régulateurs pensent qu'un aspect de la finance parallèle - la titrisation - doit être encouragé et non découragé, mais pour cela ils doivent pousser le secteur privé à s'impliquer", explique David Covey, responsable de la stratégie ABS de la banque japonaise Nomura.

La semaine dernière, David Wright, le secrétaire général de l'IOSCO, un organe de coordination internationale des autorités de régulation, a déclaré que les efforts engagés pour relancer la titrisation devraient prochainement redoubler avec de nouvelles propositions.

Cette démarche de clarification des règles est saluée par le secteur bancaire. "Quand l'incertitude réglementaire règne, c'est très dommageable", dit David Covey.

La Commission européenne estime que 1.000 milliards d'euros d'investissements à long terme sont nécessaires dans les secteurs des transports, de l'énergie et des télécoms d'ici 2020 pour doper la compétitivité et l'emploi.

En favorisant les sources de financement s'appuyant sur les marchés, la CE espère réduire la dépendance de l'UE aux prêts bancaires, qui financent aujourd'hui jusqu'à 70% de l'activité économique.

Certains responsables européens prennent exemple sur les Etats-Unis, où ce sont les marchés, et non les banques, qui financent environ 70% de l'économie.

"Il n'y a pas une mesure unique, ni une baguette magique capable de redessiner d'un seul coup le paysage du financement, mais plutôt une série de réponses qui doivent être apportées en parallèle", estimait la Commission dans un projet de propositions que s'est procuré Reuters le mois dernier.

Jeudi, la Commission devrait ainsi annoncer des mesures en faveur du "crowdfunding", le financement participatif, et du financement des start-up.

(Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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  • roux.g le lundi 24 mar 2014 à 17:38

    Pour doper la croissance, on ne va augmenter le pouvoir d'achat des peuples européens. Non, pour les peuples, l'austérité encore et toujours. Par contre on recommence la titrisation. Et quand ça se plantera, car ça se plantera encore, on accroitra l'austérité pour payer la crise générée par les banques et la CE. Ce monde est délirant, et la CE est un rouage essentiel de ce délire. Vivement que partout, comme en Espagne, les peuples se soulèvent.

  • jean4178 le lundi 24 mar 2014 à 17:29

    tout comme les lobbyistes en faveur du gaz de schiste je les félicite par avance, puisqu'on sait qu'à terme on ira... d'avance merci pour tous les produits chimiques qui seront expulsés sous la terre en plus on demandera sans doute aux entreprises américaines pour qu'ils nous mettent la piquouse...

  • abacchia le lundi 24 mar 2014 à 17:20

    Félicitations aux lobbyistes qui n'auront certainement pas compter leurs efforts pour arriver à un tel résultat ! Reconnaître que l'UE a besoin de financiers plus "libres" pour compenser la frilosité des banques, qui doivent se débattre dans leur carcan de règles, bravo ! Je n'ose imaginer le montant des primes qui vont être distribuées !

  • JUFRABRE le lundi 24 mar 2014 à 16:40

    Ce n'est pas grave, si ils se plantent à nouveau, les peuples seront encore là pour payer les pots cassés ! Scandaleux et moralement totalement immonde !

  • olive84 le lundi 24 mar 2014 à 16:19

    tres tres forts les banquiers !!! là, à ce niveau, réussir à reintroduire la titrisation c est du grd art !!