Positions figées en Ukraine après l'accord de Genève

le
0
STATU QUO EN UKRAINE APRÈS L'ACCORD DE GENÈVE
STATU QUO EN UKRAINE APRÈS L'ACCORD DE GENÈVE

par Pavel Polityuk et Thomas Grove

KIEV/SLAVIANSK Ukraine (Reuters) - Les séparatistes pro-russes maintenaient leur mobilisation et continuaient à occuper des bâtiments officiels dans plusieurs villes de l'est de l'Ukraine vendredi, exigeant des garanties supplémentaires sur leur sécurité avant d'appliquer l'accord international conclu la veille à Genève.

Cet accord à quatre (Etats-Unis, Russie, Union européenne et Ukraine) appelle à l'arrêt immédiat des violences dans la partie orientale de l'Ukraine et constitue le meilleur espoir d'assister à une sortie de crise après des semaines de tension inédite entre Est et Ouest depuis la fin de la Guerre froide.

Les autorités de Kiev ont annoncé qu'elles préparaient une loi d'amnistie pour les séparatistes mais ont prévenu qu'elles seraient obligées de les déloger s'ils refusaient de restituer les positions qu'ils occupent depuis une dizaine de jours.

L'accord de Genève prévoit un désarmement des groupes illégaux, l'évacuation des immeubles occupés et le démantèlement des barrages dressés dans les rues, sur les places et sur certains axes routiers.

Mais dans l'est du pays comme au Maïdan à Kiev, berceau de la contestation qui a renversé le président Viktor Ianoukovitch en février, personne ne faisait mine de bouger vendredi comme si chaque camp hésitait à faire le premier pas.

L'application de l'accord quadripartite s'annonce compliquée en pratique en raison de la défiance qui anime les pro-russes souhaitant un rattachement à Moscou et les partisans du gouvernement qui penchent du côté occidental.

Vladimir Poutine a enterré trois décennies de diplomatie post-Guerre froide en affirmant en mars que la Russie disposait du droit d'intervenir chez ses voisins de l'ex-URSS et que l'annexion de la Crimée était justifiée par des raisons de sécurité.

UN ACCORD AU NOM DE LA RUSSIE

La conclusion d'un accord lors de la réunion de Genève a été d'autant plus inattendue que la rhétorique du chef du Kremlin s'exprimant au même moment face au public à la télévision russe laissait peu de place à l'espoir.

Il est difficile de dire ce qui s'est joué en coulisses pour convaincre Moscou de soutenir l'appel en faveur d'un désarmement des milices pro-russes.

Sur le terrain, "l'opération antiterroriste" lancée par les forces ukrainiennes contre les séparatistes va se poursuivre et "sa durée dépendra du temps que les terroristes resteront dans notre pays", a déclaré à la presse Marina Ostapenko, porte-parole des services de sécurité (SBU).

Le chef de la "république populaire" de Donetsk, la capitale régionale du Donbass, a annoncé quant à lui qu'il ne se jugeait pas tenu d'appliquer l'accord diplomatique et qu'il ne ferait évacuer les bâtiments occupés par ses hommes que lorsque les militants pro-européens à Kiev feront de même.

Denis Pouchiline a déclaré à des journalistes à Donetsk que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov "n'avait pas signé l'accord" au nom des militants pro-russes d'Ukraine mais "au nom de la Fédération russe".

Il a estimé que le président ukrainien par intérim et son Premier ministre devaient quitter leurs fonctions acquises, selon lui, d'une manière illégale. Il a ajouté qu'il poursuivrait les préparatifs en vue d'un référendum le 11 mai sur une autonomie accrue.

RESTER À MAÏDAN

Dans le camp des pro-russes, l'accord de Genève a changé la donne pour ceux qui percevaient Poutine comme leur champion et leur protecteur.

"Il apparaît que Vova (Vladimir) ne nous aime pas autant que nous le pensions", reconnaît Alexei, un milicien de Slaviansk, la ville qui est devenue le symbole de la contestation séparatiste.

A Kiev, la même crispation est perceptible sur la place de l'Indépendance (Maïdan) où les manifestants affirment que les barricades demeureront en place jusqu'à l'élection présidentielle prévue le 25 mai.

"Les gens ne quitteront pas Maïdan. Ils ont promis de rester jusqu'à l'élection présidentielle afin que personne ne soit en mesure de truquer les résultats. Après l'élection, nous appliquerons l'accord", a commenté Viktor Palamariouk, 56 ans, originaire de Tchernivtsi dans l'ouest.

Pour Secteur droit, groupe nationaliste rompu aux actions de rue violentes, les mesures de l'accord de Genève ne s'appliquent qu'aux séparatistes. "Nous n'avons pas d'armes illégales, donc la mesure de désarmement ne nous concerne pas", a dit Artem Skoropadski, porte-parole du mouvement.

"Nous sommes l'avant-garde de la révolution ukrainienne et nous ne pouvons pas être comparés à ces bandits", a-t-il ajouté.

A défaut de concilier les positions, Genève a permis de détendre l'atmosphère ou faire émerger la possibilité d'une 'désescalade' comme l'a souligné Barack Obama.

"Se pose maintenant la question de savoir si l'influence utilisée de manière perturbatrice par les Russes sera employée à ramener l'ordre, à permettre la tenue d'élections et aller vers les réformes de décentralisation proposées", a dit le président américain.

(Pierre Sérisier pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant