Position intenable pour Martin Winterkorn à la tête de VW

le , mis à jour à 07:39
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POSITION INTENABLE POUR MARTIN WINTERKORN À LA TÊTE DE VW
POSITION INTENABLE POUR MARTIN WINTERKORN À LA TÊTE DE VW

par Andreas Cremer

FRANCFORT (Reuters) - Les jours de Martin Winterkorn à la tête de Volkswagen semblent comptés, le constructeur automobile ayant admis qu'un scandale relatif à des tests anti-pollution truqués aux Etats-Unis risquait de concerner 11 millions de véhicules dans le monde entier.

De sources proches du conseil de surveillance de VW, on a démenti mardi soir des informations du journal Hannoversche Allgemeine Zeitung selon lesquelles le leader mondial de l'automobile avait avancé une réunion du comité restreint de son conseil de surveillance à mardi soir, au lieu de mercredi.

Le comité, dit-on de mêmes sources, compte se retrouver mercredi pour évoquer le scandale des tests anti-pollution et l'agenda d'une réunion plénière du conseil de surveillance prévue de longue date pour vendredi.

Auparavant, le journal Tagesspiegel avait rapporté que le conseil déciderait vendredi de remplacer le président du directoire par Matthias Müller, le patron de la filiale Porsche. Un porte-parole de Volkswagen a démenti cette information.

Martin Winterkorn pour sa part n'a fait aucune mention de son avenir dans un message vidéo publié sur le site du groupe, se contentant à nouveau de présenter ses excuses.

L'un de ses alliés lui a retiré son soutien en public. "Je ne veux préjuger ni des débats à venir, qui seront intenses, ni m'exprimer sur des points précis ou toute conséquence éventuelle", a dit Stephan Weil, ministre-président du Land de Basse-Saxe, à la presse.

Stephan Weil, qui siège au conseil de surveillance en tant que représentant du Land, deuxième actionnaire du constructeur, avait aidé cette année Martin Winterkorn à résister à une offensive du président Ferdinand Piëch et avait approuvé ce mois-ci la prorogation de son mandat.

L'action Volkswagen s'est effondrée de près de 20% mardi, touchant un plus bas de quatre ans, après avoir perdu 18,6% la veille. Le secteur automobile a de nouveau accusé la plus forte baisse sectorielle (-7,57%) de la journée en Europe.

UNE GESTION CRITIQUÉE

Accusé par les autorités américaines d'avoir équipé plusieurs centaines de milliers de voitures vendues aux Etats-Unis d'un dispositif permettant de truquer les tests d'émissions polluantes, Volkswagen a expliqué que le dispositif mis en cause, provoquant "une divergence marquée entre les tests en atelier et l'usage réel sur route", ne concernait qu'un seul type de moteurs diesel (EA 189) mais installé sur 11 millions de véhicules dans le monde.

Les autorités américaines en général et californiennes en particulier avaient déjà prévenu VW en 2014 que des tests avaient révélé des taux de CO2 supérieurs aux limites légales. Le constructeur avait alors évoqué "divers problèmes techniques" et des conditions réelles "inattendues".

Il aura fallu que l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) et que le California Air Resources Board menacent de retirer l'homologation de ses modèles diesel de 2016 pour que Volkswagen admette début septembre des manquements.

"Soit Winterkorn était au courant des procédures aux USA, soit on ne lui en a rien dit", dit Arndt Ellinghorst, analyste d'ISI. "Dans le premier cas, il doit démissionner sur le champ. Dans le second cas, il faut savoir pourquoi une infraction aussi énorme n'a pas été signalée au plus haut niveau et là aussi ce ne sera pas facile à vivre".

Carlos Ghosn, PDG de Renault et de Nissan Motor, a estimé qu'il serait difficile pour un constructeur de dissimuler en interne une démarche tendant à falsifier les mesures d'émissions polluantes, comme l'a fait Volkswagen. Il a refusé de commenter spécifiquement ce qui s'est passé chez VW mais a indiqué que de nombreuses personnes étaient probablement au courant de ces pratiques au sein du groupe.

PROVISION DE €6,5 MILLIARDS

Le groupe automobile a dit qu'il constituerait une provision de 6,5 milliards d'euros dans ses comptes du troisième trimestre et ajouté que ce montant pourrait augmenter.

Volkswagen, qui a vendu 10,1 millions de véhicules en 2014, encourt des amendes d'un montant maximal de 18 milliards de dollars (16 milliards d'euros) dans le seul volet américain de ce scandale, qui a déjà débouché sur une plainte en nom collectif ("class action") et donné lieu, selon plusieurs médias, à l'ouverture d'une enquête au pénal.

De plus, le ministère américain de la Justice a lancé une enquête pénale sur Volkswagen, selon une source proche du dossier.

L'enquête devrait examiner non seulement une éventuelle violation de la loi sur la qualité de l'air ("Clean Air Act") mais aussi d'autres lois plus générales, contre la fraude informatique, les fausses déclarations aux régulateurs et autres, ont dit des procureurs non concernés par l'enquête.

Selon le cabinet d'étude du secteur automobile LMC Automotive, un cinquième des véhicules légers -- qui incluent la plupart des voitures et des camions, hors camions de transport commercial -- construits par Volkswagen dans le monde depuis 2009 sont concernés par le scandale.

L'affaire Volkswagen a créé une onde de choc en Allemagne, au point que la chancelière Angela Merkel elle-même a réclamé une "transparence totale" de la part d'une entreprise considérée comme le fer de lance de l'excellence technologique du pays.

ENQUÊTE APPROFONDIE EN FRANCE

Le volet juridique du dossier s'internationalise rapidement. Après l'Allemagne, la Corée du Sud a annoncé l'ouverture d'une enquête sur trois modèles de Volkswagen. En France, le ministère de l'Ecologie a annoncé l'ouverture d'une "enquête approfondie" sur cette affaire.

L'Australie a dit attendre des explications de VW et les autorités suisses et italiennes ont annoncé des enquêtes. En Italie encore, le ministre de l'Environnement, Gian Luca Galletti, a exigé que VW prouve que les véhicules vendus dans le pays ne sont pas pourvus des matériels mis en cause.

Le ministre français des Finances, Michel Sapin, s'est prononcé pour une enquête au niveau européen sur les pratiques de Volkswagen. La Commission européenne a pour l'instant simplement évoqué des "contacts" avec Volkswagen, tout en disant vouloir aller "au fond des choses" pour assurer que tout le secteur automobile respecte les plafonds d'émissions polluantes en vigueur.

Parmi les concurrents de Volkswagen, un porte-parole de PSA Peugeot Citroën a assuré que le groupe français "respecte les procédures d'homologation en vigueur dans tous les pays où il opère". Daimler et BMW, qui pourraient aussi être visés, ont affirmé que les accusations contre VW ne les concernaient pas.

Chez les équipementiers, Robert Bosch a reconnu fournir à Volkswagen des composants de moteurs diesel, tout en expliquant que leur utilisation relevait de la responsabilité de ses clients. Le français Plastic Omnium a quant à lui précisé que ses systèmes n'étaient pas impliqués.

(Avec la contribution des bureaux européens et asiatiques et Timothy Aeppel à New York, Marc Angrand, Wilfrid Exbrayat et Juliette Rouillon pour le service français)

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  • b.giral le mercredi 23 sept 2015 à 09:41

    le pb est de savoir s'il était au courant ou pas !!??

  • froggy83 le mercredi 23 sept 2015 à 09:39

    'position intenable pour Ma...' j'ai lu sur le titre en abrégé. Un instant j'ai cru qu'on parlait de Macron... Bon alors les sauciss à listes ne l'ont pas encore débarqué ?

  • fquiroga le mercredi 23 sept 2015 à 09:05

    A l'insu de son plein gré?????

  • pascalcs le mercredi 23 sept 2015 à 08:37

    Oui sa position va être difficile mais Ferdinand Piëch est très loin d'être exonéré dans cette affaire. Winterkorn se targue de connaître tous les boulons de ses voitures alors un trucage comme celui-ci... Comme dit C. Ghosn, dans une conception industrielle de cette complexité, difficile de croire en l'acte d'un ingénieur isolé. Même si c'est ce que l'on va nous servir. Et comme ces moteurs ont été développés durant l'ère de l'ingénieur Piëch, comme on l'appelle dans la maison....